Bollywood entre Nord et Sud
Brigitte MANOUKIAN
Groupe de
Développement de Géographie de l’IUFM d’Aix-Marseille. Conférence à l’IUFM
d’Aix-Marseille, le 2 avril 2008.
(Imprimer ou visualiser au format PDF)
Parmi
les grilles de lecture qui guident notre regard sur le monde, celle qui partage
notre terre en deux - un Nord et un Sud - persiste. Elle s’appuie sur des
catégories construites qui sont fonction de « comment est perçu l’autre, ou
comment on veut qu’il soit », souvent comme un miroir inversé, et
comporte un certain nombre d’idées qui se situent entre représentations et
réalités :
|
Le Sud |
Le Nord |
|
sous-développement pauvreté village
ou le bidonville corruption
et non droit tradition foule Orient
, exotisme tropical |
développement richesse ville démocratie
et Etat de droit modernité
individu
Occident tempéré |
Ces
constructions sont aujourd’hui bousculées au regard des dynamiques qui touchent
les pays du Nord et du Sud, mais surtout du Sud. Après les « pays sous
développés » puis « en voie de développement », on
parle de pays émergents mais toujours en référence à des modèles
de développement qui sont les modèles dominants de l’Occident. Le Sud ou les
Sud : quelle pertinence pour cette catégorie aujourd’hui ?
L’Inde
est un grand bazar d’images et donc un bon terrain de réflexion pour
comprendre sur quoi reposent ces
représentations et vérifier leur validité dans le mouvement des Sud. Le
processus de « sudification » et « d’orientalisation » de
l’Inde avec la colonisation et même après[1],
a permis de construire des images, celles d’une Inde éternelle : le village,
les foules, le Gange, les dieux multicolores, les mendiants, les lépreux et les
bidonvilles. 600 millions de pauvres en Inde : une réalité mais qui cotoîe
d’autres réalités, celles des call centers, de la nano[2], de Mital ou Achwarya Roy[3].
Mais peut-être
qu’aujourd’hui, la force de ces Sud émergents réside dans leur capacité à
produire leurs propres images, leurs propres représentations. Alors, le cinéma
devient un excellent terrain d’observation et d’analyse car, phénomène social,
il est révélateur des caractéristiques d’une société, de ses mutations, de ses
aspirations et de sa capacité à fabriquer ses propres représentations pour se
projeter ailleurs.
-
Dans
Bollywood : il y a Bombay…
Une ville
qui s’est imposée dans la production cinématographique dès les années
trente, même si d’autres villes indiennes furent et sont des hauts de
lieux de production de films.
Les
grands studios de Bombay produisent des chefs d’œuvre d’une grande diversité,
mythologiques, dévotionnels, historiques, romantiques…des films produits en
masse et le cinéma de Bombay s’impose comme le all India cinéma[4],
celui de l’Inde entière. Les films sont en hindi et vont jouer un rôle dans la
diffusion de la langue et dans la construction d’une identité nationale, autour
d’images qui serviront de modèles, de références. Puis dans les années
cinquante, c’est à Bombay que l’on codifie le cinéma commercial façon masala[5].
Le
cinéma est une invention de l’Occident que les Indiens ont su absorber et
intégrer dans leur culture
Le
premier film parlant en 1931 est une aubaine pour les créateurs qui vont pouvoir adapter la tradition millénaire du
théâtre indien, combinant musique, danse et drame, aux techniques importées
d’Hollywood. C’est le point de départ d’une puissante industrie nationale.
-
le terme
de Bollywood distingue enfin la production indienne de la production
américaine, comme « un cas spectaculaire d’exception culturelle dans le
paysage cinématographique mondial dominé par Hollywood … sorte de label
bollywood»[6],
comme une marque singulière caractérisant les milliers de films indiens
populaires même s’ils ne sont pas tous produits à Bombay !
http://gyptisetgaia.over-blog.com/pages/Bollywood__un_cinema_indien_bien_au_Sud-571019.html
(Visionner les extraits de films à partir du site indiqué
ci-dessus)
extrait 1
Le film
de Bollywood, c’est le masala moovie, une forme unique du cinéma
indien très codifié, qui peut apparaître très kitch vu d’ici et très
riche.
