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Voici
une Sélection de citations destinées à alimenter
la réflexion
des
enseignants qui seront chargés d'enseigner l'ECJS.
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“ La civilité (…) permet de gérer la tension entre la différenciation
sociale et l’appartenance commune. (…)Lloyd Fallers en a fait une analyse
entièrement actuelle : il la définit comme “ une reconnaissance
tolérante et généreuse d’un attachement commun à
l’ordre social et d’une responsabilité commune envers lui, en dépit
de la diversité ”. La civilité dépérit quand
les identités collectives (quelles qu’en soient les sources et les
codes) se défient mutuellement, non seulement dans leur expression
politique “ officielle ”, dans le débat, le vote ou la manifestation,
mais dans toutes les circonstances de la vie quotidienne: Alors les actes
les plus routiniers peuvent se charger d’une signification plus large.
Un chant, un événement sportif, un vêtement ou une
cloche d’église peuvent inciter au conflit, la voiture familiale
devient un panneau à slogans. Les citoyens en viennent à
se considérer avec prudence et à exiger trop de la civilité
des autres. La rencontre quotidienne avec un voisin ou un compagnon de
travail devient difficile et âpre, une négociation continuelle
de nouveaux contrats sociaux. L’usage commun de la place publique est compromis
; l’insulte, ou même la violence est tapie derrière tout faux
pas ou malentendu. ”
Jean LECA
: Individualisme et citoyenneté,
in P .
Birnbaum et J. Leca, Sur l’individualisme, Presses de la FNSP, 1986
“
Le droit en effet n’est pas une science sociale ; il n’a rien à
nous dire sur la “ vérité vraie ” des rapports sociaux ;
il peut seulement nous donner à voir l’image que les sociétés
se donnent de ce que devraient être ces rapports. Cette singularité
est méconnue par tous ceux qui s’emploient à le fondre dans
une théorie de lé “ régulation ”, c’est-à-dire
à confondre la règle de droit avec la régularité
scientifiquement observée ou pratiquée. ”
Alain Supiot
: Le travail en perspective : une introduction
Revue internationale
du travail, Volume 135, 1996, n°6 (page 666)
“
C’est en devenant le lieu d’une parole libre et organisée que l’école
peut jouer son rôle en matière d’éducation civique,
c’est-à-dire associer l’efficacité – ce qui n’est pas
discuté n’est pas intériorisé – et l’absence de dogmatisme
– ce qui est discuté ne prend pas valeur de dogme, mais de problème
indéfiniment rectifié. Ce privilège accordé
à la liberté d’expression n’est pas gratuit. Il n’y a pas
de démocratie sans espace public de délibération.
Avant de voter, les citoyens sont des personnes qui s’inscrivent dans un
débat, qui font valoir leurs arguments. Et l’apprentissage de la
citoyenneté, sans exclure d’autres voies, passe par celui du débat
argumenté. Sur ce point, c’est Kant qu’il faudrait citer, en particulier
lorsqu’il souligne, dans la Critique du jugement, la nécessité
pour penser par soi-même, d’envisager ce qu’autrui pourrait penser
de nos pensées. ”
J.P. Thomas
: “ Pas de formation sans réflexion de fond ”
Les cahiers
pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998
“
Pour remplir pleinement sa mission, l’éducation civique doit échapper
au formalisme vers lequel son statut de discipline scolaire la fait glisser.
Elle se construit et se met en œuvre avec et entre des tensions telles
que la transmission de savoirs reconnus et la construction de l’autonomie
du sujet, une certaine normalisation des esprits et des comportements et
le développement de l’esprit critique et de la liberté, la
transmission de connaissances et la construction de compétences
sociales, le respect de ce qui relève de l’espace privé,
celui de chacun, de sa famille, et ce qui relève de l’espace public.
