Quelques Citations

Alain Beitone   Septembre 1999

Voici une Sélection de citations destinées à alimenter   la réflexion
des enseignants qui seront chargés d'enseigner l'ECJS.

“ La civilité (…) permet de gérer la tension entre la différenciation sociale et l’appartenance commune. (…)Lloyd Fallers en a fait une analyse entièrement actuelle : il la définit comme “ une reconnaissance tolérante et généreuse d’un attachement commun à l’ordre social et d’une responsabilité commune envers lui, en dépit de la diversité ”. La civilité dépérit quand les identités collectives (quelles qu’en soient les sources et les codes) se défient mutuellement, non seulement dans leur expression politique “ officielle ”, dans le débat, le vote ou la manifestation, mais dans toutes les circonstances de la vie quotidienne: Alors les actes les plus routiniers peuvent se charger d’une signification plus large. Un chant, un événement sportif, un vêtement ou une cloche d’église peuvent inciter au conflit, la voiture familiale devient un panneau à slogans. Les citoyens en viennent à se considérer avec prudence et à exiger trop de la civilité des autres. La rencontre quotidienne avec un voisin ou un compagnon de travail devient difficile et âpre, une négociation continuelle de nouveaux contrats sociaux. L’usage commun de la place publique est compromis ; l’insulte, ou même la violence est tapie derrière tout faux pas ou malentendu. ”
Jean LECA : Individualisme et citoyenneté,
in P . Birnbaum et J. Leca, Sur l’individualisme, Presses de la FNSP, 1986

“ Le droit en effet n’est pas une science sociale ; il n’a rien à nous dire sur la “ vérité vraie ” des rapports sociaux ; il peut seulement nous donner à voir l’image que les sociétés se donnent de ce que devraient être ces rapports. Cette singularité est méconnue par tous ceux qui s’emploient à le fondre dans une théorie de lé “ régulation ”, c’est-à-dire à confondre la règle de droit avec la régularité scientifiquement observée ou pratiquée. ”
Alain Supiot : Le travail en perspective : une introduction
Revue internationale du travail, Volume 135, 1996, n°6 (page 666)

“ C’est en devenant le lieu d’une parole libre et organisée que l’école peut jouer son rôle en matière d’éducation civique, c’est-à-dire associer l’efficacité – ce  qui n’est pas discuté n’est pas intériorisé – et l’absence de dogmatisme – ce qui est discuté ne prend pas valeur de dogme, mais de problème indéfiniment rectifié. Ce privilège accordé à la liberté d’expression n’est pas gratuit. Il n’y a pas de démocratie sans espace public de délibération. Avant de voter, les citoyens sont des personnes qui s’inscrivent dans un débat, qui font valoir leurs arguments. Et l’apprentissage de la citoyenneté, sans exclure d’autres voies, passe par celui du débat argumenté. Sur ce point, c’est Kant qu’il faudrait citer, en particulier lorsqu’il souligne, dans la Critique du jugement, la nécessité pour penser par soi-même, d’envisager ce qu’autrui pourrait penser de nos pensées. ”
J.P. Thomas : “ Pas de formation sans réflexion de fond ”
Les cahiers pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998

“ Pour remplir pleinement sa mission, l’éducation civique doit échapper au formalisme vers lequel son statut de discipline scolaire la fait glisser. Elle se construit et se met en œuvre avec et entre des tensions telles que la transmission de savoirs reconnus et la construction de l’autonomie du sujet, une certaine normalisation des esprits et des comportements et le développement de l’esprit critique et de la liberté, la transmission de connaissances et la construction de compétences sociales, le respect de ce qui relève de l’espace privé, celui de chacun, de sa famille, et ce qui relève de l’espace public. ”
François Audigier : “ Echapper au formalisme ”
Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, octobre-novembre 1998

