Salma,
Gloria, Cruz Benito et les douze migrations du Mexique
Jacques Mauduy, géographe.
I).
Les migrations à la frontière Nord : un contexte peu favorable à une analyse
sereine
A).
Le titre de la conférence doit se comprendre en référence à la réussite et aux
représentations de l'immigrant mexicain …
Salma Hayek. Émigrée à Hollywood (née dans l'état de Vera
Cruz). Une carrière cantonnée à des
films dans lesquels elle exhibe sa plastique; beaucoup de difficultés pour
jouer le rôle de Frida Khalo, film qu'elle du
produire elle même : ce n'était pas ce qui était attendu d'une latin women !
Trevi Gloria: artiste
de rock controversée, glamour et désinhibée; écoutée par des millions de
d'enfants, d'adolescents et même des adultes. Trois de ses CD ont dépassé les 5
millions de ventes et son premier film est devenu le film le plus rentable de
toute l'histoire du cinéma mexicain. Née
à Monterrey en 1970, dans un milieu pauvre, l'histoire de sa réussite
(le divorce de ses parents, la rue, la quête dans les autobus) en on fait une
icône latino. Avec son deuxième album (1991 "Tu Angel de la Guardia") elle réussit une percée aux États-Unis et un
de ses single devint un tube de la jeunesse hispanique
émigrée. Son troisième album (1992) fut gravé à Los
Angeles et instaura une trevimania musicale, télévisuelle , cinématographique et éditoriale. Pour réussir
elle s'est conformée à l'image de la latin women, image héritée de l'ère de la prohibition pendant
laquelle la frontière coté Mexique était le bar et le lupanar des Puritains.
Cruz Bustamente : vice
président démocrate de la Californie, fils de coiffeur émigré en Californie; il
a gravi les échelons du parti démocrate s'imposant peu à peu comme un homme
discret et compétent.
Benito : un homme ordinaire, dont le prénom rappelle celui
de Juarez (le bon Indien mort devenu héros du pays), déambulant avec sa famille
dans Los Angeles (d'après une photo de Laurent Faret
qui illustre la couverture de son ouvrage. Laurent Faret, Les territoires de la mobilité, migrations et communautés
transnationales entre le Mexique et les États-Unis, CNRS Éditions, Paris,
2003.). Le cliché révèle la place des Églises universelle et pentecôtistes dans
ce décor d'une rue que l'on pourrait appeler Martin Chavez Blvd.
Nombre de Mexicains (20%) émigrés se rallient à ces églises dont ils
constituent 50 % des membres, alors que ceux qui sont restés catholiques se
réclament massivement d'une tendance charismatique.
Douze
migrations : parce qu'on peut en
trouver 12, parce que les "douze plaies" (visions chauvines des
conservateurs blancs) ou parce que "douze bonheur célestes", en
référence au travail à bas prix fourni par les migrants et 13 milliards de dollars d'impôt que payent
les immigrants au Trésor américain (même les clandestins payent les impôts car
aux EU ils sont retenus à la source par l'employeur qui depuis la loi IRCA
(1986) ne se risque plus à employer un immigré sans bulletin de salaire et
numéro de sécurité sociale .. même faux, ce qui lui permet de plaider la bonne
foi). En référence aussi aux transferts des migrants vers le Mexique (Transferts. Un revenu important pour le
Mexique grâce aux transferts envoyés par les migrants. Équivalent à 5% des recettes d'exportations et 55% du
chiffre d'affaire des maquilas)
B.)
Le contexte historique : ouverture aux biens et aux capitaux et fermeture
illusoire aux Humains.
1921-1924.
Lois de Quotas qui visaient les Européens et les Asiatiques
1942-1964.
Plan Braceros.
Il concerna 4,2 millions de travailleurs agricoles. Accords avec le Mexique, le
Honduras, la Jamaïque, les Barbades pour la venue de
main d'œuvre temporaire.
1964: fermeture de la frontière avec le Mexique. Fin
du programme "braceros"
1986. Immigration Reform
and Control Act (IRCA). Loi Simpson-Rodino.
