Les programmes de l'école primaire |
B.O. HS n°1 du 14 février 2002
La
voix et l’écoute
OBJECTIFS
La voix et l’écoute participent à la fois des activités
corporelles et du langage. Très tôt, elles apportent à l’enfant
des moyens de communication et d’expression de soi. De plus, les capacités
auditives et vocales gardent chez le jeune enfant un extrême plasticité.
Aussi, à l’école maternelle, les activités d’éducation
musicale visent-elles à constituer prioritairement la voix et l’écoute
comme instruments de l’intelligence sensible.
Il s’agit d’abord de reconnaître les capacités
de l’enfant face au monde sonore, de les préserver et de les
enrichir. Il s’agit, dans le même temps, de nourrir et faire
vivre son imaginaire musical personnel comme source de plaisir au travers
de démarches d’appropriation, d’invention et de confrontation à la
diversité des univers musicaux. Les activités à mobiliser
pour répondre à ces deux visées sont essentiellement
corporelles. Elles impliquent en permanence l’audition, la voix, le
mouvement et le geste. Chaque séquence est organisée en faisant
alterner l’écoute, la production imitative, les reprises, les
transformations et les inventions. C’est dans ce cadre d’appropriation
active que l’enfant, par ses découvertes successives, commence à s’approprier
des univers musicaux diversifiés.
Ces activités apportent aussi une contribution forte à des
apprentissages transversaux. La langue française ou les autres langues
rencontrées dans l’école (voir le domaine “Le
langage au cœur des apprentissages”, § 4.4 et 7.1) offrent
les matériaux de nombreux jeux vocaux dans lesquels le travail du
rythme, de l’accentuation, de la prosodie, de l’articulation
conduit à une première conscience de la complexité des
caractéristiques sonores du langage. Mémoire auditive, formes
variées d’attention, rapports vécus au temps et à l’espace
sont toujours également présents au cœur des activités
conduites. Enfin par le chant l’enfant éprouve concrètement
son sentiment d’appartenance au groupe, comprend les exigences d’une
production commune et expérimente son autonomie par les rôles
différenciés qu’il assume dans une organisation d’ensemble.
Les activités, pour la clarté de l’exposition, sont
présentées sous trois rubriques : activités vocales,
activités d’écoute, activités avec des instruments.
Les activités dansées, bien qu’à la croisée
de l’éducation artistique et de l’éducation corporelle,
font traditionnellement l’objet d’une présentation dans
le domaine “Agir et s’exprimer avec son corps”.
PROGRAMME
1 - Activités vocales
1.1 Acquisition d’un répertoire de comptines et de chansons
Le répertoire est enrichi, année après année.
Il comporte des chansons en français, en langue régionale
ou en langue étrangère. Il est issu de la tradition orale
enfantine mais fait aussi appel aux propositions d’auteurs contemporains.
L’enseignant privilégie les chants à phrases musicales
courtes, à structure simple, d’étendue restreinte, évitant
de trop grandes difficultés mélodiques et rythmiques. Jeux
de doigts et jeux de nourrice sont abondamment utilisés avec les
plus petits.
L’apprentissage et la mémorisation se font selon des
procédures que précise le document d’application.
Elles supposent un travail de reprise quotidien. L’enfant chante
dans le cadre de séances dirigées, mais aussi pour le
plaisir partagé, en accompagnement d’autres activités
comme pour ponctuer le déroulement de la journée.
1.2 Jeux vocaux
Jouer avec sa voix permet de découvrir la richesse de ses possibilités
et de construire les bases de la future voix d’adulte parlée
et chantée en évitant qu’elle ne se réduise
trop rapidement à des usages courants et restreints. L’exploration
ludique de la voix combinée à des jeux corporels en
actualise toutes les possibilités expressives et est l’occasion
de premières écoutes comparatives.
Ils peuvent porter sur :
•
des bruits, cris, éléments sonores d’environnements
de la vie quotidienne, qu’on imitera ou transformera ;
•
des éléments musicaux enregistrés, dont ceux
utilisés dans les évolutions et jeux dansés ;
•
les matériaux parlés et chantés de poèmes,
comptines, “formulettes”, chansons issus de différentes
cultures.