“ S’adressant au citoyen, l’école républicaine, conforme à la philosophie du droit qui l’inspire et dont elle a la charge, ne doit et ne peut connaître que des individus. Nul rassemblement, nulle communauté, nulle confrérie, nulle collection de volontés particulières, ne saurait a priori valoir à ses yeux, sous peine d’anéantir la liberté de chacun en le destinant à quelques fin plus haute et plus sacrée que sa propre autonomie, et qui pourrait avoir sur lui prééminence. Exiger d’un homme – surtout s’il s’agit d’un enfant – qu’il accorde son consentement à un groupe préétabli, société, religion, race, ethnie, famille, c’est lui demander d’être dévot, fils et peut-être esclave : en quoi pourrait-il être souverain ? Au contraire, la nation qui résulte du consentement que chacun est en état de réfléchir et de peser à la mesure de l’exercice de sa raison n’est ni une destinée ni une fin en soi : produit fragile, création continuée de l’accord entre sujets libres, elle ne peut être placée sur aucun autel. ”
Catherine Kintzler : “ L’enfer est pavé de bonnes intentions. Esquisse d’une conception de l’école fondée sur une philosophie du droit ”
In X. Renou (coord.) : L’école et la démocratie, Edilig/Fondation Diderot, 1988

  “ La France a accordé à la production, à la diffusion et à la transmission des connaissances une place organique. C’est considérer que l’établissement, le maintien et l’exercice du droit républicain sont essentiellement liés à l’acquisition et au développement du savoir raisonné, sous toutes ses formes, en chacun des citoyens : privé de lumières, un peuple législateur devient vite son propre tyran. ”
Catherine Kintzler : “ L’enfer est pavé de bonnes intentions. Esquisse d’une conception de l’école fondée sur une philosophie du droit ”
In X. Renou (coord.) : L’école et la démocratie, Edilig/Fondation Diderot, 1988

  “ Le citoyen, ce n’est pas l’individu réel avec ses faiblesses, son égoïsme, son aveuglement et ses enthousiasmes. C’est l’homme éclairé par la raison, parlant selon les impératifs de cette raison commune à tous, et, par conséquent, débarrassé des préjugés de classe et des soucis inhérents à sa condition économique, capable d’opiner sur la chose publique sans être dominé par son intérêt personnel, bref c’est une manière de sains laïc qui doit sa qualité de membre du souverain – la Nation – à son désintéressement. ”
G. Burdeau : Droit constitutionnel et institutions politiques, LGDJ, 1976 (page 190)

  “ La reconnaissance de l’égale dignité de tous les hommes dans la vie sociale – que traduit, dans la vie politique, le principe de citoyenneté – me paraît le seul fondement légitime, à la fois moralement et politiquement, de la vie collective, même si les moyens de reconnaître cette dignité peuvent prendre des formes différentes dans les sociétés humaines. (…)
Le monde des sociologues est divisé entre les partisans d’un relativisme culturel absolu pour lesquels chaque culture est absolument irréductible aux autres, rendant impossible tout jugement de valeur, et les tenants d’un relativisme, lui-même relatif, selon lequel, par-delà  la diversité des cultures, il existe un horizon d’universalité qui permet la communication entre les hommes et autorise à porter des jugements moraux. ”
Dominique Schnapper : La relation à l’autre, Gallimard, Coll. Essais, 1998 (page 28)

  “ Le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité ou un peuple tout entier dit : “ Je n’obéis plus ”, et jette à la face d’un pouvoir qu’il estime injuste le risque de sa vie – ce mouvement me paraît irréductible. Parce qu’aucun pouvoir n’est capable de le rendre absolument impossible : Varsovie aura toujours son ghetto révolté et ses égouts peuplés d’insurgés. Et parce que l’homme qui se lève est finalement sans explication ; il faut un arrachement qui interrompt le fil de l’histoire, et ses longues chaînes de raisons, pour qu’un homme puisse, “ réellement ”, préférer le risque de la mort à la certitude d’avoir à obéir.
Toutes les formes de liberté acquises ou réclamées, tous les droits qu’on fait valoir, même à propos des choses apparemment les moins importantes, ont sans doute là un point dernier d’ancrage, plus solide et plus proche que les “ droits naturels ”. Si les sociétés tiennent et vivent, c’est-à-dire si les pouvoirs n’y sont pas “ absolument absolus ”, c’est que, derrière toutes les acceptations et les coercitions, au-delà des menaces, des violences et des persuasions, il y a la possiblité de ce moment où la vie ne s’échange plus, où les pouvoirs ne peuvent plus rien et où, devant les gibets et les mitrailleuses, les hommes se soulèvent. ”
Michel Foucault : “ Inutile de se soulever ? ”, Le Monde, 11-12 mai 1979
 

