Salma, Gloria, Cruz Benito et les douze migrations du Mexique

Jacques Mauduy, géographe.

 

I). Les migrations à la frontière Nord : un contexte peu favorable à une analyse sereine

 

 

A). Le titre de la conférence doit se comprendre en référence à la réussite et aux représentations de l'immigrant mexicain …

 

Salma Hayek. Émigrée à Hollywood (née dans l'état de Vera Cruz). Une carrière  cantonnée à des films dans lesquels elle exhibe sa plastique; beaucoup de difficultés pour jouer le rôle de Frida Khalo, film qu'elle du produire elle même : ce n'était pas ce qui était attendu d'une latin women !

Trevi Gloria: artiste de rock controversée, glamour et désinhibée; écoutée par des millions de d'enfants, d'adolescents et même des adultes. Trois de ses CD ont dépassé les 5 millions de ventes et son premier film est devenu le film le plus rentable de toute l'histoire du cinéma mexicain. Née  à Monterrey en 1970, dans un milieu pauvre, l'histoire de sa réussite (le divorce de ses parents, la rue, la quête dans les autobus) en on fait une icône latino. Avec son deuxième album (1991 "Tu Angel de la Guardia") elle réussit une percée aux États-Unis et un de ses single devint un tube de la jeunesse hispanique émigrée. Son troisième album (1992) fut gravé à Los Angeles et instaura une trevimania musicale, télévisuelle , cinématographique et éditoriale. Pour réussir elle s'est conformée à l'image de la latin women, image héritée de l'ère de la prohibition pendant laquelle la frontière coté Mexique était le bar et le lupanar des Puritains.

Cruz Bustamente : vice président démocrate de la Californie, fils de coiffeur émigré en Californie; il a gravi les échelons du parti démocrate s'imposant peu à peu comme un homme discret et compétent.

Benito : un homme ordinaire, dont le prénom rappelle celui de Juarez (le bon Indien mort devenu héros du pays), déambulant avec sa famille dans Los Angeles (d'après une photo de Laurent Faret qui illustre la couverture de son ouvrage. Laurent Faret, Les territoires de la mobilité, migrations et communautés transnationales entre le Mexique et les États-Unis, CNRS Éditions, Paris, 2003.). Le cliché révèle la place des Églises universelle et pentecôtistes dans ce décor d'une rue que l'on pourrait appeler Martin Chavez Blvd. Nombre de Mexicains (20%) émigrés se rallient à ces églises dont ils constituent 50 % des membres, alors que ceux qui sont restés catholiques se réclament massivement d'une tendance charismatique.

Douze migrations : parce qu'on peut en trouver 12, parce que les "douze plaies" (visions chauvines des conservateurs blancs) ou parce que "douze bonheur célestes", en référence au travail à bas prix fourni par les migrants et  13 milliards de dollars d'impôt que payent les immigrants au Trésor américain (même les clandestins payent les impôts car aux EU ils sont retenus à la source par l'employeur qui depuis la loi IRCA (1986) ne se risque plus à employer un immigré sans bulletin de salaire et numéro de sécurité sociale .. même faux, ce qui lui permet de plaider la bonne foi). En référence aussi aux transferts des migrants vers le Mexique (Transferts. Un revenu important pour le Mexique grâce aux transferts envoyés par les migrants. Équivalent  à 5% des recettes d'exportations et 55% du chiffre d'affaire des maquilas)

 

B.) Le contexte historique : ouverture aux biens et aux capitaux et fermeture illusoire aux Humains.

 

1921-1924. Lois de Quotas qui visaient les Européens et les Asiatiques

1942-1964. Plan Braceros. Il concerna 4,2 millions de travailleurs agricoles. Accords avec le Mexique, le Honduras, la Jamaïque, les Barbades pour la venue de main d'œuvre temporaire.

