Institut Universitaire de Formation des Maîtres
  de l'académie d'Aix-Marseille

 

Les ressources en histoire
Les ressources en géographie
Les TICE et l'histoire-géographie
Les stages du PAF
Le portail
 

Conférences organisées par le
Groupe de Développement de Géographie. IUFM aix-Marseille.

 

Les dynamiques dans les Sud.

2 Avril 2008

 

Les mots-clés de la journée : Sud – Dynamiques – Acteurs – Glocalisation.

Une simple journée ne saurait réussir à présenter un thème aussi vaste que « les dynamiques dans les Sud ». Les quelques exemples présentés par les intervenants n’y suffisent bien évidemment pas. Pourtant, par-delà ces interventions, transparaissent une amorce de réflexion et des interrogations. Quatre mot-clés pour tenter de les matérialiser…

Dynamiques : le monde change, les Sud aussi.

Le titre - « Quelles dynamiques dans les Sud ? » - donne bien évidemment la trame de la journée. Le monde change et les Sud aussi ; c’est même probablement dans les Sud que les changements sont les plus profonds et les plus rapides. Mais comment prendre la mesure de ces mutations ?

D’abord en ne restant pas figé sur des données ou des représentations du Tiers-Monde dépassées. Alors que nos planisphères situent en tout et pour tout trois mégalopoles, apanage de la Triade, Elisabeth Dorier-Apprill parle de la mégalopole du Guangdong, comme de celle d’Afrique occidentale entre Lagos et Abidjan. Alors que le cliché habituel de nos manuels illustre la ville du Sud par la juxtaposition du bidonville et de l’habitat aisé, l’exemple de Bogota montre l’importance des quartiers auto construits et relativise le rôle de l’exode rural pour mettre en exergue les redistributions sociales à l’intérieur de la ville. Quant à l’émergence de l’Inde, Jacky Assayag souligne le risque d’en faire un nouveau cliché, oubliant la réalité des exclus de la croissance. S’interroger donc, et se méfier de nos certitudes.

Mais aussi, rester géographe : il ne s’agit pas de faire la course au dernier chiffre actualisé, de transformer le cours en un chapitre d’économie, mais bel et bien de percevoir des dynamiques spatiales. Par exemple, suivre la « mondialisation par le bas » des navetteurs africains entre la Chine et le Nigeria, nécessite certes de montrer des flux économiques, mais c’est, avant tout, pour s’intéresser aux formes urbaines qui en découlent.

Acteurs : pour une géographie plus proche des acteurs.

Une préoccupation s’est révélée commune aux intervenants de cette journée : pas de géographie sans acteurs.
Toutes les interventions refusent une géographie désincarnée et débouchent sur une géographie « proche des gens ». L’espace n’est pas étudié pour lui-même mais redevient le produit des sociétés ; comprendre les logiques des acteurs spatiaux constitue une préoccupation majeure du géographe. Ainsi, Stéphane Gallardo et Fabien Mione analysent-ils les « dynamiques ambiguës » du tourisme, tour à tour du point de vue de « l’idiot du voyage », du « héros du voyage », mais aussi des sociétés visitées dont ils montrent qu’elles « réinventent » les Sud. Elisabeth Dorier-Apprill nous fait visiter Guangzhou accompagnés d’un entrepreneur congolais. Mais les acteurs peuvent aussi se nommer Carrefour ou Veolia lorsqu’ils remodèlent des métropoles.

Le géographe redevient voyageur, mais il a aussi recours à d’autres approches pour cerner les motivations et les modes d’action des sociétés qu’il aborde. Cela justifie l’intervention d’un sociologue, Jacky Assayag, pour mieux comprendre, selon le titre de son ouvrage, « La mondialisation vue d’ailleurs, l’Inde désorientée ». Mais pour le professeur de géographie, cela donne aussi toute sa valeur à la démarche de Brigitte Manoukian, centrée sur le cinéma. Comment, par exemple, mieux matérialiser en classe le rapport Nord Sud qu’au travers des extraits de films « bollywoodiens » qu’elle présente ? L’énorme avantage est de pouvoir inverser le regard : nommer les acteurs est une chose, comprendre « leur » vision du monde depuis « leur » point de vue en est une autre.

Glocalisation : la mondialisation à la sauce locale.

Dès qu’on « entre par les acteurs », le regard change. Ainsi en est-il de la mondialisation. Celle-ci est à la fois globale et locale, d’où le néologisme de « glocalisation ».

La mondialisation est sans cesse remise « à la sauce locale ». Le touriste est en quête d’un authentique qui n’existe plus que dans son imaginaire, mais que la société locale masaï ou aborigène d’Australie remet soigneusement en scène ; le même centre commercial d’une firme mondialisée est créateur de mixité sociale à Bogota et d’exclusion à Bombay ; l’entrepreneur béninois vient passer commande à Guangzhou de pagnes africains dont la qualité et le prix sont définis à l’avance pour correspondre au pouvoir d’achat subsaharien ; la fragmentation urbaine, partout présente dans les mégapoles, se calque sur les anciennes rizières de la rivière des Perles ou sur l’indianité de la cordillère des Andes. Autant d’exemples d’une mondialisation partout présente mais partout différente.

Naguère, le géographe étudiait comment l’Homme s’adaptait à son milieu et, remettant en cause le déterminisme, montrait comment des sociétés, différentes par leurs histoires, leurs moyens techniques ou leurs cultures, pouvaient aménager différemment des milieux semblables. Aujourd’hui, confrontées à la mondialisation, les sociétés s’adaptent, subissent, réagissent de façon plus ou moins informelle, en utilisant leurs propres ressources culturelles. En même temps que la mondialisation provoque l’émergence du Monde comme « un » espace, elle ne cesse de le diversifier en le « glocalisant ». Ne se contentant plus de décrire une organisation de l’espace, une géographie davantage culturelle et sociale cherche à montrer selon quelles modalités les acteurs de la mondialisation la conjuguent localement.

Sud : les Sud existent-ils en dehors de notre regard ?

Et là, surgit la question essentielle, posée en conclusion par Paul Nicolas : le Sud existe-t-il en dehors de notre regard ?

En effet, le Sud, même au pluriel, la division Nord Sud, sont-ils autre chose que des représentations ? En 2008, le géographe doit au minimum s’interroger sur la pertinence d’un modèle de représentation du monde issu des années 1950-60. N’y a-t-il pas là un exemple d’une approche figée faisant fi des dynamiques. Non que les écarts de développement n’existent plus, mais que penser d’une division de la planète en deux espaces antinomiques séparés par une ligne Nord-Sud pratiquement immuable ?
Plus profondément, le géographe doit aussi se demander si cette représentation du monde n’est pas essentiellement le fruit de « notre » regard, de « notre » société, de « notre » culture. Peut-être même, une auto-justification du « Nord ». Cette insistance à vouloir définir le « Sud », à définir « l’Autre », n’est-elle qu’une recherche de « notre » identité ?


Retour sommaire de la journée

Retour sommaire géographie