”
François
Audigier : “ Echapper au formalisme ”
Les cahiers
pédagogiques, supplément n° 4, octobre-novembre 1998
“
S’adressant au citoyen, l’école républicaine, conforme à
la philosophie du droit qui l’inspire et dont elle a la charge, ne doit
et ne peut connaître que des individus. Nul rassemblement, nulle
communauté, nulle confrérie, nulle collection de volontés
particulières, ne saurait a
priori valoir à ses yeux, sous
peine d’anéantir la liberté de chacun en le destinant à
quelques fin plus haute et plus sacrée que sa propre autonomie,
et qui pourrait avoir sur lui prééminence. Exiger d’un homme
– surtout s’il s’agit d’un enfant – qu’il accorde son consentement à
un groupe préétabli, société, religion, race,
ethnie, famille, c’est lui demander d’être dévot, fils et
peut-être esclave : en quoi pourrait-il être souverain ? Au
contraire, la nation qui résulte du consentement que chacun est
en état de réfléchir et de peser à la mesure
de l’exercice de sa raison n’est ni une destinée ni une fin en soi
: produit fragile, création continuée de l’accord entre sujets
libres, elle ne peut être placée sur aucun autel. ”
Catherine
Kintzler : “ L’enfer est pavé de bonnes intentions. Esquisse d’une
conception de l’école fondée sur une philosophie du droit
”
In X. Renou
(coord.) : L’école et la démocratie, Edilig/Fondation Diderot,
1988
“ La France a accordé à la production, à la diffusion
et à la transmission des connaissances une place organique. C’est
considérer que l’établissement, le maintien et l’exercice
du droit républicain sont essentiellement liés à l’acquisition
et au développement du savoir raisonné, sous toutes ses formes,
en chacun des citoyens : privé de lumières, un peuple législateur
devient vite son propre tyran. ”
Catherine
Kintzler : “ L’enfer est pavé de bonnes intentions. Esquisse d’une
conception de l’école fondée sur une philosophie du droit
”
In X. Renou
(coord.) : L’école et la démocratie, Edilig/Fondation Diderot,
1988
“ Le citoyen, ce n’est pas l’individu réel avec ses faiblesses,
son égoïsme, son aveuglement et ses enthousiasmes. C’est l’homme
éclairé par la raison, parlant selon les impératifs
de cette raison commune à tous, et, par conséquent, débarrassé
des préjugés de classe et des soucis inhérents à
sa condition économique, capable d’opiner sur la chose publique
sans être dominé par son intérêt personnel, bref
c’est une manière de sains laïc qui doit sa qualité
de membre du souverain – la Nation – à son désintéressement.
”
G. Burdeau
: Droit constitutionnel et institutions politiques, LGDJ, 1976 (page 190)
“ La reconnaissance de l’égale dignité de tous les hommes
dans la vie sociale – que traduit, dans la vie politique, le principe de
citoyenneté – me paraît le seul fondement légitime,
à la fois moralement et politiquement, de la vie collective, même
si les moyens de reconnaître cette dignité peuvent prendre
des formes différentes dans les sociétés humaines.
(…)
Le monde
des sociologues est divisé entre les partisans d’un relativisme
culturel absolu pour lesquels chaque culture est absolument irréductible
aux autres, rendant impossible tout jugement de valeur, et les tenants
d’un relativisme, lui-même relatif, selon lequel, par-delà
la diversité des cultures, il existe un horizon d’universalité
qui permet la communication entre les hommes et autorise à porter
des jugements moraux. ”
Dominique
Schnapper : La relation à l’autre, Gallimard, Coll. Essais, 1998
(page 28)
“ Le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité
ou un peuple tout entier dit : “ Je n’obéis plus ”, et jette à
la face d’un pouvoir qu’il estime injuste le risque de sa vie – ce mouvement
me paraît irréductible. Parce qu’aucun pouvoir n’est capable
de le rendre absolument impossible : Varsovie aura toujours son ghetto
révolté et ses égouts peuplés d’insurgés.
Et parce que l’homme qui se lève est finalement sans explication
; il faut un arrachement qui interrompt le fil de l’histoire, et ses longues
chaînes de raisons, pour qu’un homme puisse, “ réellement
”, préférer le risque de la mort à la certitude d’avoir
à obéir.
Toutes
les formes de liberté acquises ou réclamées, tous
les droits qu’on fait valoir, même à propos des choses apparemment
les moins importantes, ont sans doute là un point dernier d’ancrage,
plus solide et plus proche que les “ droits naturels ”. Si les sociétés
tiennent et vivent, c’est-à-dire si les pouvoirs n’y sont pas “
absolument absolus ”, c’est que, derrière toutes les acceptations
et les coercitions, au-delà des menaces, des violences et des persuasions,
il y a la possiblité de ce moment où la vie ne s’échange
plus, où les pouvoirs ne peuvent plus rien et où, devant
les gibets et les mitrailleuses, les hommes se soulèvent. ”
Michel
Foucault : “ Inutile de se soulever ? ”, Le Monde, 11-12 mai 1979
“
Est toujours périlleux le pouvoir qu’un homme exerce sur un autre.