“ Est toujours périlleux le pouvoir qu’un homme exerce sur un autre. Je ne dis pas que le pouvoir, par nature, est un mal ; je dis que le pouvoir, par ses mécanismes est infini (ce qui ne veut pas dire qu’il est tout-puissant, bien au contraire). Pour le limiter, les règles ne sont jamais assez rigoureuses ; pour le dessaisir de toutes les occasions dont il s’empare, jamais les principes universels ne sont assez stricts. Au pouvoir il faut toujours opposer des lois infranchissables et des droits sans restrictions. ”
Michel Foucault : “ Inutile de se soulever ? ”, Le Monde, 11-12 mai 1979

   “ …rappelons que la socialisation politique des jeunes, en France est un des domaines où la transmission des valeurs s’opère le mieux : 64% des jeunes adhèrent aux opinions politiques des parents, le clivage essentiel s’établissant entre les jeunes socialisés dans des familles ayant des opinions politiques clairement affichées et celles où l’incertitude des choix parentaux est plus grande. Ensuite, les jeunes, même si sur ce point les résultats des sondages divergent considérablement, ne se désintéressent pas massivement de la politique, ils se disent même à 49%, en 1995, “ intéressés ” contre 40% en 1988. De plus, ils ont un degré de participation électorale qui, tout en étant plus faible que celui des adultes, suit de près leur processus d’insertion sociale (rappelons que leur taux de vote augmente en fonction de leur niveau d’études et de leur insertion professionnelle). Enfin, on peut dire que leur connaissance stricto sensu du monde politique ou de leur engagement civique, ce que, dans un autre contexte, on a affirmé à propos de l’augmentation du niveau scolaire. En particulier, les connaissances civiques progressent tout au long du collège, comme en atteste une étude récente qui constate que, de la sixième à la troisième, la notion de démocratie ne cesse de prendre de la consistance pour les élèves et qu’en fin de troisième, ils ont même, pour certains d’entre eux, une bonne culture générale en la matière. Plus encore, et sur le plan des vertus civiques, le refus de toute forme de discrimination s’accentue ; de même, les devoirs de solidarité sociale ainsi que les libertés publiques sont des enjeux de mieux en mieux compris. ”
A. Barrère et D. Martuccelli : “ La citoyenneté à l’école ”, Revue française de sociologie, octobre-décembre 1998 (page 657)

“ La citoyenneté, au sens strict, renvoie à l’idée de participation politique. Elle constitue l’attribut juridique de l’individu qui jouit de droits civiques. Ces prérogatives – droit de vote, droit de se porter candidat aux fonctions électives, droit de servir dans l’appareil administratif – ont ceci en commun que leur mise en œuvre constitue un élément indissociable du fonctionnement du système politique tout entier. L’indifférence absolue des citoyens, leur abstentionnisme généralisé détruirait ipso facto le régime démocratique. (…) La citoyenneté implique l’exercice de prérogatives et de libertés. Cependant, c’est avec l’égalité que le lien apparaît le plus consubstantiel. En effet, il est impossible de concevoir des citoyens qui ne soient juridiquement égaux entre eux, même si ce doit être dans la misère matérielle ou dans une grande servitude vis-à-vis du pouvoir issu de la volonté populaire. ”
Ph. Braud : Science politique I. La démocratie, Seuil, Coll. Points, 1997

“ Une république exige ainsi des citoyens un certain sens de l’universel, la capacité d’adopter des principes d’action acceptables par tous, correspondant à l’intérêt de la communauté dans son ensemble. Elle leur demande une forme de moralité que le XVIIIe siècle appelait la vertu. Si tout Etat éduque les hommes, par ses lois, ses institutions et l’esprit qui les anime, la république est donc l’Etat éducateur par excellence, l’Etat dans lequel les individus s’humanisent en apprenant à constituer une véritable communauté, fondée sur le refus de la violence et de l’arbitraire, sur la liberté reconnue et garantie à chacun par le droit. ”
P. Canivez : Eduquer le citoyen ?, Hatier, Coll. Optiques, 1995