Un texte parlé, récité, chanté – poésie,
chanson ou comptine – prend vie s’il est rythmé,
si les mots, les phrases ont été explorés par
des jeux sonores, des essais de respirations et des placements variés
dans l’espace. Il se mémorise ainsi plus facilement,
surtout en y ajoutant gestes et mimiques d’accompagnement.
1.3 Invention de chants et productions vocales
Il s’agit de nourrir par un travail de création des projets
d’expression plus spécifiques, plus ambitieux (sonorisation
d’albums, de bandes dessinées, de poèmes, activités
dramatisées multiples…). À l’école
maternelle, la chorale reprend et amplifie dans le cadre de l’école
le travail de chaque classe. Elle crée des interactions entre
enfants d’âges différents et place chacun en situation
de représentation. Ce sont autant de facteurs qui fortifient
les capacités et le plaisir de chanter ensemble. C’est
aussi l’occasion, pour les enseignants, de construire des projets
collectifs avec, éventuellement, le concours de partenaires.
Il conviendra toutefois de ne pas annuler ces bénéfices
par la réunion d’un trop grand nombre d’élèves.
2 - Activités d’écoute
Les activités d’écoute visent prioritairement à développer
la sensibilité, la discrimination et la mémoire auditives.
Elles concernent l’écoute intérieure comme l’imaginaire
sonore. Elles posent également les bases des premières
références culturelles.
La mise en œuvre pédagogique s’organise autour de
deux pôles :
•
les temps d’écoute répétés et intégrés à toute
séance dirigée qui articule dans des alternances et
combinaisons variées : écouter, chanter, jouer, reproduire, évoluer,
inventer, etc. (ces divers moments, indispensables à toute
progression des réalisations, doivent être mis en œuvre
dans chaque séquence) ;
•
les temps d’écoute correspondant à des événements
plus émotionnels et esthétiques : écoute pour
le plaisir et non précisément finalisée (suite
du conte, retour au calme, ponctuation entre activités); écoute
en concerts, rencontres, spectacles, découverte de musiques
nouvelles.
Au travers de l’éventail de ces moments très régulièrement
offerts, l’enfant mémorise des formes sonores, des segments
particuliers, isole des sons, les compare, les reproduit, les identifie.
Il commence par percevoir les contrastes forts, puis progressivement
distingue des écarts moins marqués ; il découvre
que les silences ont une valeur musicale. Ces divers éléments
sont souvent repris pour être mémorisés.
•
Au travers des variantes de timbre et d’intensité d’abord,
de durée et de hauteur ensuite, l’enfant apprend progressivement à caractériser
ces éléments de base par la comparaison et, souvent,
par l’imitation vocale ou gestuelle. Il acquiert avec ces notions
vécues un lexique simple mais précis ou des formules
imagées qui lui permettent de désigner, avec des qualificatifs
de plus en plus nuancés, les caractéristiques d’un
extrait. L’enseignant conduit la classe à effectuer des
rapprochements, des comparaisons; il justifie les reprises d’écoute,
donne des explications brèves en réponse au questionnement
de l’enfant.
En fin de scolarité maternelle, des activités de codage,
parfois appuyées sur un répertoire de signes gestuels,
prolongent certains moments d’écoute sélective.
Les activités d’écoute portent sur :
•
l’écoute du monde sonore : l’enfant découvre
des environnements sonores variés en situation ou enregistrés
(“paysages sonores”, bruitages) ; il s’essaie à localiser
les sources sonores, fait des hypothèses sur leurs causes,
sur les objets, les voix, les matériaux et les gestes qui peuvent
les produire ;
•
l’écoute des productions de la classe ou d’autres
classes : l’enfant est soit auditeur en direct, soit auditeur
d’enregistrements (émissions vocales, textes dits et
chantés, percussions corporelles, usage d’instruments
et d’objets sonores) ;
•
l’écoute d’extraits d’œuvres musicales
d’origines les plus variées possible (époques,
styles, genres, pays, cultures) ;
•
l’écoute, chaque fois que c’est possible, de musique
vivante : musiciens invités à l’école,
concerts, prestations d’élèves d’école élémentaire,
de collège ...
