La démarche en ECJS : Le débat argumenté

1. BREVE DEFINITION : un portrait provisoire à l’aide du Bulletin Officiel du 5 août 1999

Le débat argumenté  "doit satisfaire à la demande exprimée par les lycéens… de pouvoir s’exprimer et débattre à propos de questions de société "
C’est une pratique qui permet aux élèves d’être acteur de la construction de leur savoir au sein "d’une recherche à la fois personnelle et collective "
" Il doit mettre en évidence toute la différence entre arguments et préjugés… et doit donc reposer sur des fondements scientifiquement construits "
" Il est une occasion d’apprendre à écouter et discuter les arguments de l’autre et à le reconnaître dans son identité "
Le débat argumenté repose sur une démarche collective de recherche, conduisant les élèves vers des savoirs. Il s’agit pour l’élève, d’apprendre à poser certaines questions et de comprendre les enjeux de problématiques. Il s’agit aussi de réfléchir à la multiplicité des réponses possibles et d’interroger cette diversité. Celle-ci peut relever d’une inégale connaissance des faits ou d’une inégale cohérence de l’argumentation. Elle peut aussi s’expliquer par des désaccords sur le sens des mots. Elle peut enfin résulter de positions appuyées sur des choix de valeurs différents.
Le débat argumenté n’est pas un débat médiatique qui reposerait sur l’affrontement de positions figées. Au contraire, le débat argumenté doit permettre aux élèves d’enrichir leur pensée.
Le débat argumenté se distingue enfin du débat politique parce qu’il ne conduit pas à la prise de décision. Il vise à faire l’apprentissage du débat public.