Amnistie pour les clandestins arrivés depuis 1982. La loi punit introduction,
transport et accueil d'immigrants illégaux.
Elle prévoyait des sanctions contre les employeurs de travailleurs
illégaux. La régularisation des indocumented alien entraîna la
normalisation de 3,1 millions de Mexicains illégalement installés aux EU. Les
nouvelles limites, le regroupement familial (la loi est souvent baptisée
"loi des frères et des sœurs) autorisés par le regroupement familial
permirent l'entrée de 1 625000 immigrants légaux (1986-91)
1990: la loi Kennedy-Morrison
autorise, à nouveau le regroupement familial.
(législation encouragé par le patronat malgré
l'hostilité syndicale)
1993.
Début de l'Operation Gatekeeper (Californie) Sageguard
(Arizona) ou Operacion Guardian
Baptisée
aussi Opération Blocus au Texas,
1994. La
Loi Criminelle Fédérale prévoit l'augmentation des fonds pour lutter contre
l'immigration clandestine
1994.
TLCAN ou ALENA ou NAFTA. Entrée dans l'OCDE
1995.
ANACT, ANACE, accords jumeaux de l'ALENA sur le Travail et l'Environnement
1996. Illegal Immigration Reform
and Immigrant Responsablity
Act (IIRIRA). Cette loi stipule que les
immigrants clandestins sont passibles d'amendes et de peine de prison
C). Les chiffres. La poussée migratoire n'est pas vraiment contenue
mais les illégaux ne représentent qu'une infime partie des migrants
Les chiffres (fortement politisés,
manipulés et disparates selon les sources) montrent à l'évidence que sur des
centaines de millions de passages une faible proportion concernent les
migrations clandestines et les trafics.
470 millions de passages dont 19
millions de camionneurs 129 millions de passagers des lignes de car, 70
millions de navetteurs pour le travail, 150 millions de navetteurs pour les
achats, 70 millions de travailleurs saisonniers, la frontière est aujourd'hui
une ruche d'activité qui s'enrhume lorsque les États-Unis éternuent. On l'a
bien vu, en 2001, lorsque la crise américaine a affecté les commandes du Géant
et poussé à la délocalisation vers l'Asie d'un certain nombre de maquilas. 1800 à 2500 maquilas
sont recensés dans la zone frontalière employant 1,8 million de travailleurs
soit 82 % des maquilas du Mexique.
Passages à la Frontière
|
Par an |
En millions |
|
Phénomène légaux enregistrés ("documented alien") |
|
|
Passages annuels vers les EU enregistrés à la
Frontière |
470 |
|
Dont camionneurs |
19 |
|
Dont passagers de cars |
129 |
|
Dont navetteurs à pied pour les achats (passages
quotidiens) |
150 |
|
Dont navetteurs à pied pour le travail
(travailleurs frontaliers) (passages quotidiens ) |
70 |
|
Dont travailleurs saisonnier s(plus
d'un jour) |
68 |
|
Migrants adultes (1 passage) |
1,6 |
|
Migrants enfants (1 passage) |
0,5 |
|
|
|
|
Phénomènes
illégaux enregistrés ou extrapolés (*) ("indocumented alien") |
|
|
Arrestations |
5 |
|
Soit (si on
considère 3 passages par clandestins) personnes |
1,6* |
|
Soit (si on
considère 5 passages par clandestins) personnes |
1* |
|
La reconduite acceptée par un clandestin pris sans armes ni drogue est immédiate
dans les villes proches de la frontière |
0,9 |
|
Immigrants illégaux selon les sources |
1 à 9* |
Les caractéristiques migratoires ont
changé et il est possible de résumer les grandes évolutions résultant d'une
somme d'observations partielles de la manière suivante :
|
Migration des périodes … |
||||
|
Plan Braceros 1942-1964 |
Plan de la Frontière Nord (1965) 1965-1995 |
IRCA (1986) et IIRIRA (1996) 1995-2000 |
Récente 2000-2003 |
|
|
Pauvres Ruraux : 84% Jeunes / Males |
Pauvres ruraux : 76% Pauvres urbains Jeunes / Males |
Pauvres urbains : 54% Pauvres ruraux Jeunes Femmes /enfants |
Urbains : 58% Salariés mexicains Enfants/femmes Diplômés 64% ont eu un emploi au Mexique |
|
|
Accumulation des migrants non pas le long de la frontière mais autour de pôles frontaliers |
effets du regroupement familial |
effets des modernisations qui permettent d'avoir
l'argent du départ..; |
||
|
États de la frontière Nord et Michoacan, Zacatecas Durango |
États traditionnels de la migration vers les USA : Zacatecas
39% Durango
19%Hidalgo 18% Michoacan
17% Guerrero 15% |
États traditionnels États frontaliers Nord |
États frontaliers Nord États traditionnels Mexico , DF, Puebla |
|
|
Phénomène d'entraînement rural à partir
d'expériences individuelles Exemple : les muletiers du Michoacan |
Influence de la loi sur le regroupement familial.