Je ne dis pas que le pouvoir, par nature, est un mal ; je dis que le pouvoir,
par ses mécanismes est infini (ce qui ne veut pas dire qu’il est
tout-puissant, bien au contraire). Pour le limiter, les règles ne
sont jamais assez rigoureuses ; pour le dessaisir de toutes les occasions
dont il s’empare, jamais les principes universels ne sont assez stricts.
Au pouvoir il faut toujours opposer des lois infranchissables et des droits
sans restrictions. ”
Michel
Foucault : “ Inutile de se soulever ? ”, Le Monde, 11-12 mai 1979
“ …rappelons que la socialisation politique des jeunes, en France est un
des domaines où la transmission des valeurs s’opère le mieux
: 64% des jeunes adhèrent aux opinions politiques des parents, le
clivage essentiel s’établissant entre les jeunes socialisés
dans des familles ayant des opinions politiques clairement affichées
et celles où l’incertitude des choix parentaux est plus grande.
Ensuite, les jeunes, même si sur ce point les résultats des
sondages divergent considérablement, ne se désintéressent
pas massivement de la politique, ils se disent même à 49%,
en 1995, “ intéressés ” contre 40% en 1988. De plus, ils
ont un degré de participation électorale qui, tout en étant
plus faible que celui des adultes, suit de près leur processus d’insertion
sociale (rappelons que leur taux de vote augmente en fonction de leur niveau
d’études et de leur insertion professionnelle). Enfin, on peut dire
que leur connaissance stricto sensu du monde politique ou de leur engagement
civique, ce que, dans un autre contexte, on a affirmé à propos
de l’augmentation du niveau scolaire. En particulier, les connaissances
civiques progressent tout au long du collège, comme en atteste une
étude récente qui constate que, de la sixième à
la troisième, la notion de démocratie ne cesse de prendre
de la consistance pour les élèves et qu’en fin de troisième,
ils ont même, pour certains d’entre eux, une bonne culture générale
en la matière. Plus encore, et sur le plan des vertus civiques,
le refus de toute forme de discrimination s’accentue ; de même, les
devoirs de solidarité sociale ainsi que les libertés publiques
sont des enjeux de mieux en mieux compris. ”
A. Barrère
et D. Martuccelli : “ La citoyenneté à l’école ”,
Revue française de sociologie, octobre-décembre 1998 (page
657)
“
La citoyenneté, au sens strict, renvoie à l’idée de
participation politique. Elle constitue l’attribut juridique de l’individu
qui jouit de droits civiques. Ces prérogatives – droit de vote,
droit de se porter candidat aux fonctions électives, droit de servir
dans l’appareil administratif – ont ceci en commun que leur mise en œuvre
constitue un élément indissociable du fonctionnement du système
politique tout entier. L’indifférence absolue des citoyens, leur
abstentionnisme généralisé détruirait ipso
facto le régime démocratique. (…) La citoyenneté implique
l’exercice de prérogatives et de libertés. Cependant, c’est
avec l’égalité que le lien apparaît le plus consubstantiel.
En effet, il est impossible de concevoir des citoyens qui ne soient juridiquement
égaux entre eux, même si ce doit être dans la misère
matérielle ou dans une grande servitude vis-à-vis du pouvoir
issu de la volonté populaire. ”
Ph. Braud
: Science politique I. La démocratie, Seuil, Coll. Points, 1997
“
Une république exige ainsi des citoyens un certain sens de l’universel,
la capacité d’adopter des principes d’action acceptables par tous,
correspondant à l’intérêt de la communauté dans
son ensemble. Elle leur demande une forme de moralité que le XVIIIe
siècle appelait la vertu. Si tout Etat éduque les hommes,
par ses lois, ses institutions et l’esprit qui les anime, la république
est donc l’Etat éducateur par excellence, l’Etat dans lequel les
individus s’humanisent en apprenant à constituer une véritable
communauté, fondée sur le refus de la violence et de l’arbitraire,
sur la liberté reconnue et garantie à chacun par le droit.