1964: fermeture de la frontière avec le Mexique. Fin du programme "braceros"

1986. Immigration Reform and Control Act (IRCA). Loi Simpson-Rodino. Amnistie pour les clandestins arrivés depuis 1982. La loi punit introduction, transport et accueil d'immigrants illégaux.  Elle prévoyait des sanctions contre les employeurs de travailleurs illégaux. La régularisation des indocumented alien entraîna la normalisation de 3,1 millions de Mexicains illégalement installés aux EU. Les nouvelles limites, le regroupement familial (la loi est souvent baptisée "loi des frères et des sœurs) autorisés par le regroupement familial permirent l'entrée de 1 625000 immigrants légaux (1986-91)

1990: la loi Kennedy-Morrison autorise, à nouveau le regroupement familial.  (législation encouragé par le patronat malgré l'hostilité syndicale)

1993. Début de l'Operation Gatekeeper  (Californie) Sageguard (Arizona) ou Operacion Guardian

Baptisée aussi Opération Blocus au Texas,

1994. La Loi Criminelle Fédérale prévoit l'augmentation des fonds pour lutter contre l'immigration clandestine

1994. TLCAN ou ALENA ou NAFTA. Entrée dans l'OCDE

1995. ANACT, ANACE, accords jumeaux de l'ALENA sur le Travail et l'Environnement

1996. Illegal Immigration Reform and Immigrant Responsablity Act (IIRIRA). Cette loi stipule que les immigrants clandestins sont passibles d'amendes et de peine de prison

 

C). Les chiffres. La poussée migratoire n'est pas vraiment contenue mais les illégaux ne représentent qu'une infime partie des migrants

 

Les chiffres (fortement politisés, manipulés et disparates selon les sources) montrent à l'évidence que sur des centaines de millions de passages une faible proportion concernent les migrations clandestines et les trafics.

470 millions de passages dont 19 millions de camionneurs 129 millions de passagers des lignes de car, 70 millions de navetteurs pour le travail, 150 millions de navetteurs pour les achats, 70 millions de travailleurs saisonniers, la frontière est aujourd'hui une ruche d'activité qui s'enrhume lorsque les États-Unis éternuent. On l'a bien vu, en 2001, lorsque la crise américaine a affecté les commandes du Géant et poussé à la délocalisation vers l'Asie d'un certain nombre de maquilas. 1800 à 2500 maquilas sont recensés dans la zone frontalière employant 1,8 million de travailleurs soit 82 % des maquilas du Mexique.

 

Passages à la Frontière

Par an

En millions

Phénomène légaux enregistrés ("documented alien")

Passages annuels vers les EU enregistrés à la Frontière

470

Dont camionneurs

19

Dont passagers de cars

129

Dont navetteurs à pied pour les achats (passages quotidiens)

150

Dont navetteurs à pied pour le travail (travailleurs frontaliers) (passages quotidiens )

70

Dont travailleurs saisonnier s(plus d'un jour)

68

Migrants adultes (1 passage)

1,6

Migrants enfants (1 passage)

0,5

 

 

Phénomènes illégaux enregistrés ou extrapolés (*) ("indocumented alien")

Arrestations

5

 Soit (si on considère 3 passages par clandestins) personnes

1,6*

 Soit (si on considère 5 passages par clandestins) personnes

1*

La reconduite acceptée par un clandestin  pris sans armes ni drogue est immédiate dans les villes proches de la frontière

0,9

Immigrants illégaux selon les sources

1 à 9*

 

Les caractéristiques migratoires ont changé et il est possible de résumer les grandes évolutions résultant d'une somme d'observations partielles de la manière suivante :

Migration des périodes 

Plan Braceros

1942-1964

Plan de la Frontière Nord (1965)

1965-1995

IRCA (1986) et

IIRIRA (1996)