Installation de migrants dans les États frontaliers |
Apparition d'une migration urbaine pour améliorer
le niveau de vie |
||
L'examen de l'origine des migrants
démontre que la proximité ne joue plus aujourd'hui que pour les navetteurs
Ce ne sont pas les états les plus
pauvres qui expédient les Migrants définitifs mais les "états
traditionnels de la migration" dans lesquels existent des réseaux dont
l'origine remonte au Porfiriat, à la fin du XIX°, lorsque le dictateur Profirio Diaz modernisa le pays avec les chemins de fer ce
qui fit disparaître les corporations de muletiers. Ceux-ci se reconvertirent
dans le recrutement et le déplacement des travailleurs dont les yankees avaient
besoins pour leurs ranches au Nord du Mexique et même aux USA. Depuis les
réseaux de passeurs et les réseaux familiaux entretiennent la tradition
migratoire. Aujourd'hui, certains états comme le Michoacan
ont su promouvoir des cultures alternatives (avocats, fruits rouges) très
prisées aux EU, mais cela ne suffit pas
à enrayer le processus migratoire. D'autres états semblent n e pas envoyer de
migrants définitifs comme le Chiapas et les états du Sud les plus pauvres ou les états de l'Ouest où la production
pétrolière puis l'élevage sur prairie ont fixé les populations. En fait les
migrants du Sud passent par une
migration en deux étapes : Sud vers une ville de l'axe central ou du Nord, puis
une fois le contact avec un réseau mis en place, départ vers les EU. Les réseaux ne sont pas tous des
réseaux de coyotes illégaux; le réseau c'est aussi la famille, les amis, les
co-villageois déjà installés aux USA qui accueillent, conseillent, encouragent,
subviennent même souvent aux premiers besoins…
II) S'il n'y a pas une Mexamérique il
existe sûrement une série de pôles culturellement transfrontaliers
A). Les Mexicains s'installent encore, préférentiellement, à l'Ouest
A la différence des autre latinos les
Mexicains se dirigent majoritairement
(64% y sont installés) vers l'Ouest des EU même s'ils commencent à
devenir plus nombreux à Chicago et dans le Nord Est. Ils empruntent trois voies
logiques pour se rendre au Mexique en
fonction de leur destination : l'Ouest (Tijuana) pour se rendre en Californie,
le Centre (Ciudad Juarez) pour le Texas et
l'Illinois, l'Est (Laredo) pour le Texas. Los Angeles
reste la grande ville d'accueil des mexicains.
B). La Mexamaérique, une commodité de
langage qui ne traduit pas la réalité des archipels
transnationaux sur les corridors de
transports
La Mexamérique, si elle existe ne
doit pas être imaginée comme une bande continue de peuplement et d'activités.