C’est
d’abord un prétexte pour faire de la musique et de la danse, récupérant les
traditions millénaires du théâtre populaire et les adaptant. Pas moins de 2 h
30 de film, 6 chansons nécessairement (les filmi gheet que l’on entend
dans toutes les rues, les taxis, les échoppes), des danses, déconnectées du
récit, et des changements de costumes et de décors même si cela ne s’explique pas vraiment.
C’est
aussi un cinéma où l’on mélange à la fois le sentimentalisme et la morale avec
des clichés très naïfs, des situations et des personnages simplifiés, et où le
jeu est stéréotypé à l’excès de façon à ce que le public puisse s’identifier au
héros, car dans une Inde multiculturelle, l’histoire doit être comprise de
tous.
extrait
2
Le
cinéma en Inde n’est pas un art mais un artifice : l’acteur ne doit pas
jouer « juste », « naturel » mais « artificiel »
(c’est à dire pas naturel mais culturel). Pour être compris dans un pays où la
multiplicité des langues interdit au cinéma d’accorder beaucoup d’importance
aux dialogues, le cinéma indien doit insister sur les gestes et les
expressions, l’acteur doit surjouer. Le cinéma indien est donc un vrai produit
culturel indien, appartenant plus à une culture populaire qu’à une culture de
masse. » (Vijay Monany, sociologue)
Et puis,
l’on ne montre pas tout : on suggère. On suggèrera toujours l’amour –
physique - on ne le montre pas, même un baiser, et pourtant, les scènes de sari
mouillé par la pluie ou après un bain sont plus teintées d’érotisme que les
conventions ne l’autorisent.
extraits 3 et 4
Le
cinéma de Bollywood offre du rêve, donne
à voir des images qui contribuent à sudifier l’Inde, maintient l’Orient
indien, produit un masala movie qui fait rêver, où on trouve toutes
les épices, loin de la vie réelle, sans pauvres, plus proche des
désirs, où le Bien triomphe du Mal, où
les héros sont beaux et purs, la famille omniprésente, dans le respect des
parents, de la religion, des traditions, toujours sur fond de drame et de
dénouement heureux. Il fait si bien rêver qu’il peut même créer de nouveaux
dieux, des mégastars nationales comme Amitabh Bashan, qui deviennent des
idoles pour qui on édifie des temples, aux cotés des idoles traditionnelles.
De quoi
contribuer à l’unification nationale dans un territoire éclaté culturellement,
linguistiquement, socialement et même de construire une forme d’indianité
en absorbant des éléments d’ailleurs : l’Inde a toujours su absorber et
s’adapter aux éléments extérieurs : les western ressemblent à des western
mais sont des western curry, ils sont indiens avant d’être des western.
extrait
5
L’Inde
s’est appropriée une invention européenne en l’adaptant à ses codes et à son
imaginaire.
Bollywood est à l’image de l’identité indienne
d’aujourd’hui, comme il l’a pu l’être par le passé, évoluant en fonction des
apports extérieurs mais restant très indien.
3 – …
La démonstration peut complètement s’inverser : un cinéma volontairement
au Nord et/ou qui aspire à devenir un Nord ? Hollywood plus que
Bombay ? …
http://gyptisetgaia.over-blog.com/pages/Un_cinema_volontairement_au_Nord_-582134.html
(Visionner les extraits de films à partir du site indiqué
ci-dessus)

extrait
1
Mother
India, 1958, de Mehbob Khan : Nargis, jeune veuve miséreuse élève seule ses
enfants ; un fils rebelle devient hors la loi ; Nargis doit rétablir
l’équilibre de la nature : elle le tue.