1995-2000

Récente

2000-2003

Pauvres Ruraux : 84%

Jeunes / Males

Pauvres ruraux : 76%

Pauvres urbains

Jeunes / Males

Pauvres urbains : 54%

Pauvres ruraux

Jeunes

Femmes /enfants

Urbains : 58%

Salariés mexicains

Enfants/femmes

Diplômés

64% ont eu un emploi au Mexique

Accumulation des migrants non pas le long de la frontière mais autour de pôles frontaliers

effets du regroupement familial

effets des modernisations qui permettent d'avoir l'argent du départ..;

États de la frontière Nord

et Michoacan, Zacatecas

Durango

États traditionnels de la migration vers les USA :

Zacatecas 39%

Durango 19%Hidalgo 18%

Michoacan 17%

Guerrero 15%

États traditionnels

États frontaliers Nord

États frontaliers Nord

États traditionnels

Mexico , DF, Puebla

Phénomène d'entraînement rural à partir d'expériences individuelles

Exemple : les muletiers du Michoacan

Influence de la loi sur le regroupement familial. Installation de migrants dans les États frontaliers

Apparition d'une migration urbaine pour améliorer le niveau de vie

L'examen de l'origine des migrants démontre que la proximité ne joue plus aujourd'hui que pour les navetteurs

Ce ne sont pas les états les plus pauvres qui expédient les Migrants définitifs mais les "états traditionnels de la migration" dans lesquels existent des réseaux dont l'origine remonte au Porfiriat,  à la fin du XIX°, lorsque le dictateur Profirio Diaz modernisa le pays avec les chemins de fer ce qui fit disparaître les corporations de muletiers. Ceux-ci se reconvertirent dans le recrutement et le déplacement des travailleurs dont les yankees avaient besoins pour leurs ranches au Nord du Mexique et même aux USA. Depuis les réseaux de passeurs et les réseaux familiaux entretiennent la tradition migratoire. Aujourd'hui, certains états comme le Michoacan ont su promouvoir des cultures alternatives (avocats, fruits rouges) très prisées aux EU, mais  cela ne suffit pas à enrayer le processus migratoire. D'autres états semblent n e pas envoyer de migrants définitifs comme le Chiapas et les états du Sud les plus pauvres  ou les états de l'Ouest où la production pétrolière puis l'élevage sur prairie ont fixé les populations. En fait les migrants du  Sud passent par une migration en deux étapes : Sud vers une ville de l'axe central ou du Nord, puis une fois le contact avec un réseau mis en place, départ vers  les EU. Les réseaux ne sont pas tous des réseaux de coyotes illégaux; le réseau c'est aussi la famille, les amis, les co-villageois déjà installés aux USA qui accueillent, conseillent, encouragent, subviennent même souvent aux premiers besoins…

 

II) S'il n'y a pas une Mexamérique il existe sûrement une série de pôles culturellement transfrontaliers

A). Les Mexicains s'installent encore, préférentiellement, à l'Ouest

 A la différence des autre latinos les Mexicains se dirigent majoritairement  (64% y sont installés) vers l'Ouest des EU même s'ils commencent à devenir plus nombreux à Chicago et dans le Nord Est. Ils empruntent trois voies logiques  pour se rendre au Mexique en fonction de leur destination : l'Ouest (Tijuana) pour se rendre en Californie, le Centre (Ciudad Juarez) pour le Texas et l'Illinois, l'Est (Laredo) pour le Texas. Los Angeles reste la grande ville d'accueil des mexicains.