Bien au contraire, sur la majeure partie de cette frontière le désert
l'emporte, désert occupé par les ranches d'élevage au mieux. L'éden de
l'économie frontalière, accumule donc des cités jumelles (twins
city) des capitaux et hommes, sur des pôles qui trouen
tle vide. Il y a des corridoirs
de transports sur lesquels s'alignent des centres urbains discontinus mais on
ne voit pas apparaître de réseau urbain San Diego-Matamoros-Corpus Christi au
long de la Frontière et du Golfe. Les distances sont bien trop vastes et nous
avons là, au mieux des archipels urbains
reliés à Los Angeles ou Dallas …et aux quelques
essaims territoriaux actifs à l'intérieur des terres des Etats-Unis, ce qui ne constituent pas un réseau urbain ! Deux corridor
de transports sur lesquels s'alignent les villes des Plaines canadiennes au Mexique
ont un dynamisme significatif grâce à leurs nœuds routiers, ferroviaires, leurs
plates-formes multimodales ou bien à leur inventivité propres. Les corridors de
transports des Plaines égrenées au long de la Route 35 (Thunder
Bay, Duluth, Minnéapolis-Saint
Paul, Des Moines, Kansas City, Tulsa, Oklahoma City, Dallas, Austin, San Antonio, Monterrey), comme celle qui unit les villes
des Hautes Plaines ordonnées sur la Route 25 (Calgary, Great
Falls, Casper, Cheyenne,
Denver, Colorado Springs, Pueblo, Santa Fé, Albuquerque, El Paso, Ciudad
Juarez) sont des axes bien empruntés mais qui sont orthogonaux à la frontière
et ne constituent en rien une région transfrontalière. ans
aucun doute, San Diego-Tijuana
constituent elles un même ensemble. À San Diego, les
industries liées à la présence de la base navale, les recherches
océanographiques et les industries de l'armement utilisent amplement les maquilas de Tijuana. Du côté du Texas, il y a, certes, des
atouts communs qui expliquent un dynamisme démographique fort (pétrole, gaz,
uranium). La façade maritime ouverte sur les Caraïbes, les maquiladoras,
le ranching, l'agriculture irriguée, la main d'œuvre
"brune" ne sont pas suffisants pour
construire ce réseau urbain.
L'axe Monterrey -San Antonio –Austin -Dallas s'est spécialisé dans la
High-Tech. (semi-conducteurs, informatique, missiles,
hélicoptères). L'Axe côtier, Tampico- Corpus Christi -Port Arthur est consacré aux industries lourdes fondées sur la
valorisation du pétrole et du gaz.
C).
Existe-t-il vraiment une communauté transfrontalière autre que linguistique ?
Ce qui existe dans ces pôles c'est une communauté reliée par
d'intenses échanges et qui considère la frontière comme un artefact gênant mais
contingent. Cette intensité des relations ne suffit pas à construire une région
transnationale . Il suffit de regarder une carte comme
celle de Ciudad Juarez - El Paso pour saisir la
différence des modes de vie entre la population de la ville étatsunienne
qui dispose de tous les équipements et celle de sa townsister
dans laquelle la majeure partie des quartiers ne dispose ni de l'eau ni de
l'électricité, ni du tout à l'égout. Suffit -il
d'avoir une communauté autour des CD, des séries télévisuelles, de la langue
pour disposer d'une région géographique ?
Une ville frontalière comme El Paso
rend surtout compte d'un
"écosystème de la violence frontalière" mais pas d'une vie homogéne et articulée :
-Injustice dans les équipements : El
Paso est entièrement équipé (sauf les colonias.. peuplées de migrants mexicains), alors qu'à Ciudad Juarez, seuls les quartiers privilégiés bénéficient
d'équipements à peu près décents.
-Injustice dans les revenus. À El Paso,
le revenu moyen était de 13000 $US lorsqu'il atteignait 23 000 $US au niveau
des États-Unis et, bien entendu, ce sont les faibles revenus des immigrés qui
font chuter cette moyenne. À Ciudad Juarez, le revenu
moyen n'atteignait que 4000$US contre 6000 $US au plan national. On compte 1700
colonias au
New Mexico et au Texas, ces lotissements d'immigrés en périphérie de villes ou
en milieu rural qui complètent les barrios urbains et dans lesquelles la pauvreté est aussi
élevée.