“ L’éducation à la citoyenneté est entendue de façon confuse à la fois comme un cours sur les institutions et comme une morale destinée à combattre ce qu’on appelle, par un euphémisme à la mode, les incivilités. L’éducation à la citoyenneté devient le remède à tous les maux. Alors que la banlieue serait tout ce qui se déliterait, se dégraderait, la citoyenneté deviendrait l’expression valorisée de la cohérence sociale et des pratiques civiles. ”
J. Costa-Lascoux : “ Education civique : est-il déjà trop tard ? ”, Educations, n° 16, Octobre 1998

  “ La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement son bulletin dans l’urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire, pendant cinq ou sept ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celle de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession… La démocratie n’est efficace que si elle existe partout en tout temps. Le citoyen est un homme qui ne laisse pas à d’autres le soin de décider de son sort commun. Il n’y a pas de démocratie si le peuple n’est pas composé de véritables citoyens, agissant constamment en tant que tels. ”
P. Mendès-France : La République moderne, Gallimard, 1962

“ Le rapport au savoir et à la raison est au fondement de la citoyenneté, davantage que de bons sentiments."
Ph. Perrenoud : “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, oct—nov. 1998

  “…la criminalité en col blanc, économique ou politique, loin d’être l’exception qui confirme la règle, est inscrite dans le système économique.  La loi du profit ou la recherche de la simple survie “ obligent ”, dit-on, à malmener le droit des affaires, du travail ou de l’environnement, lui-même fortement influencé et édulcoré par les lobbies. Aujourd’hui, dans un monde concurrentiel et une économie en crise, respecter la lettre et l’esprit des lois serait un suicide, disent les plus cyniques. Délits d’initiés, fraude fiscale, pollutions sauvages, ententes illégales, fausses factures, financements occultes de partis politiques, sont des composantes de la société même qui demande à l’école de mieux éduquer à la citoyenneté. ”
Ph. Perrenoud : “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, oct—nov. 1998

“ Eduquer à la citoyenneté par le débat, ce n’est pas susciter des face à face inspirés du spectacle télévisé. Pour découvrir que Ça se discute ou que les opinions se confrontent dans tout espace public, l’école a sans doute un rôle à jouer. Mais plutôt que de singer les formes du débat d’opinion le plus médiatique, elle ferait bien de redécouvrir le débat scientifique, qui porte sur le réel et se donne une méthode. Bien sûr, la démocratie passe aussi par la libre confrontation des opinions, dans un aimable désordre qui laisse à chacun la liberté de trouver son chemin et de construire sa pensée, sans avoir à faire constamment preuve de rigueur et d’autocritique. Cette forme de la conversation, indispensable à l’évolution des représentations sociales, ne doit pas masquer l’importance d’une autre forme, celle qui mène au relatif consensus qui permet des décisions démocratiques et raisonnées. ”
Ph. Perrenoud : “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, oct—nov. 1998

“ Il ne suffit pas de s’instruire des principes de la démocratie pour les respecter, il ne suffit pas non plus de les mettre en pratique sans les élucider, il faut les discuter, juger de leur application, apprécier leur conséquences, et cela exige la mise en place d’une réelle initiation au débat argumenté. ”
J.P. Thomas : “ Pas de formation sans réflexion de fond ”
Les cahiers pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998

  “ Le mot politique est trop souvent compris dans un sens caricatural, comme un débat stérile entre les bons et les méchants, comme la porte ouverte à toutes les perturbations.
Je plaide pour la subtilité et pour une définition proche de l’origine grecque, où polis signifie tout ce qui concerne les affaires de la cité. Pour redonner sa noblesse au mot et à la chose. La laïcité à la française peut être comprise de manière ouverte, comme la possibilité pour toutes les opinions, toutes les religions, d’exister, d’être respectées et de se confronter. Y compris le Front national, sinon cela voudrait dire qu’on n’a pas le courage d’entendre tous les arguments et de les passer au crible de l’intelligence. Le rôle de l’école, c’est justement de donner les références nécessaires pour situer les idées dans une logique, dans une histoire. ”
J. Gonnet, Président du CLEMI, “ L’école doit former à la démocratie ”, Phosphore, Avril 1997