B). La Mexamaérique, une commodité de langage qui ne traduit pas la réalité des archipels transnationaux sur les corridors de transports

La Mexamérique, si elle existe ne doit pas être imaginée comme une bande continue de peuplement et d'activités. Bien au contraire, sur la majeure partie de cette frontière le désert l'emporte, désert occupé par les ranches d'élevage au mieux. L'éden de l'économie frontalière, accumule donc des cités jumelles (twins city) des capitaux et hommes, sur des pôles qui trouen tle vide. Il y a des corridoirs de transports sur lesquels s'alignent des centres urbains discontinus mais on ne voit pas apparaître de réseau urbain San Diego-Matamoros-Corpus Christi au long de la Frontière et du Golfe. Les distances sont bien trop vastes et nous avons là, au mieux des archipels urbains reliés à Los Angeles ou Dallas …et aux quelques essaims territoriaux actifs à l'intérieur des terres des Etats-Unis, ce qui ne constituent pas un réseau urbain ! Deux corridor de transports sur lesquels s'alignent les villes des Plaines canadiennes au Mexique ont un dynamisme significatif grâce à leurs nœuds routiers, ferroviaires, leurs plates-formes multimodales ou bien à leur inventivité propres. Les corridors de transports des Plaines égrenées au long de la Route 35 (Thunder Bay, Duluth, Minnéapolis-Saint Paul, Des Moines, Kansas City, Tulsa, Oklahoma City, Dallas, Austin, San Antonio, Monterrey), comme celle qui unit les villes des Hautes Plaines ordonnées sur la Route 25 (Calgary, Great Falls, Casper, Cheyenne, Denver, Colorado Springs, Pueblo, Santa , Albuquerque, El Paso, Ciudad Juarez) sont des axes bien empruntés mais qui sont orthogonaux à la frontière et ne constituent en rien une région transfrontalière. ans aucun doute, San Diego-Tijuana constituent elles un même ensemble. À San Diego, les industries liées à la présence de la base navale, les recherches océanographiques et les industries de l'armement utilisent amplement les maquilas de Tijuana. Du côté du Texas, il y a, certes, des atouts communs qui expliquent un dynamisme démographique fort (pétrole, gaz, uranium). La façade maritime ouverte sur les Caraïbes, les maquiladoras, le ranching, l'agriculture irriguée, la main d'œuvre "brune" ne sont pas suffisants pour construire ce réseau urbain.

L'axe Monterrey -San Antonio –Austin -Dallas s'est spécialisé dans la High-Tech. (semi-conducteurs, informatique, missiles, hélicoptères). L'Axe côtier, Tampico- Corpus Christi -Port Arthur est consacré aux  industries lourdes fondées sur la valorisation du pétrole et du gaz.

 

C). Existe-t-il vraiment une communauté transfrontalière autre que linguistique ?

Ce qui existe dans ces pôles c'est une communauté reliée par d'intenses échanges et qui considère la frontière comme un artefact gênant mais contingent. Cette intensité des relations ne suffit pas à construire une région transnationale . Il suffit de regarder une carte comme celle de Ciudad Juarez - El Paso pour saisir la différence des modes de vie entre la population de la ville étatsunienne qui dispose de tous les équipements et celle de sa townsister dans laquelle la majeure partie des quartiers ne dispose ni de l'eau ni de l'électricité, ni du tout à l'égout. Suffit -il d'avoir une communauté autour des CD, des séries télévisuelles, de la langue pour disposer d'une région géographique ?

Une ville frontalière comme El Paso rend surtout  compte d'un "écosystème de la violence frontalière" mais pas d'une vie homogéne et articulée  :

-Injustice dans les équipements : El Paso est entièrement équipé (sauf les colonias.. peuplées de migrants mexicains), alors qu'à Ciudad Juarez, seuls les quartiers privilégiés bénéficient d'équipements à peu près décents.

-Injustice dans les revenus. À El Paso, le revenu moyen était de 13000 $US lorsqu'il atteignait 23 000 $US au niveau des États-Unis et, bien entendu, ce sont les faibles revenus des immigrés qui font chuter cette moyenne. À Ciudad Juarez, le revenu moyen n'atteignait que 4000$US contre 6000 $US au plan national. On compte 1700 colonias au New Mexico et au Texas, ces lotissements d'immigrés en périphérie de villes ou en milieu rural qui complètent les barrios urbains et dans lesquelles la pauvreté est aussi élevée.