-Violence de la frontière avec ses
contrôles, ses refoulements et ses arrestations. 15 000 transfrontaliers navettent légalement chaque jour d'El Paso vers les EU. Des
milliers de navetteurs vont faire des achats aux EU et reviennent pour vendre
ces produits à leurs compatriotes. Des centaines de cadres et de techniciens navettent entre les unités de production et de gestion de
part et d'autre de la frontière. Quelques centaines d'arrestations sont parfois
effectuées. Des milices et des bandes de petits blancs attaquent les immigrants
; des mafias convoient de la drogue et des armes ; les coyotes passent les immigrants en les
soulageant de leurs économies. Ciudad Juarez a
défrayé la chronique avec la disparition de 400 femmes assassinées, dans ce
monde où tout se vend, s'achète et où la vie a peu de prix.
-Destruction du milieu par les usines,
les eaux usées. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les peurs
sanitaires des EU conduisent à El Paso County, des Associations Citoyennes, à aider à
l'assainissement de la cité jumelle... vieux soucis, vieux fantasmes de la
contamination qui hante les rapports des EU et du Mexique : contamination de la
fièvre aphteuse, de la révolution, du communisme, de l'anarchisme, du chancre
du blé, de la drogue, du SIV …
-Destruction par la circulation, car 20 % des échanges
terrestres entre Mexique et États-Unis empruntent ce
passage !
III). L'immigration est-elle
un phénomène autonome comme semble le croire le gouvernement des États-Unis?
Relayé par la presse et l'opinion
publique le courant néoconservateur fait de
l'immigration hispanique "la menace du siècle".
Ceci pose deux
groupes de questions :
Pourquoi les États-Unis, pays
d'immigrants, se ferment-ils aux autres et en particulier aux Mexicains ?
Pourquoi les gouvernements ne fait-il
pas le lien entre immigration et mondialisation et, continue t'il toujours à
traiter l'immigration comme un phénomène autonome à traiter en soi, hors de
tout autre contexte ?
A). La frontière marqueur d'Identité
Le malpais, le mauvais pays de la
Nouvelle-Espagne, le "pays perdu" par Santa
Anna dans l'imaginaire mexicain reste un pays vide, ce qui n'est pas faux
(nonobstant les pôles ruches d'activités dont nous avons parlé plus haut qui
troue ce vide). La Frontière n'est en rien un marqueur d'identité au Mexique et
surtout pas pour ceux qui vivent à cheval sur cette ligne imaginaire. Le
gouvernement mexicain est désarmé devant la migration et les EU. Du côté mexicain on voudrait considérer
l'immigration comme un problème de Droit et de Dignité des Hommes. Mais le
gouvernement mexicain mesure l'intérêt du peuplement de la frontière et des
migrants qui pallient les carences du
marché de l'emploi intérieur et évite "l'explosion démographique" qui
fut un temps prévue pour "Mexico"
Du côté US la Frontier est aussi une Border et, incontestablement l'opinion
publique US glisse de la Frontier
(impliquant le mouvant, le flou, le changeant et le mouvement) comme définition
des limites de communauté à la notion de Border
(souveraineté, impliquant, elle, le bornage, la clôture). Aux EU, si l'on
franchit la clôture de votre jardin cela vous donne le droit d'abattre
l'intrus. Les Mexicains ont été des "braves types" pendant le Plan Braceros, (des voisins folkloriques qui venaient tondre la
pelouse mais allaient repartir) puis ils sont (re)
devenus des méchants parce que la communauté n'est plus cette
"agglomération de contrats individuels passé spontanément entre des gens
de bonne volonté". Aujourd'hui le discours sécuritaire demande aux
pouvoirs publics de protéger une souveraineté sociétale; comme le
territoire qui est intangible, aujourd'hui, la société devrait l'être et tout ce
qui la trouble, la change, est considéré comme une
agression. Or les voisins s'installent dans le jardin et ils sont doublement
différents, différents avec leur civilisation et différents de ce que l'on
attend qu'ils soient : les femmes sont travailleuses, vertueuses et les hommes
ne sont pas paresseux et ils peuvent prendre des places. La criminalisation des
migrations, exacerbée par le 11 Septembre, est devenu une tendance lourde dans
la société américaine qui supporte mal cette population fière de ses origines,
de sa religion (qu'elle abandonne) et de
sa civilisation hispanique.