”
P. Canivez
: Eduquer le citoyen ?, Hatier, Coll. Optiques, 1995
“ L’éducation
à la citoyenneté est entendue de façon confuse à
la fois comme un cours sur les institutions et comme une morale destinée
à combattre ce qu’on appelle, par un euphémisme à
la mode, les incivilités. L’éducation à la citoyenneté
devient le remède à tous les maux. Alors que la banlieue
serait tout ce qui se déliterait, se dégraderait, la citoyenneté
deviendrait l’expression valorisée de la cohérence sociale
et des pratiques civiles. ”
J. Costa-Lascoux
: “ Education civique : est-il déjà trop tard ? ”, Educations,
n° 16, Octobre 1998
“ La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement
son bulletin dans l’urne, à déléguer les pouvoirs
à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser,
s’abstenir, se taire, pendant cinq ou sept ans. Elle est action continuelle
du citoyen, non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celle de
la région, de la commune, de la coopérative, de l’association,
de la profession… La démocratie n’est efficace que si elle existe
partout en tout temps. Le citoyen est un homme qui ne laisse pas à
d’autres le soin de décider de son sort commun. Il n’y a pas de
démocratie si le peuple n’est pas composé de véritables
citoyens, agissant constamment en tant que tels. ”
P. Mendès-France
: La République moderne, Gallimard, 1962
“
Le rapport au savoir et à la raison est au fondement de la citoyenneté,
davantage que de bons sentiments."
Ph. Perrenoud
: “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément
n° 4, oct—nov. 1998
“…la criminalité en col blanc, économique ou politique, loin
d’être l’exception qui confirme la règle, est inscrite dans
le système économique. La loi du profit ou la recherche
de la simple survie “ obligent ”, dit-on, à malmener le droit des
affaires, du travail ou de l’environnement, lui-même fortement influencé
et édulcoré par les lobbies. Aujourd’hui, dans un monde concurrentiel
et une économie en crise, respecter la lettre et l’esprit des lois
serait un suicide, disent les plus cyniques. Délits d’initiés,
fraude fiscale, pollutions sauvages, ententes illégales, fausses
factures, financements occultes de partis politiques, sont des composantes
de la société même qui demande à l’école
de mieux éduquer à la citoyenneté. ”
Ph. Perrenoud
: “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément
n° 4, oct—nov. 1998
“
Eduquer à la citoyenneté par le débat, ce n’est pas
susciter des face à face inspirés du spectacle télévisé.
Pour découvrir que Ça se discute ou que les opinions se confrontent
dans tout espace public, l’école a sans doute un rôle à
jouer. Mais plutôt que de singer les formes du débat d’opinion
le plus médiatique, elle ferait bien de redécouvrir le débat
scientifique, qui porte sur le réel et se donne une méthode.
Bien sûr, la démocratie passe aussi par la libre confrontation
des opinions, dans un aimable désordre qui laisse à chacun
la liberté de trouver son chemin et de construire sa pensée,
sans avoir à faire constamment preuve de rigueur et d’autocritique.
Cette forme de la conversation, indispensable à l’évolution
des représentations sociales, ne doit pas masquer l’importance d’une
autre forme, celle qui mène au relatif consensus qui permet des
décisions démocratiques et raisonnées. ”
Ph. Perrenoud
: “ Le débat et la raison ”, Les cahiers pédagogiques, supplément
n° 4, oct—nov. 1998
“
Il ne suffit pas de s’instruire des principes de la démocratie pour
les respecter, il ne suffit pas non plus de les mettre en pratique sans
les élucider, il faut les discuter, juger de leur application, apprécier
leur conséquences, et cela exige la mise en place d’une réelle
initiation au débat argumenté. ”
J.P. Thomas
: “ Pas de formation sans réflexion de fond ”
Les cahiers
pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998
“ Le mot politique est trop souvent compris dans un sens caricatural, comme
un débat stérile entre les bons et les méchants, comme
la porte ouverte à toutes les perturbations.
Je plaide
pour la subtilité et pour une définition proche de l’origine
grecque, où polis signifie tout ce qui concerne les affaires de
la cité. Pour redonner sa noblesse au mot et à la chose.
La laïcité à la française peut être comprise
de manière ouverte, comme la possibilité pour toutes les
opinions, toutes les religions, d’exister, d’être respectées
et de se confronter. Y compris le Front national, sinon cela voudrait dire
qu’on n’a pas le courage d’entendre tous les arguments et de les passer
au crible de l’intelligence. Le rôle de l’école, c’est justement
de donner les références nécessaires pour situer les
idées dans une logique, dans une histoire. ”
J. Gonnet,
Président du CLEMI, “ L’école doit former à la démocratie
”, Phosphore, Avril 1997
“ L’école doit aussi être un lieu d’éducation du citoyen,
ce qu’elle n’a pas toujours été de manière appropriée.