Les
thèmes sont éternels : la terre, le village, la famille, le sacré,
l’amour, le bien et le mal. Un cinéma sur fond d’Inde rurale.
extraits
2 – 3 - 4
Cinquante
ans plus tard, l’Inde est restée majoritairement rurale mais c’est la ville qui
sert de décor, là où sont les dynamismes et les changements les plus visibles,
même si ceux-ci n’épargnent pas les campagnes. Les cadres principaux de
tournage vont être les colonies avec pelouse, les collèges à l’anglo-saxonne,
la ville, la grande ville, Bombay surtout avec ses 18 millions d’habitants. Les
nouveaux symboles sont ceux de la modernité : les buildings, les voitures
et scooters, le téléphone portable, le jean et les mini-jupes (à coté du sari
ou du kurta traditionnels), la maison et son confort ménager abritant
une famille réduite aspirant à une vie meilleure, reposant sur l’éducation et
les diplômes et aussi la consommation. On y retrouve les thèmes
récurrents : famille, amour… mais ils côtoient d’autres thèmes ancrés dans
le présent : en Inde, on s’adapte en superposant et mixant sans effacer.
Le cinéma de Bollywood montre le Nord et
dit les évolutions vers un Nord… dans le Sud ; il est le reflet d’un
nouveau contexte, celui de la libéralisation de l’économie indienne, de son
ouverture à l’espace mondial, de la
révolution des technologies de la communication avec la télévision et
Internet ; le public indien s’ouvre à l’Occident non pour ses valeurs mais
pour des préoccupations plus matérielles : le concept de swadeshi,
concept traditionnel d’autosuffisance indienne qui visait à renoncer à la
consommation occidentale s’est lui aussi adapté : on a accepté Coca Cola.
Les
films révèlent les mutations de l’Inde nouvelle marquée par une middle class
montante de 300 millions de personnes (sur plus d’un milliard : c’est
autant que le marché américain) vivant surtout en ville mais pas
seulement… ; il révèle aussi les aspirations de ceux qui ne sont pas
encore touchés par la prospérité, marqueur de l’Inde ancienne. Tous se
retrouvent dans les salles de cinéma, lieu fédérateur par excellence, même
s’ils se séparent à l’entrée des centres commerciaux.
Aujourd’hui
c’est le Sud qui rêve du Nord. Le cinéma est le miroir du cadre de vie des
classes moyennes et aisées, mais il séduit aussi les autres couches de la
population ; il se produit alors un aller-retour entre le cinéma et la
réalité : le cinéma puise dans la réalité sociale, traduit en images les
aspirations nouvelles et la société puise dans le rêve qu’offre le cinéma,
s’approprie ces images… to look good.
Les
grands succès des années 90 reflètent les rêves des jeunes cadres
dynamiques, et de ceux qui veulent le devenir, avec de beaux acteurs qui
parlent mieux l’anglais que l’hindi : c’est l’Inde de Bangalore qui
triomphe de l’Inde du Bihar, une vitrine de l’Inde qui brille (….)[7].
4 - …
A moins que l’on ait affaire à une forme hybride de cinéma… entre Nord et Sud,
peut-être au centre ?
« Je suis de Calcutta et je suis de New York aussi (…)
Je n’aime toujours pas porter des chaussures. » (Mira Nair, réalisatrice indo-américaine)
Le cinéma de Bollywod est le produit d’une culture indienne
capable de tout absorber, de tout adapter.
Le Nord
et le Sud sont des constructions du Nord mais plus seulement, le Sud y
participe aussi.
“Don’t
cry, baby», “Right Ayush”, “Nice to meet you”, dit l’un et “namasté”
(bonjour) répond l’autre.