B). La frontière est donc militarisée
Sa protection est coordonnée par l'Armée. Outre les agents de
l'Immigration, les Agents des Douanes, les Contrôleurs du minsitère
du Travail, les 9000 Border Patrols, à 98%,
patrouillent le long de cette frontière. La CIA, le FBI, les shérifs et les
marshals, les rangers, les patrouilles volontaires cloisonnent l'espace urbain
alors que les militaires s'occupent de l'espace désertique. Les murs urbains,
l'électronique, les camps ont un coût considérable qui grève les budgets
publics et les Organismes lancent des souscriptions de soutien !
C). Les migrations ne sont
pas un phénomène autonome mais une composante de la mondialisation
Face à la montée d'un racisme ordinaire
anti-latinos, le pouvoir étatsunien mène des
politiques restrictives dont l'inefficacité n'a d'égal que l'hypocrisie... Les
deux pouvoirs sont d'accord tacitement pour taire les raisons des grandes
migrations vers les États-Unis : la mondialisation, ici aussi, bouscule la
pauvreté par sa modernité et, si en plus elle s'accompagne de quelques revenus grapillés au capitalisme international, déclenche des vagues migratoires
Pour la "nouvelle
émigration" (celle des diplômés et
des salariés), la différence des salaires et le drainage de compétences
effectués par les EU sont décisif. Les lobbys sont nombreux (employeurs,
fédération des Fermiers) à réclamer des migrants et à s'opposer aux groupes
extrémistes. Les politiciens traitent donc
le problème en mentant avec des lois
restrictives (côté opinion publique) et des amnisties (côté intérêts
économiques) …
On ne peut
pas traiter le migrations en dehors des phénomènes de
"nomadisme modernes" provoqués par la mondialisation. Plus la mondialisation
s'accélère plus les migrations s'accélèrent par l'effet de contact, de
découverte
Alors que la
pauvreté endémique coupe les jambes des pauvres, l'amélioration (même très
légère) du revenu, la modernisation, le choc du contact donnent des ailes aux
pauvres et les poussent à migrer
Dates.
Peurs américaines :
l'immigration hispaniques, la drogue et le terrorisme.
1798. L'Alien Act autorise le Président à expulser hors des EU ou à
déporter (vers des camps ou des états adéquats des EU) toute personne
considérée comme dangereuse1888. L'entrée illégale dans le pays, les
comportements criminels et immoraux autorisent l'expulsion ou la déportation
des étrangers résidant aux EU
1921-1924. Lois de Quotas qui visaient les Européens
et les Asiatiques
1924. Création de la Border Patrol (la "Migra")pour lutter contre la
"travesa"
l'immigration clandestine des .. européens passant par
le Mexique
1938. Fair Labor Standart Act. Sanctionne les employeurs de travailleurs étrangers
sans autorisation de travail
1942-1964.
Plan Braceros.
1983. Accord de la Paz. Il définit les Aires frontalières
comme une bordure de 62 miles (100km) de part et d'autres de la ligne
frontalière
1986. Immigration Reform and Control Act
(IRCA).
1986. Opération
Alliance, déploiement de l'Armée le long de la Frontière. L'Armée avec la Joint Task Force
d'El Paso coordonne l'action de la Border Patrol de
l'INS, de la DEA, du FBI
1990: la loi Kennedy-Morrison
autorise, à nouveau le regroupement familial.
(législation encouragé par le patronat malgré
l'hostilité syndicale)
1993. Début de l'Operation Gatekeeper (Californie) Safeguard (Arizona) ou Operacion Guardian. Baptisée aussi Opéracion Blocus
au Texas,
1994. La Loi Criminelle Fédérale prévoit
l'augmentation des fonds pour lutter contre l'immigration clandestine
08-11-95 : adoption par la Californie de la
"Proposition 187 SOS" ("Save Our State") qui refuse aux
immigrants "illégaux" toute aide sociale, scolaire ou médicale.
