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Qu’est-ce qu’un croquis ? Peut-on
l’évaluer ? IUFM Aix-Marseille - Groupe de développement Géographie - Novembre 2002 Les épreuves du baccalauréat imposent la réalisation d’un croquis de géographie. Celui-ci peut venir à l’appui d’une au moins des compositions lors de l’épreuve dite « longue » ou constituer l’intégralité de l’épreuve dite « courte ». Chaque année, l’épreuve donne lieu à commentaires et controverses. Au delà des enjeux du baccalauréat, ces polémiques mettent en avant le besoin d’une entente minimale sur la nature du croquis et les exigences que l’on peut avoir à l’égard des élèves. |
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1 - Cartes,
croquis, modèle, ce n’est pas la même chose.
Tous les élèves ont, depuis très longtemps lorsqu’ils arrivent en lycée, « fréquenté » des cartes ; mais savent-ils quelles cartes ? Leur manuel de géographie, leur atlas, leurs cours, leur image même de la géographie sont « meublés » de cartes. Il y a pourtant fort à parier qu’à leurs yeux toutes ces cartes sont « équivalentes » et qu’ils n’ont probablement jamais eu à réfléchir sur leur nature. Or le professeur leur demande de construire un croquis correspondant à des règles relativement précises, et ce travail donnera lieu, à terme, à évaluation. Première nécessité : s’imposer en tant que professeur une rigueur de langage ; parler de croquis lorsqu’il s’agit de croquis et bannir le mot carte ! Construire une carte et construire un croquis, ce n’est pas la même chose ! Pour fixer quelques repères, on peut s’appuyer sur les distinctions suivantes : n La « carte de localisation », est définie comme ayant pour but la localisation dans l’espace et nécessitant une précision « scientifique ». La localisation d’un lieu sur la carte ne peut être approximative... n La carte « thématique », permet de représenter la répartition dans l’espace d’un ou deux phénomènes, et utilise pour cela une « unité de base » (Etat, région, département, commune...) de taille inférieure à celle de la carte. Elle suppose la plupart du temps l’établissement de «classes statistiques » dont les limites et le nombre peuvent avoir un effet décisif sur l’allure finale de la carte. n Le croquis de géographie, est défini en mettant l’accent sur l’idée de message. Le but n’est plus la précision «scientifique» de la localisation mais la transmission visuelle d’un message, répondant à une problématique. Bien entendu, les localisations doivent être justes mais elles ne constituent pas l’objectif essentiel du croquis. Avant de développer l’usage du croquis, l’enseignement secondaire s’est longtemps servi de « cartes de synthèse ». Celles-ci obéissaient avant tout à une logique de superposition d’informations qui aboutissait à synthétiser l’essentiel des informations sur une question. Il n’y avait pas véritablement de message à faire passer. Si le croquis amène lui aussi à superposer différentes informations, celles-ci sont hiérarchisées et organisées dans le but premier de transmettre une réponse à une problématique. n Le schéma : Il consiste à inclure la représentation dans des formes géométriques (par exemple l’hexagone pour la France ou le carré pour l’Espagne). Le but est essentiellement une simplification du discours. n Le modèle cartographique, peut être défini comme une forme de schématisation visant à généraliser un mode de fonctionnement ou une organisation de l’espace. Selon Roger Brunet, l’espace a ses lois. Ces lois aboutissent à la répétition de formes que R. Brunet appelle des chorèmes. Il crée une table qui comporte 28 chorèmes. En combinant ces chorèmes, il passe ensuite à la chorématique, c’est à dire à la modélisation des espaces. Encore une fois, le modèle cartographique repose sur un principe de généralisation. Par exemple, il peut s’agir de représenter une loi spatiale de portée générale (modèle centre-périphérie) ou une configuration archétypale que l’on retrouve dans différents lieux du monde (le modèle de l’île tropicale). Un lieu précis (par exemple l’île de la Réunion) peut ainsi être étudié par confrontation au modèle (l’île tropicale), soulignant ainsi à la fois les correspondances et les singularités par rapport au modèle. |
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2 - Un croquis
délivre un message répondant à une problématique. Une définition ? Au delà de ces distinctions, une nécessité s’impose : définir le croquis en termes simples pour les élèves. Il est essentiel d’insister sur l’idée que le croquis doit délivrer un message répondant à une problématique. De même que la composition n’a pas pour but de réciter le cours, le but du croquis n’est pas de réciter par cœur, coloriage à l’appui, le travail réalisé en classe. Le croquis utilise un langage particulier, pour répondre à une question posée. Cette idée peut facilement être exposée à partir de deux croquis sur le même sujet mais fournissant des messages opposés (voir l’exemple sur « centre et périphéries dans le monde »). Pour bien faire saisir la différence avec la carte on peut utiliser la référence à la publicité : son message doit être compréhensible instantanément. Que l’on parte de la réalisation en classe d’un croquis « exemplaire » ou d’une explication des « règles du jeu », il paraît utile de mettre en place pour les élèves quelques grands principes. On peut s’appuyer sur 4 idées : Règle n°1 : Un croquis répond à une
problématique. Un croquis répond à un sujet donné. |
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Comme pour la composition, celui-ci peut comporter une question clairement formulée ou nécessiter une « reformulation » sous la forme d’une problématique. On peut s’appuyer sur la démarche de la composition pour analyser, comprendre, définir les termes du sujet afin d’en cerner les limites et les contenus. |
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Règle n°2 : Un
croquis a un message à délivrer, ou pour le dire autrement, un
croquis a quelque chose à montrer. |