-Violence de la frontière avec ses contrôles, ses refoulements et ses arrestations. 15 000 transfrontaliers navettent légalement chaque jour d'El Paso vers les EU. Des milliers de navetteurs vont faire des achats aux EU et reviennent pour vendre ces produits à leurs compatriotes. Des centaines de cadres et de techniciens navettent entre les unités de production et de gestion de part et d'autre de la frontière. Quelques centaines d'arrestations sont parfois effectuées. Des milices et des bandes de petits blancs attaquent les immigrants ; des mafias convoient de la drogue et des armes ; les coyotes passent les immigrants en les soulageant de leurs économies. Ciudad Juarez a défrayé la chronique avec la disparition de 400 femmes assassinées, dans ce monde où tout se vend, s'achète et où la vie a peu de prix.

-Destruction du milieu par les usines, les eaux usées. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les peurs sanitaires des EU conduisent  à El Paso County, des Associations Citoyennes, à aider à l'assainissement de la cité jumelle... vieux soucis, vieux fantasmes de la contamination qui hante les rapports des EU et du Mexique : contamination de la fièvre aphteuse, de la révolution, du communisme, de l'anarchisme, du chancre du blé, de la drogue, du SIV …

-Destruction par la circulation, car 20 % des échanges terrestres entre Mexique et États-Unis empruntent ce passage !

 

III). L'immigration est-elle un phénomène autonome comme semble le croire le gouvernement des États-Unis?

 

Relayé par la presse et l'opinion publique le courant néoconservateur fait de l'immigration hispanique "la menace du siècle".

 Ceci pose deux  groupes de questions :

Pourquoi les États-Unis, pays d'immigrants, se ferment-ils aux autres et en particulier aux Mexicains ?

Pourquoi les gouvernements ne fait-il pas le lien entre immigration et mondialisation et, continue t'il toujours à traiter l'immigration comme un phénomène autonome à traiter en soi, hors de tout autre contexte ?

 

A). La frontière marqueur d'Identité

Le malpais, le mauvais pays de la Nouvelle-Espagne, le "pays perdu" par Santa Anna dans l'imaginaire mexicain reste un pays vide, ce qui n'est pas faux (nonobstant les pôles ruches d'activités dont nous avons parlé plus haut qui troue ce vide). La Frontière n'est en rien un marqueur d'identité au Mexique et surtout pas pour ceux qui vivent à cheval sur cette ligne imaginaire. Le gouvernement mexicain est désarmé devant la migration et les EU.  Du côté mexicain on voudrait considérer l'immigration comme un problème de Droit et de Dignité des Hommes. Mais le gouvernement mexicain mesure l'intérêt du peuplement de la frontière et des migrants  qui pallient les carences du marché de l'emploi intérieur et évite "l'explosion démographique" qui fut un temps prévue pour "Mexico"

Du côté US la Frontier est aussi une Border et, incontestablement l'opinion publique US glisse de la Frontier (impliquant le mouvant, le flou, le changeant et le mouvement) comme définition des limites de communauté à la notion de Border (souveraineté, impliquant, elle, le bornage, la clôture). Aux EU, si l'on franchit la clôture de votre jardin cela vous donne le droit d'abattre l'intrus. Les Mexicains ont été des "braves types" pendant le Plan Braceros, (des voisins folkloriques qui venaient tondre la pelouse mais allaient repartir) puis ils sont (re) devenus des méchants parce que la communauté n'est plus cette "agglomération de contrats individuels passé spontanément entre des gens de bonne volonté". Aujourd'hui le discours sécuritaire demande aux pouvoirs publics de protéger une souveraineté sociétale; comme le territoire qui est intangible, aujourd'hui, la société devrait l'être et tout ce qui la trouble, la change, est considéré comme une agression. Or les voisins s'installent dans le jardin et ils sont doublement différents, différents avec leur civilisation et différents de ce que l'on attend qu'ils soient : les femmes sont travailleuses, vertueuses et les hommes ne sont pas paresseux et ils peuvent prendre des places. La criminalisation des migrations, exacerbée par le 11 Septembre, est devenu une tendance lourde dans la société américaine qui supporte mal cette population fière de ses origines, de sa religion  (qu'elle abandonne) et de sa civilisation hispanique.

