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Questions
de didactique sur un nouvel enseignement
"Education
civique, juridique et sociale" (ECJS)
Intervention
effectuée dans le cadre du SEMINAIRE SECTORIEL :
"DIDACTIQUE
DES SCIENCES ECONOMIQUES, SOCIALES ET DE GESTION"
Mercredi
1er décembre 1999
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Alain BEITONE, professeur de Sciences Economiques et Sociales en classe préparatoire au lycée Thiers, animateur du groupe ECJS de l'IUFM d'Aix-Marseille a articulé son exposé autour de deux grands points :La légitimité de l'ECJS repose sur la référence à des savoirs savants de plusieurs disciplines (Droit, Sociologie, Histoire, Economie, Statistiques…). L'enseignement de l'ECJS nécessite l'élaboration collective des savoirs à enseigner et implique une formation des enseignants.
L'objectif de cet enseignement n'est pas d'inculquer aux élèves des normes de comportement et de pensée, mais de les doter de méthodes de travail et de connaissances qui leur permettent de se forger un jugement éclairé sur les questions vives de notre société.
René REVOL, professeur de Sciences Economiques et Sociales en classe préparatoire au Lycée DAUDET à Nîmes, membre du GTD (groupe de travail disciplinaire qui a élaboré le programme de l'ECJS) a montré :
En quoi le débat argumenté constitue une méthode pédagogique à privilégier dans l’enseignement de l’ECJS.
En quoi le véritable enjeu de l'ECJS est l'éducation au jugement politique
Le débat qui a suivi a permis de fournir des éléments de réponses aux questions posées par les participants.
Intervention d’Alain Beitone
Le premier volet de la transposition didactique est la transposition externe : sur une commande du ministère, un GTD constitué d'enseignants de disciplines différentes a été chargé d'élaborer un programme. Les propositions de ce groupe ont contribué à la constitution d'une identité de cet enseignement. Ce nouvel enseignement implique la référence à des savoirs savants. Il faut entendre par-là des savoirs qui ont des caractéristiques "scientifiques" : règles de cohérence interne, plublicité des débats, validation par la communauté scientifique.La mise en place de cet enseignement est un bon exemple de transposition didactique.
Le deuxième volet de la transposition didactique est la transposition interne. Maintenant que le programme est publié et que les enseignants doivent le mettre en śuvre, il est nécessaire que les enseignants s'approprient les savoirs savants et élaborent, à partir de ces savoirs savants, les savoirs à enseigner. Ce travail de transposition s'effectue à travers différentes instances : les manuels, les syndicats, les associations disciplinaires, les groupes de recherche notamment dans les IUFM ; ces travaux et ces débats sont fondamentaux pour définir les contenus et rendre crédible et efficace cet enseignement. Il s'agit bien d'enseigner des savoirs, ce qui implique de se mettre d'accord sur les savoirs à enseigner et de former les enseignants, afin qu'ils les maîtrisent et d'éviter que cet enseignement dérive en énoncés relevant du "sens commun".
Les questions à aborder, telles qu'elles sont définies par le programme (BO du 5 août 1999, hors série n° 5) : citoyenneté et civilité, citoyenneté et intégration, citoyenneté et travail, citoyenneté et transformations des liens familiaux, sont des questions socialement vives avec des enjeux politiques et renvoient à la question des normes et des valeurs.L'ECJS n'est pas une entreprise de normalisation.
Il ne s'agit pas, en tant qu'enseignant, de prendre position et d'indiquer quelles seraient les "bonnes" normes et valeurs. Il existe, pour reprendre l'expression de Max Weber, un "polythéisme des valeurs". Il faut montrer la cohérence de chacune des réponses aux questions de notre société, mais aussi montrer que toutes les opinions ne se valent pas, que certaines ont une validité scientifique et que d'autres n'ont pas ce fondement. L'entrée par les savoirs permet de prendre du recul par rapport aux opinions, aux idées préconçues, et d’étudier des questions de faits c’est à dire validées par des avoirs scientifiques.
Pour certains, la citoyenneté renvoie à la pratique et c'est l'exercice de la citoyenneté dans le cadre de la vie scolaire qui constitue l'apprentissage de la citoyenneté. Effectivement l'existence de certains droits des élèves (élection des délégués, participation aux conseils de classe et au CA, vie lycéenne…) et l'existence de règles dans le cadre scolaire constituent un élément de l'éducation à la citoyenneté qui peut être débattu notamment dans l'heure de vie de classe.