Une des
particularités, signe d’hybridation, se retrouve dans ce nouveau langage propre
à la publicité, au cinéma de ces 15 dernières années, aux milieux branchés des
grandes métropoles indiennes : l’hinglish est un amalgame entre l’hindi et l’anglais,
une sorte de compromis entre le local et l’étranger. Pour certains, il peut
être un signe d’homogénéisation culturelle, reflet de la domination culturelle
américaine dans le cadre de la mondialisation ; en Inde, il est plus le
reflet de la capacité des Indiens à s’approprier ce qui vient d’ailleurs, à
inventer tout en gardant leur identité. Une façon pour l’Inde de se fabriquer
dans un monde marqué par l’Occident et de s’y projeter, avec des images qui
disent un nouveau rapport au monde porté par des catégories sociales qui se
démarquent des anciennes générations. C’est donc à la fois un reflet des
mutations sociales mais aussi un marqueur d’identité pour l’Inde entrée dans la
mondialisation.
Et un
moyen d’accéder aussi au marché des diasporas.
extrait 3
Kal Ho Na Ho (2003) - Une famille indienne installée à New
York. La mère, qui a ouvert un restaurant, est au bord de la faillite. Un ami
proche, indien, lui propose de transformer son fast-food en restaurant indien.
Un retour culturel qui passe par la cuisine et les efforts maladroits pour
faire des chapatis. En trois minutes d’extrait, on en profite pour
critiquer les Gujarati, communautarisme oblige, et écorcher la concurrence
chinoise, l’empire du milieu. Mais l’Inde aspire aussi à être un milieu, un
centre[8].
Le film commence par « un habitant de New York sur 4 est indien » :
une façon pour les Indiens de s’annexer le centre du monde. Ici, le drapeau des
Etats-Unis est remplacé par le drapeau indien. Et le succès bien sûr est
garanti pour celui qui a su valoriser sa culture (« Apportons
l’Inde à New York »)… et ses capacités de travail.
Le
cinéma indien a conquis le marché étranger des N.R.I. (Indiens résidents
à l’étranger) avec des films orientés diaspora. NY Masala fait partie de
ces films tournés à l’étranger pour capter le public de la diaspora mais aussi
un public plus large aux Etats-Unis et en Europe.
Quelques
précisions : la diaspora représente 22 millions de personnes et 15
milliards de dollars envoyés en Inde chaque année ; c’est 0,6 % de la
population des Etats Unis mais 5% de scientifiques, ingénieurs, experts en
logiciels, médecins… soit des diplômés, des actifs intégrés, des cols blancs
qui ont un revenu par tête supérieur de
50% à celui de la moyenne américaine. Les élites de la diaspora (à distinguer
des ABC - Ayas, Butler, Cook - nounous, valets, cuisiniers du Golfe, autre
composante de la diaspora indienne) fascinent et sont le symbole de la
réussite, non seulement individuelle mais aussi celle de la middle class
et de toute l’Inde ! Les succès de Mital sont les succès de l’Inde entière
et celui de miss monde de toutes les femmes indiennes. Outre les
investissements dont ils sont la source, les NRI sont intégrés dans
l’imaginaire national pour participer à une réussite nationale. La diaspora
change l’Inde par ses retours d’argent
et par les images qu’elle offre, le rêve qu’elle véhicule, et le cinéma
contribue beaucoup à la diffusion de ces images et de ces rêves. Les Global
Indians font la réussite nationale et façonne le sentiment de re-co-nnaissance.
Ainsi,
le cinéma fabrique des images du Sud…
pour le Sud et le Nord, des images traditionnelles pour le Sud exilé au Nord
lui permettant de s’accrocher à une identité orientale, indienne, de la recréer
pour le Nord, mixant exotisme et familiarité dans un contexte occidental. Un
cinéma formaté qui répond au goût du public vivant hors de l’Inde avec des
personnages auxquels la diaspora peut s’identifier, capable de s’inscrire dans
l’espace mondial tout en gardant ses spécificités. Bien plus : le
processus de sudification - ou orientalisation ou indianisation
- se poursuit encore, renforcé par l’intégration de l’Inde à la mondialisation.