En étudiant les institutions, par exemple, les élèves
n’ont qu’une approche abstraite et incomplète de la société.
Il faut donc, en plus, les initier à la lecture des journaux, pour
les préparer à entrer dans le monde adulte. C’est une idée
qui est admise aujourd’hui mais qui a eu du mal à s’imposer : il
y a quelques années encore, on interdisait les journaux à
l’école. Les enseignants se sont rendus compte depuis que l’univers
des journaux était inconnu de nombreux élèves et ils
commencent à proposer l’étude d’articles au même titre
que l’étude de textes littéraires.
Face à
des inquiétudes persistantes de la part des familles, il convient
cependant toujours de rappeler que c’est la démarche que l’on veut
apprendre aux élèves, la nécessaire distinction entre
les faits établis et les appréciations. Si l’école
réussit dans cette entreprise, ce sera un pas décisif dans
la garantie de la démocratie. ”
R. Rémond,
texte diffusé sur le serveur du CLEMI
“
Il n’y a aucune sacralisation du droit mais qu’est-ce qu’un citoyen ignorant
de ses droits et de ses obligations ? Pour une grande part, quelqu’un de
soumis aux pouvoirs, d’ignorant des libertés que lui confèrent
ses droits, ou pour qui la violence est le mode privilégié
d’intervention sociale. Cette exigence est valable pour tous. Trop de remarques
selon lesquelles l’éducation civique et le rappel de la loi seraient
réservés à nos banlieues, selon lesquelles, dans les
établissements des centres-villes on n’aurait pas besoin de faire
de l’éducation civique, soulèvent le cœur. Comme si les premiers
destinataires de l’éducation civique étaient d’abord ceux
qui risquent de troubler l’ordre social ; pour ceux-là les devoirs
avant toute chose ! Comme si ceux qui exercent des pouvoirs ou ont plus
de probabilités à en exercer un jour, étaient spontanément
respectueux de leurs obligations. N’insistons pas, cela risque d’être
cruel ! ”
F. Audigier
: “ Morale, droit, éducation civique ?”, Les cahiers pédagogiques,
n° 364
“ Devant le présent, aucun citoyen n’arrive vierge d’histoire. De
multiples façons, la famille, le groupe, la tradition, les médias,
l’école même, une mémoire du passé lui a été
offerte. Celle-ci, souvent nommée mémoire collective, est
porteuse de perceptions, de représentations, d’affects, de valorisations,
de stéréotypes, de mythes, de préjugés qui
proposent au citoyen une lecture déterminée de sa situation
(…) Le citoyen a besoin d’un équipement intellectuel lui permettant
d’examiner cette mémoire, d’en apprécier la valeur, l’adopter
ou y résister, l’adapter à ses besoins ou construire de toutes
pièces la sienne propre. Cet équipement intellectuel, c’est
encore l’histoire qui le lui procure. L’histoire pour se libérer
de la mémoire, pour se libérer de l’histoire. ”
R. Martineau
et Ch. Laville : “ L’histoire, voie royale vers la citoyenneté ?
”, Educations, n° 16
“
La crise des valeurs résultant d’un mode de développement
économique centré sur une recherche quasi exclusive de bien-être
matériel, le contexte de crise économique, la montée
du chômage, notamment des jeunes, et l’apparition de nouvelles formes
d’exclusion sociale posent des problèmes éthiques de justice
sociale, mais aussi menacent la cohésion de la société.
Cela est
particulièrement manifeste dans les grandes agglomérations
urbaines, mais le malaise est général, car le risque est
bien celui d’une remise en cause du contrat social à l’échelle
de l’ensemble de la collectivité. Le risque est d’autant plus grand
que le déclin des idéologies héritées du XIXème
siècle et des religions traditionnelles a conduit à privilégier
un pragmatisme politique et social, qui laisse peu de place à un
projet collectif fondé sur des valeurs autres que de nature utilitariste.
La perte
de sens de la vie collective et le vide existentiel qui en résultent
pour nombre d’individus favorisent la montée de nouvelles idéologies
extrémistes et des intégrismes, qui menacent les fondements
de la démocratie et de la paix. Le péril est réel.