Invalidée par la Cour Suprême
1996. Illegal Immigration Reform and Immigrant Responsablity Act (IIRIRA).
1996. Le gouvernement américain décide de recruter
1000 hommes supplémentaires par an pour étoffer la Border Patrol
et la porter à un effectif de 10 000 personnes.
1996. Le budget du Service d'Immigration et de
naturalisation (SIN) est augmenté de 72%
1998. Californie. Adoption de la Proposition 209 qui
supprime l'Affirmative Action; adoption, également de la Proposition 227 supprimant l'enseignement bilingue anglais-espagnol
2001. "Proposition de Guanajuato" : le
contrôle mexicain du commerce illicite de la drogue, renforcé traitement plus
humain des immigrants mexicains et fourniture d'énergie par le Mexique pour
compenser les pénuries américaines (électricité, pétrole).
Bibliographie
restreinte
Alain
Musset, Le Mexique, économie et société,
Ellipses, Paris, 1998.
Musset
A., Le Mexique, Armand Colin, Paris,
1996.
Mexique
n°40. La Transition au Mexique, La
Documentation Française, Paris, 2001.
Alain
Musset, La géopolitique du Mexique,
Éditions Complexe, Bruxelles, 1996
Problèmes
de l'Amérique latine n° 40, Mexique-États-Unis :
processus migratoires et intégration régionale, La Documentation Française,
Paris, 2001.
Jacquin P., Royot D., Whitfield
S., Le peuple américain, Paris,
Seuil, 2000.
Mauduy J. États-Unis,
Canada, Mexique, trois voies séparées vers une intégration, l'ALENA, CQFD, Éllipses, Paris, à paraître 2004.
Mauduy J., États-Unis
économie et société depuis 1945, Éllipses, 2003
Mauduy N & J., Les
États-Unis, puissance régionale et
mondiale, Éllipses, Paris, 2000.
Mauduy J., Les États-Unis,
Collection prépas, Armand Colin, Paris, 1997
Mauduy J et Henriet G., Géographies du Western, Collection Fac
cinéma, Nathan, Paris, 1989.
Mots clés
Maquilas
Maquilas, maquiladoras, in-bond industries, industries hors douanes. Ce
sont des unités de production qui exercent généralement des activités
d'assemblage ou de fabrication en combinant la main d'œuvre mexicaine avec des
technologies, des composants et capitaux étrangers. Le programme des maquiladoras a été mis en place en 1965 par le gouvernement
mexicain. Sous ce programme, le gouvernement permettait aux compagnies
étrangères d'établir des industries au Mexique : celle-ci avait le droit
d'importer des biens de capital, de machines, des matières premières et des
composants utilisés dans la fabrication ou l'assemblage le tout en franchise
totale de douane. Une fois assemblés ou manufacturés les produits des maquiladoras doivent être réexportés vers leur pays
d'origine ou un pays tiers. La majorité des maquilas
exportent leur production vers les EU sous un régime particulier en vertu de
l'ALENA. Si les intrants sont d'origine
(c-à-dire venant de l'ALENA) les produits réexportés
ne subissent pas de droit de douanes. Par contre ils seront taxés sur la valeur
ajoutée étrangère pour des intrants venant de pays hors ALENA (ainsi une
automobile Honda dont les intrants proviendraient des
seuls États-Unis et Canada, assemblée au Mexique et réexporté aux USA ne
subirait pas de droits. Une autre automobile Honda, ou Ford, assemblée au Mexique
dont 40 % (ou 28) des intrants proviendraient d'Asie serait taxée à la
réexportation aux EU sur une assiette de valeur ajoutée étrangère de 40 % (ou
28…). Du point de vue de la TVA il existe outre le système normal deux autres
systèmes : le système Maquilas (pas de TVA pour les
entreprises étrangères installées au Mexique qui disparaitra
en 2004) et le Système PITEX (Programme d'Importations Temporaires de biens
destinés à l'Export) un peu moins intéressant (pas de TVA sur les intrants
importés pour la fabrication de produits exportés pour les sociétés mexicaines
et étrangères).
