Philosophie et ECJS

Journée d'information sur l'ECJS
Lycée Ismaël Dauphin à Cavaillon, le 22 octobre 1999.
Intervention d’André SIMHA, IA-IPR de philosophie

 
La création d'un enseignement d'ECJS est l'un des principaux axes de la réforme engagée dans l'ensemble des lycées (d'enseignement général, technique, et professionnel). Il s'agit de l'institution d'un enseignement dont la présence au lycée, et les modalités, sont nouvelles ; en quoi cette institution est-elle importante ? en quoi est-elle significative, du point de vue de ses finalités propres et de ses enjeux ?
Le texte de présentation de cet enseignement (paru au B.O. n°5 du 5 août dernier) insiste sur deux points relatifs à la nécessité de son institution:
 

1) au moment du passage du collège au lycée, la plupart des élèves vont bientôt accéder au statut de citoyen. Certains sont déjà civilement majeurs. Tous sont censés maîtriser un certain nombre de connaissances sur les institutions, mais d'une part, ils ne connaissent presque rien du droit, d'autre part, ils n'ont pas encore connu (du moins avant la réforme de l'éducation civique au collège) l'apprentissage direct des pratiques de la discussion argumentée et ordonnée à propos des questions qui se posent (ou qui devraient se poser) aux citoyens d'une société démocratique moderne.
 

2) en conséquence, le risque majeur est de voir, après le collège, les connaissances en éducation civique se réduire à des informations, limitées à leur caractère factuel et inerte, et en fin de compte perdues dans la masse considérable d'informations reçues passivement à propos de la société, de l'Etat et des institutions.
 

Il faut donc que les lycéens puissent prendre en compte la dimension juridique des situations qui font intervenir les responsabilités et les garanties de la citoyenneté dans la vie sociale et politique, dans le travail et la vie familiale, dans l'appartenance à un Etat, à la communauté européenne, et à la vie internationale.
« Faire découvrir le sens du droit, en tant que garant des libertés », tel est l'un des objectifs majeurs de cet enseignement. « Enseignement » plutôt que « discipline »: la dimension éducative du terme « enseignement » fait, en effet, référence à des pratiques auxquelles on se forme, conformément à certaines exigences: la citoyenneté, au sens le plus actif du terme, n'est pas seulement un statut, c'est une exigence et une conquête, c'est la modalité propre de la liberté effective dans la Cité.

Comment l'école elle-même pourra-t-elle être fidèle à sa vocation, chemin de liberté et, indissociablement, accès de tous à la responsabilité du citoyen, si elle ne forme pas à la pratique du débat rationnel, argumenté, et à l'épreuve, par chacun, de son autonomie de jugement ?
Or il n'y a de débat véritable que sur fond de recherche, en commun, d'un jugement fondé. Exercice qui apprend à chacun, en effet, à distinguer jugements rationnels et préjugés, et à se soucier de l'objectivité et de la valeur de ce qu'il soutient devant les autres ; sans souci partagé d’objectivité, il n'est pas de débat formateur .Cette remarque implique qu'il y ait recherche et confrontation des sources, vérification et organisation d'un savoir, lorsqu'il s'agit en particulier de situations et de faits sociaux et politiques, et lorsqu'il faut dégager leur dimension juridique, dans un horizon de liberté.
Le débat argumenté portera donc sur une connaissance précise, et construite, de la réalité sociale et politique. Et, de façon complémentaire, s'il doit y avoir débat, c'est pour que cette connaissance prenne tout son sens, en tant qu'elle trouve sa destination dans la recherche en commun du vrai et du juste, qui donne son sens plein à la citoyenneté. Tel est le sens de l'appropriation par l'élève de l'exigence de droit et de liberté.
L'ambition de l'ECJS apparaît dans la forme institutionnelle du travail en commun, professeurs des différentes disciplines impliquées par un tel apprentissage, et par ses références ; élèves qui ont à entrer dans la recherche d'une connaissance considérée comme le point d'appui et la ressource du débat. Cette ambition est donc tout d'abord de placer l'élève en situation de responsabilité, vis-à-vis des autres et vis-à-vis de lui-même, en tant qu’être capable de raison, c'est-à-dire d'examen des raisons des autres et de leurs objections, à l'aune de la commune raison.
Supprimer ou atténuer la dimension cognitive de cet apprentissage, ce serait réduire l'ECJS à une formation sophistique et médiatique; supprimer ou réduire sa dimension dialogique, ce serait ajouter aux autres savoirs constitués portant sur les faits de société et de civilisation, un savoir sans doute complémentaire, mais dont rien ne garantirait qu'il puisse permettre à l'élève de s'orienter vers un jugement responsable.
Mettre en situation de responsabilité, cultiver une pédagogie de la recherche, telles sont donc les deux exigences de l'ECJS. Son ambition(et son pari) est d'en réussir la synthèse.
 


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