  “ L’école doit aussi être un lieu d’éducation du citoyen, ce qu’elle n’a pas toujours été de manière appropriée. En étudiant les institutions, par exemple, les élèves n’ont qu’une approche abstraite et incomplète de la société. Il faut donc, en plus, les initier à la lecture des journaux, pour les préparer à entrer dans le monde adulte. C’est une idée qui est admise aujourd’hui mais qui a eu du mal à s’imposer : il y a quelques années encore, on interdisait les journaux à l’école. Les enseignants se sont rendus compte depuis que l’univers des journaux était inconnu de nombreux élèves et ils commencent à proposer l’étude d’articles au même titre que l’étude de textes littéraires.
Face à des inquiétudes persistantes de la part des familles, il convient cependant toujours de rappeler que c’est la démarche que l’on veut apprendre aux élèves, la nécessaire distinction entre les faits établis et les appréciations. Si l’école réussit dans cette entreprise, ce sera un pas décisif dans la garantie de la démocratie. ”
R. Rémond, texte diffusé sur le serveur du CLEMI

“ Il n’y a aucune sacralisation du droit mais qu’est-ce qu’un citoyen ignorant de ses droits et de ses obligations ? Pour une grande part, quelqu’un de soumis aux pouvoirs, d’ignorant des libertés que lui confèrent ses droits, ou pour qui la violence est le mode privilégié d’intervention sociale. Cette exigence est valable pour tous. Trop de remarques selon lesquelles l’éducation civique et le rappel de la loi seraient réservés à nos banlieues, selon lesquelles, dans les établissements des centres-villes on n’aurait pas besoin de faire de l’éducation civique, soulèvent le cœur. Comme si les premiers destinataires de l’éducation civique étaient d’abord ceux qui risquent de troubler l’ordre social ; pour ceux-là les devoirs avant toute chose ! Comme si ceux qui exercent des pouvoirs ou ont plus de probabilités à en exercer un jour, étaient spontanément respectueux de leurs obligations. N’insistons pas, cela risque d’être cruel ! ”
F. Audigier : “ Morale, droit, éducation civique ?”, Les cahiers pédagogiques, n° 364

  “ Devant le présent, aucun citoyen n’arrive vierge d’histoire. De multiples façons, la famille, le groupe, la tradition, les médias, l’école même, une mémoire du passé lui a été offerte. Celle-ci, souvent nommée mémoire collective, est porteuse de perceptions, de représentations, d’affects, de valorisations, de stéréotypes, de mythes, de préjugés qui proposent au citoyen une lecture déterminée de sa situation (…) Le citoyen a besoin d’un équipement intellectuel lui permettant d’examiner cette mémoire, d’en apprécier la valeur, l’adopter ou y résister, l’adapter à ses besoins ou construire de toutes pièces la sienne propre. Cet équipement intellectuel, c’est encore l’histoire qui le lui procure. L’histoire pour se libérer de la mémoire, pour se libérer de l’histoire. ”
R. Martineau et Ch. Laville : “ L’histoire, voie royale vers la citoyenneté ? ”, Educations, n° 16

“ La crise des valeurs résultant d’un mode de développement économique centré sur une recherche quasi exclusive de bien-être matériel, le contexte de crise économique, la montée du chômage, notamment des jeunes, et l’apparition de nouvelles formes d’exclusion sociale posent des problèmes éthiques de justice sociale, mais aussi menacent la cohésion de la société.
Cela est particulièrement manifeste dans les grandes agglomérations urbaines, mais le malaise est général, car le risque est bien celui d’une remise en cause du contrat social à l’échelle de l’ensemble de la collectivité. Le risque est d’autant plus grand que le déclin des idéologies héritées du XIXème siècle et des religions traditionnelles a conduit à privilégier un pragmatisme politique et social, qui laisse peu de place à un projet collectif fondé sur des valeurs autres que de nature utilitariste.
La perte de sens de la vie collective et le vide existentiel qui en résultent pour nombre d’individus favorisent la montée de nouvelles idéologies extrémistes et des intégrismes, qui menacent les fondements de la démocratie et de la paix. Le péril est réel. Or, le déclin d’institutions –telles que la famille, les églises, les mouvements de jeunesse, les syndicats et les partis politiques – conduit inéluctablement à se tourner vers l’école qui, malgré ses imperfections, est l’institution qui a le mieux résisté à cette évolution des mentalités. ”
Alain Michel : “ L’éducation à la citoyenneté ”, Administration et éducation, Revue de l’AFAE, 1994, n°1