2. CHOIX D’UN THEME : qui le choisit et comment ?

L’objet du débat peut être suscité et proposé par le professeur, mais il est possible de partir des questionnements des élèves, souvent liés à des faits d’actualité. Il peut aussi s’agir de préoccupations plus construites, à partir d’un vécu personnel, d’un centre d’intérêt, d’un sujet étudié en classe ou d’une implication sociale ou politique où sont engagés certains élèves. Ces questionnements ne constituent pas le sujet du débat. Ils seront souvent l’occasion d’exprimer un certain nombre de représentations ou de préjugés dont il serait vain de faire l’économie.
Cependant, être clair et ne pas laisser croire aux élèves qu’ils ont totalement le choix. Il est de notre responsabilité de les faire accéder aux notions proposées par les Instructions Officielles Par ailleurs, nous allons devoir mettre à jour nos savoirs et les enjeux qui accompagnent le thème choisi. Nous savons dans quel domaine l’effort serait disproportionné avec nos possibilités du moment et nous conduirait à un guidage trop flou.
Puis c’est progressivement, à l’aide de quelques références solides que l’on énonce une ou plusieurs problématiques dont on choisit celle qui fera débat. La phase de construction de la problématique est particulièrement importante.
Les termes qui définissent la problématique du débat devront être choisis avec la plus extrême attention. Ils doivent conduire à un débat ouvert qui permette l’expression de points de vue argumentés qui peuvent être contradictoires.
3. PREPARATION DU DEBAT : sa qualité conditionne la réussite de l’ensemble. Voici quelques possibilités.
Pour que les élèves accèdent à des savoirs scientifiquement fondés, l’enseignant doit avoir à sa disposition les quelques documents de base qui lui paraissent indispensables. Il peut les distribuer d’entrée de jeu ou à la demande des élèves.
Les élèves doivent mener leur propre recherche documentaire. Il est utile de leur proposer de construire un dossier argumentaire. Celui-ci peut prendre des formes très variées et comporter tout moyens d’expression : textes, passages de films, d’émissions télés enregistrées, photographies, etc. Etre attentif au pluralisme des sources et ne pas hésiter à prendre en compte des sources apportées par les élèves eux-mêmes : presse de toutes origines, même si l’on en juge la qualité médiocre, ou les arguments peu fiables. A partir du moment où l’on considère ces sources comme des éléments pour le débat, des objets d’étude, et surtout pas comme des savoirs " savants " porteurs d’une vérité, il n’y a pas de raison de censurer une source, sauf si elle est hors sujet.
Ne pas hésiter à faire appel à un intervenant extérieur dont la parole pourra être considérée comme l’une des sources d’information. Un intervenant pourra toujours être considéré comme partial et entendu en fonction de l’endroit d’où il parle : universitaire, journaliste, représentant d’une association, d’un organisme public, et même, pourquoi pas, d’un parti politique.
Le travail essentiel de l’enseignant est de permettre à chacun de trouver matière à participer à un débat argumenté. Cela suppose tout un travail pour aider chacun à sélectionner ce qui peut être argument ou seulement exemple par rapport au problème en débat.
On peut proposer à chacun de se situer d’emblée comme défenseur d’une thèse en présence et de faire la sélection argumentaire en fonction de cette position de départ. En fin de travail, il est possible de mettre en place avec les élèves une organisation des différentes phases du débat. Cela conduira à un travail de mise en ordre des arguments envisagés. Ce ne sont que des possibilités parmi d’autres
4. LE DEBAT : quelle durée, comment, quelles règles, quelle animation ?
Pas de règle quant à la durée d’un débat argumenté. Deux heures c’est beaucoup. Une heure peut suffire.
Quelles règles adopter ? Il en faut peu ( demander par signe la parole, ne pas couper la parole, ne pas porter de jugement sur la personne qui émet un avis mais, en revanche, liberté totale dans l’expression de désaccord, etc. ) Ces règles rendent possible la qualité de l’écoute portée à chaque participant, la clarté des échanges et donc la réflexion autour de la question posée.
Les méthodes d’animation et les formes du débat peuvent être très diverses mais doivent être bien définies.
Un président de séance doit veiller à la distribution de la parole et à l’application des règles. Un élève volontaire et préparé peut assumer cette tâche.
L’enseignant peut se réserver le rôle de modérateur ou mettre en place une modération partagée avec un élève ou un groupe d’élèves. Le rôle du modérateur est de permettre à tous de cerner les points d’accord et les points en débat. Pour cela, il pourra reformuler un argument qui vient d’être émis, inviter un élève à reformuler le point de vue d’un autre, poser une question qui aide à l’émergence d’arguments opposés. Il peut aussi par une brève synthèse faire le point du débat engagé.
On peut filmer certains passages significatifs du débat pour en faire ensuite l’analyse et repérer l’avancée vers la construction des savoirs.
5. APRES LE DEBAT : comment en tirer parti ?
Il est souhaitable que chaque élève garde la trace écrite de ce qui a été dit. L’idéal serait qu’il arrive à construire un "tableau argumentaire " organisant les points de vue émis. Cela suppose pendant le débat un relevé de ce qui est dit.
Il peut aussi être procédé à des investigations complémentaires. Le débat a pu faire apparaître des données invérifiables dans l’instant mais qui peuvent l’être après consultation de sources crédibles.
6. QUELLE EVALUATION ? autoévaluation des élèves, évaluation du dispositif et évaluation sommative

Il est important de savoir quels enseignements chacun a tiré du débat et ce qu’il en retient donc d’inviter chaque participant à une autoévaluation. Celle-ci peut porter sur la formulation de ce qui a changé pour chacun à la suite du débat, mais aussi sur le degré d’implication, la compréhension des termes du débat, la prise de risque, la qualité de l’écoute.
Il est aussi souhaitable d’inviter les élèves à critiquer le dispositif. Cela peut aider l’enseignant à faire sa propre évaluation.
Mais comment répondre à la demande d’évaluation notée de l’institution ? Quelques possibilités :
Des formes classiques de contrôle des savoirs mis en œuvre (évaluation sommative, par questionnaire, par exemple)
Evaluation du dossier documentaire ou des exposés préparé par les élèves.
Evaluation de la qualité du travail de synthèse réalisé à la suite du débat).
Evaluation des tâches (modérateur, président…)
Evaluation, délicate, de l’implication des élèves. Peut-on noter la participation des élèves au débat lui-même, la pertinence et la précision de leur argumentation ? Il ne peut, en aucun cas, être question d’évaluer les opinions …
Devant la diversité des évaluations possibles, on privilégiera celles qui permettent de renforcer les éléments positifs du travail de chaque élève.
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