III/ Mise en schéma du texte de Gilles Le Muisit, abbé de Saint-Martin de Tournai (1272-1352)

 

I/ Le document

 

 

II/ Quelques suggestions.

 

 

           

 

Ce que nous apprend le texte.

           

            Une crise de subsistance éclate au mois de mai 1316 au moment de la soudure, période critique car la récolte n’aura lieu qu’au mois de juillet suivant. Cela signifie que les réserves de nourriture ont été épuisées. La pénurie de blé entraîne une classique hausse des prix (offre très inférieure à la demande). Hypothèse : cette hausse des prix peut avoir été provoquée par des spéculateurs ou les vendeurs habituels.

            Le manque de nourriture (disette) entraîne une malnutrition [et/ou une sous-alimentation] qui provoque une « moindre résistance » des corps aux maladies, etc. (« les corps commencèrent à s’affaiblir »). Cette sous-alimentation provoque à son tour un pic de mortalité qui frappe toutes les classes sociales (lignes 11-12). Cette très forte mortalité est telle que les corps pourrissent faute de sépulture rapide d’où la puanteur de l’air (lignes 13-14, le mot corrompu est à expliquer aux élèves). C’est l’hypothèse que l’on peut faire. Rappelons que la disette est le manque passager de vivres. La famine est le manque total de vivres : les gens meurent alors de faim et pas seulement de malnutrition ou de dénutrition A cette époque, la disette était une expérience commune pour les paysans voire les pauvres des villes. Dans ce cas particulier, il semble que cette disette soit synonyme de famine (voir annexe I § c et f).

            Ce texte a pour contexte la grande crise frumentaire de 1315 qui toucha l’Europe du Nord-Ouest. La crise de subsistance dont il est question est la conséquence des mauvaises récoltes de 1314 et 1315. Il est important de faire pour les élèves une brève chronologie pour les années 1315-1316 en indiquant les périodes de récolte et de soudure. En été 1316, la « récolte fut très inférieure à la normale » (G. Fourquin). Par contre, la récolte de 1317 fut excellente. G. Fourquin affirme que « dans la période qui suivit la crise frumentaire, le bas niveau des prix céréaliers se prolongea ». Les famines qui suivirent la crise de 1315-1316 restèrent régionales. Plus que les famines, très localisées et très conjoncturelles, « l’Occident a surtout souffert de nouveau et un peu partout des mois de sous-alimentation ». Une conséquence en fut une moindre résistance aux épidémies dans les milieux les plus pauvres ». La dépression démographique fut plus grave encore que la dépression économique.

            Pour en revenir au texte, il est difficile de généraliser l’exemple de Tournai à l’ensemble de l’Europe. Donc ce texte doit être utilisé pour faire réfléchir les élèves à la notion de crise de subsistance. C’est au professeur de dire, de façon magistrale, que ce texte est un bon exemple des crises frumentaires, récurrentes, qui frappèrent l’Occident. Par contre, la peste de 1349 a aggravé la situation et elle a probablement (sous réserves de vérifications !) entraîné une diminution de la population de cette ville.

            Ces quelques remarques devraient donc conduire à la prudence dans l’exploitation de cet exemple. C’est toute la difficulté pour articuler étude de cas et généralisation.

 

Le « pavage » du texte.

 

            *Dans une classe qui aurait des difficultés pour comprendre le texte, je suggère ce travail de « pavage » du texte afin d’expliquer le sens des phrases. Le professeur s’assurera, par un jeu de questions simples, que tous les mots-clés et le sens des phrases ont été compris. Il est important d’apprendre aux élèves à déduire des informations d’un texte (ex : si la mesure de blé devient chère, quelle peut en être la conséquence ?). Ne pas oublier que dans tout texte, il y a des informations explicites et d’autres qui sont implicites dans la pensée de l’auteur et/ou du narrateur.

 

           

 

 

 

 

 

*Il est important aussi de situer le texte sur une frise chronologique simple : le professeur tracera sur une ligne les années 1315 et 1316 en indiquant les mois (J, F, etc.). Pour les mois de juin, juillet, août 1315, il notera mauvaises récoltes. Puis, pour les mois de avril-mai-juin de l’année 1316, il  écrira le mot SOUDURE [il en expliquera le sens aux élèves] ; ensuite : « récoltes » pour les mois de juillet et août. Donc en mai 1316, on est encore à plus d’un mois des moissons !

 

3° Trois exemples de trace écrite

 

*Pour la trace écrite, le professeur a le choix entre deux schémas [N° 1 et 2] et/ou quelques phrases de résumé.

 

Avertissement :

 

            Le travail proposé ci-dessus s’appuie sur la version du texte proposée par le manuel Hachette (1997). Avec une version moins tronquée (comprenant le passage où figure le mot famine), le professeur peut faire construire un autre schéma fléché [N° 2] comprenant d’autres rubriques : [nourriture de très mauvaise qualité], [famine], etc.

           

           

D’un point de vue méthodologique, il est important de visualiser les relations de causalité. Si les élèves ne comprennent pas le sens des flèches, le professeur notera, à cheval sur les flèches du schéma, « provoque, entraîne, favorise, etc. ». Il est important aussi d’avancer un certain nombre d’hypothèses que le professeur validera en apportant des connaissances que les élèves n’auront probablement pas. Ici, en rouge sur le schéma, les éléments que l’on peut déduire de la lecture du texte sans risque de se tromper. Pour éviter la paraphrase du texte, il est utile de transformer les unités d’information du texte. Par exemple : de l’affaiblissement des corps on peut déduire les notions de sous-alimentation et /ou de malnutrition.

 

 

 

 

 

 

 

             

 

C/ Deux exemples de résumé

 

            A/ Pour rester dans l’exemple de Tournai

 

            « Une période de mauvais temps a d’abord provoqué une grande disette qui s’est ensuite transformée en famine. Cette famine a eu pour conséquence une catastrophe démographique inconnue de mémoire d’homme »..

 

            B/ A partir de l’étude de cas de Tournai

 

« Comme à Tournai, l’Europe connaît à partir de 1315 des difficultés alimentaires. Disettes et famines se multiplient dans plusieurs régions. Elles rendent les populations plus fragiles aux épidémies ».

 

* La suite du cours portera sur l’arrivée de la peste en 1347 et sa terrible diffusion en 1348 et 1349. On insistera aussi sur la multiplication des épidémies (voir par exemple le manuel Belin aux pages 96-97). Il est important de souligner leur récurrence et leurs graves conséquences démographiques (plusieurs manuels livrent des données chiffrées qui permettent de mesurer l’ampleur de la catastrophe). Les schémas seront complétés en intégrant cette donnée (voir par ex. schéma N° 1). La leçon sera complétée par une séance sur les conséquences de la guerre, autre élément-clé de la crise.