Or, le déclin d’institutions –telles que la famille, les églises,
les mouvements de jeunesse, les syndicats et les partis politiques – conduit
inéluctablement à se tourner vers l’école qui, malgré
ses imperfections, est l’institution qui a le mieux résisté
à cette évolution des mentalités. ”
Alain Michel
: “ L’éducation à la citoyenneté ”, Administration
et éducation, Revue de l’AFAE, 1994, n°1
“
La crise de l’Etat moderne vient de ce qu’une démocratie de masse
et une démocratie de l’humanité sont incapables de
réaliser une forme d’Etat, pas même un Etat démocratique.
(…) L’idée que le peuple ne pourrait exprimer sa volonté
que de la façon suivante : chaque citoyen donne sa voix dans le
secret le plus absolu et dans un total isolement, donc sans sortir du privé
et de l’irresponsabilité (…) ensuite chaque voix individuelle est
enregistrée et l’on dégage une majorité arithmétique
: cette idée appartient à l’arsenal des représentations
non démocratiques, nées au XIXe siècle de l’amalgame
avec des principes libéraux. (…) Le peuple est une notion de droit
public. Le peuple n’existe que dans la sphère de la publicité.
L’opinion unanime de cent millions de personnes privées n’est ni
la volonté du peuple ni l’opinion du peuple. La volonté du
peuple peut s’exprimer par acclamation (acclamatio) ; par sa présence
allant de soi et non contestée et par un processus démocratique
encore meilleur que l’instrument statistique élaboré avec
un soin si minutieux depuis un siècle et demi. (…) Face à
une démocratie immédiate au sens non seulement technique
mais vital, le parlement issu d’une logique de pensée libérale
apparaît comme une machinerie artificielle, alors que les méthodes
dictatoriales et césaristes peuvent non seulement être portées
par l’acclamatio du peuple mais encore être des expressions immédiates
de la substance et de l’énergie démocratiques ”
C.Schmitt
cité par B . Bernardi : La démocratie, Coll. Garnier-Flammarion,
1998, (pages 183-184)
“ En vérité, le peuple n’apparaît qu’un, en un sens
quelque peu précis, que du seul point de vue juridique : la soumission
de tous ses membres au même ordre étatique. Par cette allégeance
commune, en effet, les actes de ces individus – du moins ceux qui tombent
sous la prise des règles de cet ordre – rentrent dans un même
système. Et c’est cette unité de multiples actes individuels,
et elle seule, qui, en réalité, constitue le peuple élément
de cet ordre social particulier, l’Etat. Le “ peuple ” n’est donc point
– contrairement à la conception naïve que l’on s’en fait –
un ensemble, un conglomérat d’individus, mais uniquement un système
d’actes individuels déterminés et régis par l’ordre
étatique. ”
H. Kelsen
: La démocratie. Sa nature, sa valeur (1926, traduction française
1932)
Cité
par B . Bernardi : La démocratie, Coll. Garnier-Flammarion, 1998,
(page 97)
“
Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire
des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur
personne, l’Etat est déjà près de sa ruine. Faut-il
marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il
aller au Conseil ? ils nomment des députés et restent chez
eux. A force de paresse et d’argent ils ont enfin des soldats pour asservir
la patrie et des représentants pour la vendre. ”
Jean-Jacques
Rousseau : Le contrat social, Chapitre XV Des députés ou
représentants
“ Je suppose les hommes parvenus à ce point où les obstacles
qui nuisent à leur conservation dans l’état de nature l’emportent
par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer
pour
se maintenir dans cet état (…) Cette difficulté ramenée
à mon sujet peut s’énoncer en ces termes : Trouver une forme
d’association qui défende et protège de toute la force commune
la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun
s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même
et reste aussi libre qu’auparavant.
Tel est
le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.
”
Jean-Jacques
Rousseau : Du contrat social, Chapitre VI : Du pacte social
“
Il est vrai que nous vivons un peu ensemble sur toute la planète,
mais tout aussi vrai que partout se renforcent et se multiplient les groupements
identitaires, les associations fondées sur une appartenance commune,
les sectes, les cultes, les nationalismes ; les sociétés
redeviennent des communautés en réunissant étroitement
sur le même territoire société, culture et pouvoir
sous une autorité religieuse, culturelle, ethnique ou politique
qu’on pourrait appeler charismatique, puisqu’elle trouve sa légitimité
non dans la souveraineté populaire, l’efficacité économique
ou même la conquête militaire, mais dans les dieux, les mythes
ou les traditions d’une communauté. Lorsque nous sommes tous ensemble,
nous n’avons presque rien en commun, et lorsque nous partageons des croyances
et une histoire, nous rejetons ceux qui sont différents de nous.