“ La crise de l’Etat moderne vient de ce qu’une démocratie de masse et une démocratie de l’humanité sont incapables de  réaliser une forme d’Etat, pas même un Etat démocratique. (…) L’idée que le peuple ne pourrait exprimer sa volonté que de la façon suivante : chaque citoyen donne sa voix dans le secret le plus absolu et dans un total isolement, donc sans sortir du privé et de l’irresponsabilité (…) ensuite chaque voix individuelle est enregistrée et l’on dégage une majorité arithmétique : cette idée appartient à l’arsenal des représentations non démocratiques, nées au XIXe siècle de l’amalgame avec des principes libéraux. (…) Le peuple est une notion de droit public. Le peuple n’existe que dans la sphère de la publicité. L’opinion unanime de cent millions de personnes privées n’est ni la volonté du peuple ni l’opinion du peuple. La volonté du peuple peut s’exprimer par acclamation (acclamatio) ; par sa présence allant de soi et non contestée et par un processus démocratique encore meilleur que l’instrument statistique élaboré avec un soin si minutieux depuis un siècle et demi. (…) Face à une démocratie immédiate au sens non seulement technique mais vital, le parlement issu d’une logique de pensée libérale apparaît comme une machinerie artificielle, alors que les méthodes dictatoriales et césaristes peuvent non seulement être portées par l’acclamatio du peuple mais encore être des expressions immédiates de la substance et de l’énergie démocratiques ”
C.Schmitt cité par B . Bernardi : La démocratie, Coll. Garnier-Flammarion, 1998, (pages 183-184)

  “ En vérité, le peuple n’apparaît qu’un, en un sens quelque peu précis, que du seul point de vue juridique : la soumission de tous ses membres au même ordre étatique. Par cette allégeance commune, en effet, les actes de ces individus – du moins ceux qui tombent sous la prise des règles de cet ordre – rentrent dans un même système. Et c’est cette unité de multiples actes individuels, et elle seule, qui, en réalité, constitue le peuple élément de cet ordre social particulier, l’Etat. Le “ peuple ” n’est donc point – contrairement à la conception naïve que l’on s’en fait – un ensemble, un conglomérat d’individus, mais uniquement un système d’actes individuels déterminés et régis par l’ordre étatique. ”
H. Kelsen : La démocratie. Sa nature, sa valeur (1926, traduction française 1932)
Cité par B . Bernardi : La démocratie, Coll. Garnier-Flammarion, 1998, (page 97)

“ Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’Etat est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. A force de paresse et d’argent ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre. ”
Jean-Jacques Rousseau : Le contrat social, Chapitre XV Des députés ou représentants

  “ Je suppose les hommes parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation dans l’état de nature l’emportent par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état (…) Cette difficulté ramenée à mon sujet peut s’énoncer en ces termes : Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.
Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. ”
Jean-Jacques Rousseau : Du contrat social, Chapitre VI : Du pacte social

“ Il est vrai que nous vivons un peu ensemble sur toute la planète, mais tout aussi vrai que partout se renforcent et se multiplient les groupements identitaires, les associations fondées sur une appartenance commune, les sectes, les cultes, les nationalismes ; les sociétés redeviennent des communautés en réunissant étroitement sur le même territoire société, culture et pouvoir sous une autorité religieuse, culturelle, ethnique ou politique qu’on pourrait appeler charismatique, puisqu’elle trouve sa légitimité non dans la souveraineté populaire, l’efficacité économique ou même la conquête militaire, mais dans les dieux, les mythes ou les traditions d’une communauté. Lorsque nous sommes tous ensemble, nous n’avons presque rien en commun, et lorsque nous partageons des croyances et une histoire, nous rejetons ceux qui sont différents de nous. ”
Alain Touraine : Pourrons-nous vivre ensemble ?, Fayard, 1997, réédition Livre de Poche 1999 (page 13)