L’enseignant accueille d’abord toutes les réactions
que l’enfant mobilise en situation d’écoute. Les
premières sont des réactions corporelles rythmiques
pendant l’audition, irrépressibles et indispensables
chez les plus jeunes. Les déplacements et l’imitation
(parlée, jouée ou chantée) sont ensuite utilisés.
L’expression verbale spontanée, puis rapidement dialoguée
avec le maître, fait prendre conscience de la diversité des
impressions personnelles, mais aussi parallèlement de la prégnance
de certains éléments, à terme repérés
par tous. Sans censure de ses réponses corporelles, guidé de
façon répétée et progressive, l’enfant
découvre ainsi les composantes rythmiques (pulsation, tempo,
cellules courtes…) et apprend à les manier. Il repère
des phrases musicales, les couplets et les refrains, certains des
instruments utilisés. La réalisation de chorégraphies
reste une activité doublement privilégiée: elle
sollicite de façon corporellement intégrée les
différents niveaux d’écoute, elle permet d’expérimenter
en même temps les bases d’un langage corporel.
Tous ces éléments musicaux agis, vécus, repérés,
identifiés et réincorporés peuvent, dès
lors, mieux nourrir les activités d’expression, de symbolisation
et de création, tout comme les capacités à comprendre
des univers musicaux nouveaux.
3 - Activités avec des instruments
Elles sont directement liées à l’évolution
des possibilités gestuelles de l’enfant et, surtout,
au plaisir de la découverte de sources sonores les plus variées.
On peut orienter ces activités dans de multiples directions
:
•
recherche exploratoire des possibilités sonores d’objets
variés et de percussions corporelles ;
•
expérimentation de gestes en vue de produire ou reproduire
des sons, créer des séquences originales ;
•
utilisation comparée d’instruments simples en vue de
la recherche d’effets particuliers, élaboration de “familles” d’instruments à partir
des effets constatés ;
•
traduction en gestes instrumentaux de réactions corporelles
spontanées, puis élaborées ;
• reproduction et invention (notamment dans le domaine rythmique);
•
combinaison progressive des percussions corporelles et instrumentales
avec les comptines parlées, les jeux chantés, les évolutions
et les chants.
Ces activités développent les capacités d’écoute
et d’attention, apprennent à mieux maîtriser la
pulsation, le rythme, les nuances, et enrichissent les possibilités
d’interprétation et d’invention. L’enfant élargit
ainsi ses réactions personnelles à l’écoute
de musiques variées, et commence à tenir des rôles
alternés dans une situation de groupe.
| Compétences
devant être acquises à la fin de l’école
maternelle - Avoir mémorisé un répertoire varié de comptines et de chansons ; - interpréter avec des variantes expressives un chant, une comptine, en petit groupe ; - jouer de sa voix pour explorer des variantes de timbre, d’intensité, de hauteur, de nuance ; - marquer la pulsation corporellement ou à l’aide d’un objet sonore, jouer sur le tempo en situation d’imitation ; - repérer et reproduire des formules rythmiques simples corporellement ou avec des instruments ; - coordonner un texte parlé ou chanté et un accompagnement corporel ou instrumental ; - tenir sa place dans des activités collectives et intervenir très brièvement en soliste ; - écouter un extrait musical ou une production, puis s’exprimer et dialoguer avec les autres pour donner ses impressions ; - utiliser quelques moyens graphiques simples pour représenter et coder le déroulement d’une phrase musicale ; - utiliser le corps et l’espace de façon variée et originale en fonction des caractéristiques temporelles et musicales des supports utilisés ; - faire des propositions lors des phases de création et d’invention, avec son corps, sa voix ou des objets sonores. |