B). La frontière est donc militarisée

Sa protection est coordonnée  par l'Armée. Outre les agents de l'Immigration, les Agents des Douanes, les Contrôleurs du minsitère du Travail, les 9000 Border Patrols, à 98%, patrouillent le long de cette frontière. La CIA, le FBI, les shérifs et les marshals, les rangers, les patrouilles volontaires cloisonnent l'espace urbain alors que les militaires s'occupent de l'espace désertique. Les murs urbains, l'électronique, les camps ont un coût considérable qui grève les budgets publics et les Organismes lancent des souscriptions de soutien !

 

C). Les migrations ne sont pas un phénomène autonome mais une composante de la mondialisation

Face à la montée d'un racisme ordinaire anti-latinos, le pouvoir étatsunien mène des politiques restrictives dont l'inefficacité n'a d'égal que l'hypocrisie... Les deux pouvoirs sont d'accord tacitement pour taire les raisons des grandes migrations vers les États-Unis : la mondialisation, ici aussi, bouscule la pauvreté par sa modernité et, si en plus elle s'accompagne de quelques revenus grapillés au capitalisme international,  déclenche des vagues migratoires

Pour la "nouvelle émigration"  (celle des diplômés et des salariés), la différence des salaires et le drainage de compétences effectués par les EU sont décisif. Les lobbys sont nombreux (employeurs, fédération des Fermiers) à réclamer des migrants et à s'opposer aux groupes extrémistes. Les politiciens traitent  donc le problème  en mentant avec des lois restrictives (côté opinion publique) et des amnisties (côté intérêts économiques) …

On ne peut pas traiter le migrations en dehors des phénomènes de "nomadisme modernes" provoqués par la mondialisation. Plus la mondialisation s'accélère plus les migrations s'accélèrent par l'effet de contact, de découverte

Alors que la pauvreté endémique coupe les jambes des pauvres, l'amélioration (même très légère) du revenu, la modernisation, le choc du contact donnent des ailes aux pauvres et les poussent à migrer

 

Dates.

Peurs américaines : l'immigration hispaniques, la drogue et le terrorisme.

1798. L'Alien Act autorise le Président à expulser hors des EU ou à déporter (vers des camps ou des états adéquats des EU) toute personne considérée comme dangereuse1888. L'entrée illégale dans le pays, les comportements criminels et immoraux autorisent l'expulsion ou la déportation des étrangers résidant aux EU

1921-1924. Lois de Quotas qui visaient les Européens et les Asiatiques

1924. Création de la Border Patrol (la "Migra")pour lutter contre la "travesa" l'immigration clandestine des .. européens passant par le Mexique

1938. Fair Labor Standart Act. Sanctionne les employeurs de travailleurs étrangers sans autorisation de travail

1942-1964. Plan Braceros.

1983. Accord de la Paz. Il définit les Aires frontalières comme une bordure de 62 miles (100km) de part et d'autres de la ligne frontalière

1986. Immigration Reform and Control Act (IRCA).

1986. Opération Alliance, déploiement de l'Armée le long de la Frontière. L'Armée avec la Joint Task Force d'El Paso coordonne l'action de la Border Patrol de l'INS, de la DEA, du FBI

1990: la loi Kennedy-Morrison autorise, à nouveau le regroupement familial.  (législation encouragé par le patronat malgré l'hostilité syndicale)

1993. Début de l'Operation Gatekeeper  (Californie) Safeguard (Arizona) ou Operacion Guardian. Baptisée aussi Opéracion Blocus au Texas,