  “ Il importe de distinguer les conceptions de l’appartenance sociale que véhiculent les trois notions d’assimilation, d’insertion et d’intégration.
- L’assimilation signifie la suppression des particularismes ethniques et culturels.
- L’insertion, à l’inverse, prône la pérennisation de ces particularismes et la juxtaposition multiculturelle des minorités.
- L’intégration définit, au contraire, un processus dynamique d’adaptation des immigrés à l’intérieur du tissu social du pays d’accueil.
Contrairement à d’autres pays (l’Angleterre ou les Etats-Unis, par exemple), la France a privilégié un modèle spécifique d’intégration. Le Haut Conseil à l’intégration (…) définit l’intégration “ non comme une sorte de voie moyenne entre l’assimilation et l’insertion, mais comme un processus spécifique : par ce processus, il s’agit de susciter la participation active à la société nationale d’éléments variés et différents, tout en acceptant la subsistance de spécificités culturelles sociales et morales et en tenant pour vrai que l’ensemble s’enrichit de cette variété, de cette complexité. ”
M. Terestchenko : Philosophie politique 2. Ethique, science et droit, Hachette, Coll. Les fondamentaux, 1994

  “ Les conceptions étrangères admettent généralement l’existence de minorités qui sont rarement définies avec précision, mais qui reposent le plus souvent sur une identification par critères ethniques, linguistiques, religieux ou culturels, les critères culturels pouvant d’ailleurs, dans une acception globalisante mais confuse, recouvrir l’ensemble des autres critères. Ces conceptions conduisent, certes, à reconnaître aux individus le bénéfice des droits de l’homme, mais aussi des droits spécifiques relevant de leur rattachement à une communauté minoritaire tels que : la pratique publique de la langue communautaire, y compris dans les relations avec l’administration, une relative autonomie dans la gestion des affaires de la communauté et le droit d’établir des relations de caractère organique avec des ressortissants étrangers ayant les mêmes caractéristiques.
La conception française ne reconnaît que des individus-citoyens et apporte à chacun la même protection de la loi. Elle le protège par là même des contraintes que pourrait comporter son appartenance à une communauté minoritaire. Se trouvent ainsi créées les meilleures conditions de la liberté d’expression, y compris celle de l’expression minoritaire. (…)
L’intégration fondée sur le principe d’égalité ne saurait conduire pour autant à une assimilation faisant disparaître toutes les particularités d’origines, d’où ne pourrait résulter qu’un appauvrissement de la citoyenneté. A l’inverse, un droit à la différence débouchant sur une différence de droits collectifs ne pourrait conduire qu’à une hiérarchisation sociale de groupes, catégories ou communautés, contraire à la démocratie et à la citoyenneté. ”
A. Le Pors : La citoyenneté, PUF, Coll. QSJ, 1999

“ La question est de savoir dans quels cas et jusqu’à quel point nous sommes obligés d’obéir à un système injuste. On dit parfois qu’il n’est jamais nécessaire d’obéir dans de telles conditions. Mais ceci est une erreur. L’injustice d’une loi n’est pas, en général, une raison suffisante pour ne pas y obéir, pas plus que la validité légale d’une législation (définie par la constitution en vigueur) n’est pas une raison suffisante pour se conformer à la loi. Quand la structure de base d’une société est suffisamment juste, dans les limites du contexte prévalant, nous devons reconnaître comme obligatoire les lois injustes, à condition qu’elles ne dépassent pas un certain degré  d’injustice. En essayant de discerner ces limites, nous nous rapprochons du problème plus profond de l’obligation et du devoir politiques. ”
J. Rawls : Théorie de la justice (1971), Coll. La couleur des idées, Seuil, 1993
 


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