Mais ce qui justifie la création d'un nouvel enseignement c'est la référence à des savoirs. L'ECJS n'est pas le lieu où l'on va aborder les questions pratiques de la vie scolaire, si elles sont abordées, c'est par une entrée par les savoirs.
Intervention de René Revol
Cela ne signifie pas que c'est la seule méthode pédagogique à mettre en śuvre dans l'enseignement de l'ECJS, mais son utilisation est particulièrement adaptée.Le GTD a fait le choix de préciser qu'il faut privilégier le débat argumenté.
En effet, les élèves ont fortement indiqué dans la consultation nationale de janvier 1998 leur souhait d'avoir des débats sur les questions de société. Ce sont déjà des citoyens car ils pratiquent la citoyenneté dans le cadre de la vie scolaire, dans diverses associations… et ils vont atteindre la majorité civile au cours de leurs années au lycée.
Le débat argumenté constitue une éducation à la citoyenneté, car pour justifier son point de vue, l'élève doit chercher à convaincre en développant un système d'arguments ordonnés et fondés, savoir écouter les autres pour présenter une contre-argumentation. Cette méthode permet la construction d'un espace public traversé par des contradictions et des conflits.
L'exercice de la citoyenneté, c'est-à-dire la participation aux décisions politiques sur les questions socialement vives, nécessite d'être capable d'avoir un jugement éclairé sur ces questions.Le travail de l'enseignant est d’aider les élèves à forger leur jugement sur des bases solides.
Il ne faut pas renoncer à cette éducation au jugement politique, sans quoi on passerait à côté du véritable enjeu de cet enseignement.
Il est souhaitable de partir des représentations des élèves et des questions dont ils souhaitent débattre. Il faut aussi les aider à s'approprier les savoirs nécessaires pour conduire un débat argumenté, en les accompagnant dans la recherche de connaissances et en les éduquant à l'analyse critique des médias et de l’information statistique.
Débat
- Pour que de véritables débats aient lieu, ne faudrait-il pas que le rapport professeur/élève se modifie, que les enseignants prennent davantage en compte les avis des élèves ?Relevé des principales questions
Il y a une asymétrie du rapport professeur/élève : le professeur « détient le savoir » et l’impose aux élèves, ce savoir risque de rester extérieur à l’élève. Comment dans ces conditions instaurer un débat démocratique ?
- Comment prendre en compte les représentations des élèves ?
- Il apparaît nécessaire de clarifier le rôle de la vie scolaire, notamment celui des CPE et la place de l’ECJS dans l’éducation à la citoyenneté.
De même, il faut mieux définir la contribution des différentes disciplines dans le cadre de leur cours spécifique et la contribution de l’ECJS.
- L’organisation concrète du travail avec les élèves pose un certain nombre de problèmes : difficulté à mettre en place un travail pluridisciplinaire, problèmes d’horaire, difficulté à concilier l’objectif d’appropriation de connaissances par les élèves, d’élaboration des problématiques et la nécessité des traces écrites, avec la prise en compte des choix des élèves quant aux sujets à traiter, quant aux supports documentaires…- L’apprentissage de la citoyenneté dans le cade de la vie scolaire, la contribution des différentes disciplines à l’éducation à la citoyenneté et l’ECJS sont distincts mais aussi complémentaires. L’ECJS a un mode spécifique d’entrée dans la citoyenneté : les savoirs des Sciences sociales. Chaque discipline apporte un savoir qui permet un éclairage sur les questions sociales ( par exemple les Sciences de la vie et de la terre sur les débats relatifs à l’environnement) et/ou permet un apprentissage par la pratique ( par exemple l’EPS par l’élaboration de règles collectives, par le rapport aux autres…). Le rôle des CPE est indispensable dans l’apprentissage du respect des règles et de la démocratie dans la vie scolaire.Eléments de réponses
- La question de la relation éducative a des enjeux considérables ; l’asymétrie des rapports peut être un obstacle aux apprentissages. Mais cela ne signifie pas que les élèves doivent être livrés à eux-mêmes dans la construction des débats. L’enseignant les guide dans leurs choix, leur fait découvrir des documents ayant une valeur scientifique, leur apprend à conduire une analyse critique des différentes informations. L’appropriation des avoirs et des méthodes passe bien sûr par l’activité des élèves.
- La prise en compte des représentations des élèves est indispensable pour connaître les obstacles aux apprentissages et déterminer les objectifs.
- Le débat argumenté n’est pas un débat démocratique dans la mesure où il ne débouche pas sur un vote et des prises de décision. L’objectif est de dépasser le « sens commun », d’apprendre aux élèves à argumenter, à intégrer différents points de vue et à conduire une analyse critique.
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