1994. La Loi Criminelle Fédérale prévoit l'augmentation des fonds pour lutter contre l'immigration clandestine

08-11-95 : adoption par la Californie de la "Proposition 187 SOS" ("Save Our State") qui refuse aux immigrants "illégaux" toute aide sociale, scolaire ou médicale. Invalidée par la Cour Suprême

1996. Illegal Immigration Reform and Immigrant Responsablity Act (IIRIRA).

1996. Le gouvernement américain décide de recruter 1000 hommes supplémentaires par an pour étoffer la Border Patrol et la porter à un effectif de 10 000 personnes.

1996. Le budget du Service d'Immigration et de naturalisation (SIN) est augmenté de 72%

1998. Californie. Adoption de la Proposition 209 qui supprime l'Affirmative Action; adoption, également de la Proposition  227 supprimant l'enseignement bilingue anglais-espagnol

2001. "Proposition de Guanajuato" : le contrôle mexicain du commerce illicite de la drogue, renforcé traitement plus humain des immigrants mexicains et fourniture d'énergie par le Mexique pour compenser les pénuries américaines (électricité, pétrole).

 

Bibliographie restreinte

Alain Musset, Le Mexique, économie et société, Ellipses, Paris, 1998.

Musset A., Le Mexique, Armand Colin, Paris, 1996.

Mexique n°40. La Transition au Mexique, La Documentation Française, Paris, 2001.

Alain Musset, La géopolitique du Mexique, Éditions Complexe, Bruxelles, 1996

Problèmes de l'Amérique latine n° 40, Mexique-États-Unis : processus migratoires et intégration régionale, La Documentation Française, Paris, 2001.

Jacquin P., Royot D., Whitfield S., Le peuple américain, Paris, Seuil, 2000.

Mauduy J. États-Unis, Canada, Mexique, trois voies séparées vers une intégration, l'ALENA, CQFD, Éllipses, Paris, à paraître 2004.

Mauduy J., États-Unis économie et société depuis 1945, Éllipses, 2003

Mauduy N & J., Les États-Unis, puissance régionale et mondiale, Éllipses, Paris, 2000.

Mauduy J., Les États-Unis, Collection prépas, Armand Colin, Paris, 1997

Mauduy J et Henriet G., Géographies du Western, Collection Fac cinéma, Nathan, Paris, 1989.

 

Mots clés

Maquilas

Maquilas, maquiladoras, in-bond industries, industries hors douanes. Ce sont des unités de production qui exercent généralement des activités d'assemblage ou de fabrication en combinant la main d'œuvre mexicaine avec des technologies, des composants et capitaux étrangers. Le programme des maquiladoras a été mis en place en 1965 par le gouvernement mexicain. Sous ce programme, le gouvernement permettait aux compagnies étrangères d'établir des industries au Mexique : celle-ci avait le droit d'importer des biens de capital, de machines, des matières premières et des composants utilisés dans la fabrication ou l'assemblage le tout en franchise totale de douane. Une fois assemblés ou manufacturés les produits des maquiladoras doivent être réexportés vers leur pays d'origine ou un pays tiers. La majorité des maquilas exportent leur production vers les EU sous un régime particulier en vertu de l'ALENA. Si les intrants sont d'origine (c-à-dire venant de l'ALENA) les produits réexportés ne subissent pas de droit de douanes. Par contre ils seront taxés sur la valeur ajoutée étrangère pour des intrants venant de pays hors ALENA (ainsi une automobile Honda dont les intrants proviendraient des seuls États-Unis et Canada, assemblée au Mexique et réexporté aux USA ne subirait pas de droits. Une autre automobile Honda, ou Ford, assemblée au Mexique dont 40 % (ou 28) des intrants proviendraient d'Asie serait taxée à la réexportation aux EU sur une assiette de valeur ajoutée étrangère de 40 % (ou 28…). Du point de vue de la TVA il existe outre le système normal deux autres systèmes : le système Maquilas (pas de TVA pour les entreprises étrangères installées au Mexique qui disparaitra en 2004) et le Système PITEX (Programme d'Importations Temporaires de biens destinés à l'Export) un peu moins intéressant (pas de TVA sur les intrants importés pour la fabrication de produits exportés pour les sociétés mexicaines et étrangères).