Dans le tournant du millénaire, parmi les films à succès, il y a ceux qui ont
marqué un retour vers des thèmes du passé. Deux exemples représentatifs :
-
Lagaan, nominé aux Oscars en 2001 : on baigne dans le
patriotisme-nationalisme, dans l’Inde coloniale et rurale. Un match de cricket
est organisé : une belle anglaise apprend les règles au capitaine
indien et en tombe amoureuse ; le match est gagné par les Indiens et le
capitaine choisit la belle Indienne plutôt que la belle Anglaise.
-
Devdas, inspiré d’un classique de la littérature indienne
écrit en 1917 par Saratchandra Chatterjee, raconte les amours tragiques entre
une fille de basse caste et un fils de zamindar ; tourné au moins 17 fois,
la version récente explose de costumes riches, de décors somptueux, de
bijoux : c’est l’Inde qui brille[9],
l’Inde de la prospérité sur fond de romantisme exacerbé.
extrait
4
L’image
de l’Inde est celle de Bharat (nom pour Inde en hindi), l’Inde
éternelle et rurale accompagne India, l’Inde moderne et urbaine, celle
qui conforte la vision nostalgique d’une
Inde idyllique et qui rassure dans la mondialisation (et pas seulement le
mouvement nationaliste, conservateur, voire exclusif et réactionnaire). Le
résultat : un paradoxe entre un milieu de plus en plus internationalisé et
des films qui marquent un retour vers des thèmes du passé, vers des valeurs
conformistes et traditionnelles, même si les personnages ont des formes très
modernes. Cette évolution est à la fois culturelle, voire identitaire mais
aussi stratégique quand il s’agit de s’inscrire dans l’espace mondial.
Bollywood
est à la fois populaire et transfrontalier ; il apparaît comme un
marqueur culturel et un label économique : pour atteindre un large
public, il faut indianiser et associer des images indiennes aux
standards occidentaux, les valeurs des Indiens globalisés et les valeurs de
l’Inde. Ses productions sont indiennes, américaines, occidentales, mondiales… en
fait cosmopolites, mixtes !
L’émergence de l’Inde dans le monde, sur le plan économique
se fait parallèlement à un sentiment que l’Inde est aussi en train de renaître
sur le plan politique et culturel ; le nationalisme indien n’est pas mort,
il se réadapte sans cesse aux nouveaux contextes et les projets politiques et
économiques qui se construisent cherchent aujourd’hui à faire sortir l’Inde des
catégories dans lesquelles on l’a mise. L’Inde est persuadée d’avoir quelque
chose à apporter sur le plan de la culture populaire : si les Etats-Unis
ont mené le monde par ce biais, pourquoi pas l’Inde ? Pourquoi le cinéma
ne serait-il pas un moyen de séduire les Indiens et l’Occident, d’être à la
fois au Nord et au Sud ?
Conclusion :
« Tout bouge et rien ne bouge en Inde » (Rohit Dal, créateur de mode indien)
L’Inde a
toujours été un vecteur d’images fortes pour l’Occident : l’Inde
fabuleuse, l’Inde de Kipling, l’Inde des beatniks… l’Inde de Bollywood… l’Inde des
ordinateurs…La nouveauté, c’est que ce n’est pas seulement l’Occident qui est
le seul producteur des images de l’Inde mais l’Inde aussi : c’est une
mesure de sa puissance, elle est capable de construire et projeter ses propres
représentations à l’intention du monde.
Cependant,
le risque est grand de remplacer des représentations par d’autres toutes aussi
partielles et faussées, soit substituer l’Inde des lépreux et des Ganesh roses
à celle des informaticiens. L’entrée de l’Inde dans la mondialisation pose des
questions essentielles car les images produites exposent une nouvelle Inde
à laquelle tous n’ont pas accès, et la fracture est grande entre ceux qui
font partie de l’Inde des ordinateurs et ceux qui y aspirent, ou ceux qui n’y
parviendront jamais.
