Préambule :
Il n’est pas
facile d’enseigner un sujet aussi « instable » et « vaste ».
« Instable » en raison :
-
Des difficultés d’accès aux sources
documentaires actualisées et difficultés à les exploiter, deux aspects propres
à tout sujet dynamiques, qui plus est à l’échelle mondiale, sans compter qu’une
partie de ces migrations se fait illégalement, c’est-à-dire hors de toutes
statistiques.
-
car il y a nécessité d’une prise de recul
par rapport à l’actualité et aux représentations celles des élèves, les siennes ;
représentations très vives dans ce domaine.
-
Enfin, sujet vif, plus problématique car
il est aussi un enjeu dans le domaine polit,
« Vaste » sujet car les migrations internationales
concernent de multiples espaces, sont de natures diverses.
Pourtant,
« donner des clés de compréhension du monde » à nos élèves, un
des objectifs des programmes, nécessite d’aborder cette question, d’autant plus
fondamentale qu’elle concerne non pas des marchandises, des flux abstraits mais
des hommes.
D’ailleurs,
les migrations
internationales, si elles occupent une place qui peut paraître marginale dans
les programmes de géographie du secondaire, apparaissent à la fois de façon sous-jacente, à l’intérieur de certaines
questions des programmes du secondaire, et font aussi l’objet de traitement à
part entière, elles font même un « retour en force » dans les
nouveaux programmes de première et de terminale…
Quelle est la place des migrations
internationales dans les programmes scolaires de géographie du secondaire
?
L’étude des migrations internationales au
collège se fait à différentes échelles
et ont un lien indissociable avec l’histoire des migrations.
Ainsi, leur étude
apparaît dans le cycle
central (en 5ème) sur un espace donné, puisqu’il s’agit de la
partie III sur « l’AMÉRIQUE ». Dans ce thème, la 1ère
sous partie sur « la différenciation des espaces nord et sud-américains »
demande aux enseignants de « mettre en évidence le rôle des migrations
dans le peuplement du continent. » Il s’agit donc des migrations actuelles
(celles par exemple très étudiées entre la Mexique et les Etats-Unis, d’où deux
interventions de J.MAUDUY) mais aussi des migrations passées (ce continent a
été peuplé par des européens et des esclaves noirs).
Le thème des
migrations est ensuite abordé au collège aux échelles mondiale puis européenne dans le cycle d’orientation (3ème), puisque elles
sont présentes dans deux parties des programmes.
- Ainsi,
dans la seconde partie du programme de
3ème , intitulée « Élaboration et organisation du
monde d'aujourd'hui », la partie géographique porte sur « Les
échanges, la mobilité des hommes, l'inégale répartition de la richesse et
l'urbanisation » avec une étude qui doit être faite sur « l'accroissement
de la circulation des hommes et des biens à l'échelle mondiale » Les
migrations sont donc un des aspects d’un monde qui voit les flux explosés, mais
doivent être ici associées aux mouvements touristiques.
-
Puis dans le
thème 3 du programme de 3ème: « La
France depuis 1945 , la sous partie 2 : « La
France puissance européenne et mondiale » précise que « les
liens établis par les mouvements migratoires » sont un des éléments,
tout comme « l'influence politique et culturelle de la France, permettant de caractériser la place de la
France en Europe et dans le monde.» Ce ne sont donc pas les migrations en
tant que flux de population qui doivent être étudiées mais leur impact sur
l’organisation d’un pays.
Les migrations
internationales ne sont donc pas étudiées pour elles-mêmes au collège mais sont
un des éléments d’explication d’autres logiques spatiales. Il en est de même en
2de bien que leur place soit plus importante au lycée d’enseignement général,
surtout avec les nouveaux programmes du cycle terminal. Leur étude alimente le
travail sur les notions clés des programmes, à savoir « discontinuité, flux,
réseaux, mondialisation et organisation de l’espace »
Alors qu’en 2de, les migrations
internationales n’apparaissent pas directement dans le texte des programmes
officiels, elles sont abordées dans le thème introductif « Plus
de six milliards d'hommes sur la Terre »,.