Le différentiel des droits au Mexique jusqu'en 2004

Droits

Produits destinés au marché  mexicain en provenance de ….

 

Produits destinés au

Mexique pour  les Programmes  :

Europe et Asie

USA et Canada

 

industriels depuis 2003

agricoles jusqu'à 2009

Maquilas

*

Pitex

*

Valeur du produit

100

100

100

100

100

Douanes

30

0

10

0

0

Passage en douanes

0,8

0,8

0,8

0,8

0,8

TVA

19,6

16,6

16,6

0%

0%

 

 

 

 

 

 

Total

150,4

117,4

127,4

100,8

100,8

 

 

 

 

* sous conditions que les produits soient réexportés

 

Si la frontière nord occupe une place importante dans l'économie extravertie du Mexique, cette extraversion ne concerne pas uniquement cette région, bien au contraire. En effet, les maquilas (3500 dans tout le pays ?) se développent dans d'autres régions et villes du pays sous réserve qu'elles soient bien reliées au reste du monde (et aux USA) par un bon réseau de transport. Ainsi les maquilas du Yucatan (Merina, Campeche), étroitement liées au capitalisme floridien, tout proche, approvisionnent justement cette Floride.

On distingue 3 "lignes" de maquilas

- L'ensemble frontalier

- L'ensemble des maquilas des villes intermédiaires du Centro Norte (Chihuaha, Durango, Ciudad Obregon) où se mêlent la grande maquila (c à d liée aux capitaux internationaux) et la "petite maquilas" créé par un capitalisme local ou un pré capitalisme d'immigrants mexicains. Elles sont destinées à satisfaire les besoins de la communauté de la Mexamérique en biens de consommation caractéristiques (jouets, produits alimentaires et condimentaires, articles de foi, vêtements particuliers, etc). Ce petit capitalisme est implanté dans les villes d'origine des migrants.

-L'ensemble des grandes maquilas de l'axe central (Guadalajara par exemple voire Mexico) dont la production mondialisée peut cependant bénéficier de dérogations à la réexportation et être, très partiellement, vendue sur le seul grand marché du pays.

Le trafic routier et le trafic ferroviaire depuis la capitale et l'axe central sont fortement polarisés vers le Nord et les EU : 45 % du trafic ferroviaire du Mexique sont destinés aux EU

 

Migrations internationales

10 premiers Pays récepteurs

Immigration nette

1995-2000

(en millions)

Migrants implantés

(2000)

(en millions)

% de travailleurs qualifiés parmi les migrants

Migrants en % de la population totale

États-Unis

+17

35

30%

12,5%

Russie

+4,1

13

2,2%

8,6%

Allemagne

+6,8

7

18,6%

8,5%

Ukraine

+3

6,9

1,4%

14,1%

France

+6

6,3

14,5%

9,9%

Inde

-

6,3

4,3%

6,2%

Canada

+5,6

5,8

44%

14,8

Arabie S.

+5,2

5,3

?

26,5 %

Australie

4,7

4,7

19%

23,7%

RU

4,0

4,1

21%

6,7%

Monde

xxxxxxxx

175

xxxxxxx

 

 

5 premiers

pays émetteurs

Émigration nette

1995-2000

 

 

Solde des Transfert des migrants

(milliards $Us) (2000) ( et 2002 pour Mexique

Mexique

6,1

 

 

6,5 à 9,3

Bangla D.

4,1

 

 

?

Afghanistan

4,1

 

 

?

Inde

3,3

 

 

11,5