De plus,
on mesure aussi la capacité de l’Inde à se situer dans le monde et d’y gagner
une place qui n’est plus au Sud mais qui n’est pas au Nord : se moderniser
n’est pas forcément s’occidentaliser.
Sous
Nehru, il était question d’une voie
indienne de développement : les dynamiques de l’Inde intègrent
aujourd’hui de multiples dimensions du développement, des modèles différents.
Le cinéma de Bollywood en est un reflet, c’est l’indianité dans la
mondialisation, ou une forme de glocalisation, mot assez étrange
mais qui dit cette synthèse entre le global et le local.
Bollywood
reflète les mutations de l’Inde qui bouge et qui brille, reflet des réalités
mais aussi des aspirations d’une société, d’une Inde qui veut rester elle-même
et devenir quelque chose dans le monde. Et c’est aussi les rêves de millions
d’Indiens...
Bibliographie
Ouvrages sur le cinéma indien
EMMANUEL GRIMAUD, Bollywood film
studio ou comment les films se font à Bombay, CNRS éditions, 2004
On
dirait le Sud, Autrepart, A. Colin, n° 41,
2007 (article de Gérard Heuzé, pages 211-225)
L’Inde, l’information géographique, mars 2008
JACKIE
ASSAYAG, La mondialisation vue d’ailleurs, l’Inde désorientée, Seuil,
2005
EVE
CHARRIN, L’Inde à l’assaut du monde, Grasset, 2007
GURSHARAN DAS, Le réveil de l’Inde, Buchet-Chastel,
2007
CHRISTOPHE
JAFFRELOT, L’Inde contemporaine, Fayard, 2006
MIRA
KANDAR, Planet India, Acte Sud, 2008
SUKETU MEHTA, Bombay maximum city,
Buchet-Chastel, 2006
PANKAJ
MISHRA, Désirs d’Occident, Buchet –Chastel, 2007
KHILNANI
SUNIL, L’idée de l’Inde, Fayard, 2005
SHASHI TARROR, L’Inde d’un
millénaire à l’autre, Seuil, 2007
PAVAN
K.VARMA, Le Défi Indien : pourquoi
le XXIème siècle sera-t-il indien ?,
Actes Sud, 2005
Retour sommaire journée sur les Suds
[1] Lire l’article de Gérard Heuzé, « Un sud oriental : le cas de l’Inde dans l’invention et l’évolution de la catégorie sud », On dirait le Sud, Autrepart, 2007. Gérard Heuzé montre comment l’invention de l’Indien comme oriental et traditionnel s’est faite au XIXe siècle, puis comment ces références se sont complexifiées au XXe siècle en relation avec des choix de modèles de développement. C’est un article essentiel pour comprendre les choix de l’Inde aujourd’hui et la perception que nous en avons.
[2] Il s’agit de la voiture conçue par l’entreprise Tata pour le marché indien dans un premier temps et vendue à 2500 dollars.
[3] Elle fut Miss Monde en 2002, mannequin vedette pour l’Oréal et remarquée en Occident comme actrice dans Devdas.
[4] Pour plus de précisions sur l’historique du cinéma indien, se référer à l’ouvrage de
[5] le masala est un mélange d’épices très utilisé dans la cuisine indienne.
[6] François Jaffrelot, L’Inde contemporaine, Fayard, 2007
[7] in « L’Inde contemporaine », Christophe Jaffrelot, Fayard, 2006.
[8]
Gérard Heuzé explique
comment la classe moyenne indienne anglicisée mais aussi indigénisée
s’est toujours située en position « centrale », constituant
des axes autour desquels la société évoluait, pendant et après la période
coloniale : hindi et anglais se côtoient sans s’affronter.
[9] Shining India (l’Inde qui brille) a été le slogan politique du BJP (Bharatiya Janata Party, parti du peuple indien), dans les années quatre-vingt dix correspondant au tournant libéral ; il révéla vite ses limites avec la chute du parti nationaliste hindou en 2004 et le retour du parti du Congrès.