Le différentiel des droits au Mexique jusqu'en 2004
|
Droits |
Produits destinés au marché mexicain en provenance de …. |
|
Produits destinés au Mexique pour
les Programmes
: |
|||
|
Europe et Asie |
USA et Canada |
|||||
|
|
industriels depuis 2003 |
agricoles jusqu'à 2009 |
Maquilas * |
Pitex * |
||
|
Valeur du produit |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
|
|
Douanes |
30 |
0 |
10 |
0 |
0 |
|
|
Passage en douanes |
0,8 |
0,8 |
0,8 |
0,8 |
0,8 |
|
|
TVA |
19,6 |
16,6 |
16,6 |
0% |
0% |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Total |
150,4 |
117,4 |
127,4 |
100,8 |
100,8 |
|
|
|
|
|
|
* sous conditions que les produits soient
réexportés |
||
Si la frontière nord occupe une place
importante dans l'économie extravertie du Mexique, cette extraversion ne
concerne pas uniquement cette région, bien au contraire. En effet, les maquilas (3500 dans tout le pays ?) se développent
dans d'autres régions et villes du pays sous réserve qu'elles soient bien
reliées au reste du monde (et aux USA) par un bon réseau de transport. Ainsi
les maquilas du Yucatan (Merina, Campeche), étroitement
liées au capitalisme floridien, tout proche, approvisionnent justement cette
Floride.
On distingue 3 "lignes" de maquilas
- L'ensemble frontalier
- L'ensemble des maquilas
des villes intermédiaires du Centro Norte (Chihuaha, Durango, Ciudad Obregon) où se mêlent la
grande maquila (c à d liée aux capitaux
internationaux) et la "petite maquilas"
créé par un capitalisme local ou un pré capitalisme d'immigrants mexicains.
Elles sont destinées à satisfaire les besoins de la communauté de la Mexamérique en biens de consommation caractéristiques
(jouets, produits alimentaires et condimentaires, articles de foi, vêtements
particuliers, etc). Ce petit capitalisme est implanté
dans les villes d'origine des migrants.
-L'ensemble des grandes maquilas de l'axe central (Guadalajara par exemple voire
Mexico) dont la production mondialisée peut cependant bénéficier de dérogations
à la réexportation et être, très partiellement, vendue sur le seul grand marché
du pays.
Le trafic routier et le trafic ferroviaire depuis la
capitale et l'axe central sont fortement polarisés vers le Nord et les EU :
45 % du trafic ferroviaire du Mexique sont destinés aux EU
Migrations internationales
|
10 premiers Pays récepteurs |
Immigration nette 1995-2000 (en millions) |
Migrants implantés (2000) (en millions) |
% de travailleurs qualifiés parmi les migrants |
Migrants en % de la population totale |
||||
|
États-Unis |
+17 |
35 |
30% |
12,5% |
||||
|
Russie |
+4,1 |
13 |
2,2% |
8,6% |
||||
|
Allemagne |
+6,8 |
7 |
18,6% |
8,5% |
||||
|
Ukraine |
+3 |
6,9 |
1,4% |
14,1% |
||||
|
France |
+6 |
6,3 |
14,5% |
9,9% |
||||
|
Inde |
- |
6,3 |
4,3% |
6,2% |
||||
|
Canada |
+5,6 |
5,8 |
44% |
14,8 |
||||
|
Arabie S. |
+5,2 |
5,3 |
? |
26,5 % |
||||
|
Australie |
4,7 |
4,7 |
19% |
23,7% |
||||
|
RU |
4,0 |
4,1 |
21% |
6,7% |
||||
|
Monde |
xxxxxxxx |
175 |
xxxxxxx |
|
||||
|
|
||||||||
|
5 premiers pays émetteurs |
Émigration nette 1995-2000 |
|
|
Solde des Transfert des migrants (milliards $Us) (2000) ( et
2002 pour Mexique |
||||
|
Mexique |
6,1 |
|
|
6,5 à 9,3 |
||||
|
Bangla D. |
4,1 |
|
|
? |
||||
|
Afghanistan |
4,1 |
|
|
? |
||||
|
Inde |
3,3 |
|
|
11,5 |
||||