”
Alain Touraine
: Pourrons-nous vivre ensemble ?, Fayard, 1997, réédition
Livre de Poche 1999 (page 13)
“ Il importe de distinguer les conceptions de l’appartenance sociale que
véhiculent les trois notions d’assimilation, d’insertion et d’intégration.
- L’assimilation
signifie la suppression des particularismes ethniques et culturels.
- L’insertion,
à l’inverse, prône la pérennisation de ces particularismes
et la juxtaposition multiculturelle des minorités.
- L’intégration
définit, au contraire, un processus dynamique d’adaptation des immigrés
à l’intérieur du tissu social du pays d’accueil.
Contrairement
à d’autres pays (l’Angleterre ou les Etats-Unis, par exemple), la
France a privilégié un modèle spécifique d’intégration.
Le Haut Conseil à l’intégration (…) définit l’intégration
“ non comme une sorte de voie moyenne entre l’assimilation et l’insertion,
mais comme un processus spécifique : par ce processus, il s’agit
de susciter la participation active à la société nationale
d’éléments variés et différents, tout en acceptant
la subsistance de spécificités culturelles sociales et morales
et en tenant pour vrai que l’ensemble s’enrichit de cette variété,
de cette complexité. ”
M. Terestchenko
: Philosophie politique 2. Ethique, science et droit, Hachette, Coll. Les
fondamentaux, 1994
“ Les conceptions étrangères admettent généralement
l’existence de minorités qui sont rarement définies avec
précision, mais qui reposent le plus souvent sur une identification
par critères ethniques, linguistiques, religieux ou culturels, les
critères culturels pouvant d’ailleurs, dans une acception globalisante
mais confuse, recouvrir l’ensemble des autres critères. Ces conceptions
conduisent, certes, à reconnaître aux individus le bénéfice
des droits de l’homme, mais aussi des droits spécifiques relevant
de leur rattachement à une communauté minoritaire tels que
: la pratique publique de la langue communautaire, y compris dans les relations
avec l’administration, une relative autonomie dans la gestion des affaires
de la communauté et le droit d’établir des relations de caractère
organique avec des ressortissants étrangers ayant les mêmes
caractéristiques.
La conception
française ne reconnaît que des individus-citoyens et apporte
à chacun la même protection de la loi. Elle le protège
par là même des contraintes que pourrait comporter son appartenance
à une communauté minoritaire. Se trouvent ainsi créées
les meilleures conditions de la liberté d’expression, y compris
celle de l’expression minoritaire. (…)
L’intégration
fondée sur le principe d’égalité ne saurait conduire
pour autant à une assimilation faisant disparaître toutes
les particularités d’origines, d’où ne pourrait résulter
qu’un appauvrissement de la citoyenneté. A l’inverse, un droit à
la différence débouchant sur une différence de droits
collectifs ne pourrait conduire qu’à une hiérarchisation
sociale de groupes, catégories ou communautés, contraire
à la démocratie et à la citoyenneté. ”
A. Le Pors
: La citoyenneté, PUF, Coll. QSJ, 1999
“
La question est de savoir dans quels cas et jusqu’à quel point nous
sommes obligés d’obéir à un système injuste.
On dit parfois qu’il n’est jamais nécessaire d’obéir dans
de telles conditions. Mais ceci est une erreur. L’injustice d’une loi n’est
pas, en général, une raison suffisante pour ne pas y obéir,
pas plus que la validité légale d’une législation
(définie par la constitution en vigueur) n’est pas une raison suffisante
pour se conformer à la loi. Quand la structure de base d’une société
est suffisamment juste, dans les limites du contexte prévalant,
nous devons reconnaître comme obligatoire les lois injustes, à
condition qu’elles ne dépassent pas un certain degré
d’injustice. En essayant de discerner ces limites, nous nous rapprochons
du problème plus profond de l’obligation et du devoir politiques.
”
J. Rawls
: Théorie de la justice (1971), Coll. La couleur des idées,
Seuil, 1993
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