En effet, il
convient d’étudier les « frontières, la division des espaces entre
Etats avec des enjeux transnationaux ». Les frontières vues comme des « discontinuités
majeures de l’espace » induisent des mouvements migratoires à
l’échelle mondiale. Les migrations internationales peuvent être étudiées en
partant d’études de cas comme « le détroit de Gibraltar », ou « les frontières dans l’UE et entre l’UE et le
reste de l’Europe » ou d’après l’étude de « la frontière Mexique/Etats-Unis » (bien que cette étude puisse
paraître répétitive car déjà vue en 5ème, voire en 3ème
et dont on reparle souvent en Tles avec l’étude des USA !).
En
classe de 1ère, depuis la rentrée 2003/2004, il convient de les
étudier dans le cadre de l’UE, constituant une sous partie du 2ème
thème intitulé « Réseaux et flux en Europe et en France »
et constituant soit l’axe n°2 pour les séries S, soit l’axe n°3 pour les séries
ES et L ayant le même contenu : « La mobilité des hommes ».
Les programmes précisent qu’il faut étudier «les migrations à caractère
économique ou politique, internes et externes (tourisme exclu)» Les
commentaires précises : « on analyse les flux migratoires actuels
(…) , entre l’espace Schengen et le reste du monde. L’exemple français servant
d’appui. Les aspects sociaux et polit de l’intégration des migrants ont pu être
abordés en ECJS 2de dans le cadre du thème « citoyenneté et intégration ».
Il s’agit aussi de « faire comprendre qu’au-delà du cadre des Etats, l’espace européen est
également organisé selon des logiques de fonctionnement en réseau… ».
Les migrations de population sont étudiées comme autant de flux qui
structurent et organisent l’espace européen (à côté des flux économiques, des
flux de transport …).
On
retrouve donc ici comme au collège l’étude des migrations centrée sur des espaces
particuliers : l’UE et la France. Il conviendra aussi d’éviter les redondances
avec l’étude de cas choisie en 2de sur les frontières et bien sûr de faire ces
études à partir de cartes.
Enfin, avec les
nouveaux programmes de Tles (applicables à la rentrée 2004/2005), elles sont
largement présentes, puisqu’elles se retrouvent dans TROIS parties des
programmes et peuvent être évoquées en ECJS dans le cadre du thème 4 :
« La citoyenneté et les formes de mondialisation ».
- Dans la 1ère
partie « un espace mondialisé » l’étude des
migrations internationales à l’échelle mondiale apparaît clairement mais
mélangée à tout type de flux puisqu’il s’agit de comprendre « la
mondialisation et ses interdépendances ». Ainsi, « L’espace
mondial se présente aujourd’hui comme un système marqué par la multiplication
de flux de toute nature (hommes, marchandises, capitaux, informations) qui ont
des effets sur les sociétés.
-
Dans deux autres parties des programmes de Tles ES et L
comme S, l’étude des migrations internationales se fait aux échelles
continentale et régionale, sans être explicite. On les évoquera lors de la 2ème
partie portant sur « trois grandes aires de puissance dans le monde »
avec l’étude de L’Amérique du Nord, du Mexique au Canada, dans
lequel un point plus précis est réservé à la façade atlantique qui « permet
de présenter (…) quelques aspects de l’ouverture au monde des trois États de
l’ALENA. »
-
Puis ces migrations font l’objet d’une présentation dans une
dernière partie - la 3ème partie du programme des ES et L et
la 4ème des Tles S - intitulée « l’interface Nord/Sud :
l’espace méditerranéen » qui précise qu’il faut étudier « la
mobilité des hommes (migrations, déplacements touristiques) » autour
de la Méditerranée et « montrer les effets de ces phénomènes sur les
sociétés et les territoires. »Les migrations sont étudiées à partir
d’une étude des « écarts de développement », donc envisagées comme
une réponse (géographique) à des disparités économiques ; et comme un des
éléments d’un système de relations permettent de définir une interface.
Conclusion : Les migrations internationales sont donc un thème récurrent
des programmes, tout comme de l’actualité. Elles considérées à différentes
échelles, elles ne sont pas étudiées pour elles-mêmes mais bien comme une des
facteurs explicatifs de l’organisation des espaces, abordées par le biais
d’autres notions de géographie telles que les notions de mondialisation, de flux,
de réseaux, de frontière, de disparités spatiales...