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Exemple d’un croquis établi pour les élèves du lycée D. Villars de Gap. |
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Ce message est la réponse à la problématique. Il doit être visible immédiatement, au premier coup d’œil sur le croquis, même (et surtout) si celui-ci est regardé de loin. Le croquis n’est donc ni une « carte simplifiée », ni « une carte compliquée », il est un « outil de communication ». |
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Règle n°3 : Pour que le message passe, il faut respecter un langage cartographique de base Les figurés de surface sont plus visibles que les figurés ponctuels, il existe une « grammaire » du croquis, comme il existe dans le code de la route un langage de base opposant les panneaux rouges aux panneaux bleus... Beaucoup de manuels présentent une table des signes cartographiques facilement utilisable par les élèves. |
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Le croquis ci-dessus n’a ni titre ni légende, afin d’attirer l’attention des élèves sur le respect du langage cartographique. De fait, les 2 croquis présentent le même découpage de la région PACA, les mêmes axes, les mêmes villes, pourtant le fait d’utiliser un langage cartographique (couleurs, épaisseur et taille des figurés ponctuels) contribue à transmettre un message différent. En partant du principe que les deux croquis sont justes, et se situent dans la perspective d’un croquis sur le tourisme en PACA, il s’agit de produire deux légendes convenables. Le premier croquis basé sur un dégradé de couleurs suppose qu’il y a plus de touristes qui fréquentent la côte que l’arrière pays, mais que les Alpes du Sud se situent à un niveau intermédiaire. Le croquis de droite, basé sur des couleurs sans rapport les unes avec les autres suggère qu’il existe des types de tourisme différent. Au tourisme balnéaire et culturel de la basse Provence s’oppose le tourisme des stations de montagne, tandis que la haute Provence se caractérise plutôt par ses résidences secondaires. Dans les deux cas, les choix cartographiques sont au service du message à transmettre. |
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Règle n°4 : Pour que le message passe, il faut que la légende confirme le message. |
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Elle doit donc être classée, organisée et doit s’appuyer sur des titres aidant à la compréhension du message. Pour faciliter la lecture, la légende doit être visible en même temps que le croquis Le dessin ci-contre n’a pour but,
par l’intermédiaire de la provocation, que d’attirer l’attention des élèves sur
l’importance de la légende et de refuser les légendes « timbre
poste » ou désordonnées qui accompagnent certains croquis. |
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3 - Comment
évaluer un croquis ?
Les règles énoncées précédemment sont autant d’outils permettant de définir des critères d’évaluation :
n Le message délivré par le croquis répond-il à la problématique définie par le sujet ? Un croquis peut parfaitement se révéler hors sujet, même (et surtout ?) s’il correspond en tous points à un croquis vu en classe ou reproduit d’un manuel.
n La réponse fournie est-elle satisfaisante ? Certaines réponses sont plus précises ou plus complètes que d’autres...
n L’organisation et la hiérarchisation de la légende mettent-elles en valeur ce message ? Comme il n’y a pas de plan type à une composition, il ne saurait y avoir de croquis type répondant à une problématique. C’est au contraire la capacité à structurer la démonstration qui fait la qualité du croquis.
n Le langage cartographique est-il correctement utilisé de façon à renforcer le message ?
Couleurs, signes, tailles et dégradés doivent être utilisés à bon escient.
n Les localisations sont elles justes ? Evidemment ce critère doit entrer en ligne de compte mais il ne doit pas constituer l’élément essentiel de la notation. Bien entendu, on ne peut accepter que New York soit à la place de Los Angeles, mais exiger des localisations justes c’est aussi préciser un niveau d’exigence. Doit-on par exemple, en terminale, demander obligatoirement toutes les villes de la mégalopolis, 10 villes japonaises et autant de villes russes ? Le professeur est-il d’ailleurs capable de les placer lui même sans erreur sur le fond de carte ? Qu’est-ce qui peut être défini comme un repère exigible d’un élève de terminale et qu’est-ce qui relève de l’utilisation intelligente d’un atlas ?
n et l’esthétique ? Qu’on le veuille où non un croquis bien réalisé, esthétique et soigné, transmet mieux son message qu’un croquis « bâclé ». Ce critère a donc tout à fait sa place dans l’évaluation.
Une grille type de correction pourrait ainsi – au moins dans une perspective de travail avec les élèves et dans le but de mieux leur faire comprendre sur quels critères ils doivent bâtir le croquis – se présenter sous la forme du tableau suivant :
Croquis : (sujet).
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Les éléments du croquis |
Critère de correction |
Remarques - Appréciations |
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La légende |
La légende est organisée |
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Le message proposé répond à la problématique |
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Le contenu de chaque rubrique est suffisamment détaillé. Adéquation des informations pour répondre au sujet. |
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La cartographie |
Les choix cartographiques sont efficaces |
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Les localisations sont exactes ainsi que la nomenclature |
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Qualité esthétique… le message est transmis |
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Bilan global |
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On peut penser qu’une démarche d’apprentissage du croquis s’appuyant à la fois sur des règles de définition claires et sur l’annonce anticipée des critères de correction a quelques chances d’aboutir auprès des élèves.