Comment construire une programmation pour le programme de géographie de seconde ?

IUFM Aix-Marseille groupe de développement géographie - document de travail - Juin 2002

 

 

Notions

Programmes

Savoir faire

Aménagement du territoire

 

Mise en réseau des notions du programme de seconde

 

Quelques réflexions à propos des notions du programme de seconde

 

Etude de cas pour quoi faire ?

 

 

 

 

Le programme de seconde de géographie (B.O. hors série n°6 du 31 août 2000) intitulé « les hommes occupent et aménagent la Terre », s’appuie sur le traitement de 6 thèmes parmi 7 proposés.

 

Construire une programmation : selon quels principes ?

 

Il n’y a pas d’ordre dans le programme !

 

 Le thème « plus de six milliards d’hommes sur la terre » est défini comme « thème introductif  obligatoire » ce qui suppose donc de le traiter en premier. Ce thème est en effet conçu comme une sorte d’introduction destinée à poser ou rappeler certains grands repères. Pour les autres thèmes, le programme ne prévoit pas d’ordre. Le professeur est donc libre de choisir son itinéraire. « Les enseignants déterminent leurs approches pédagogiques, décident, après l’étude du thème introductif, de l’ordre des autres thèmes et du choix entre littoraux et montagnes, ainsi que des exemples significatifs qui constituent les supports du raisonnement géographique conduit avec les élèves » (B.O. hors série n°6 du 31 août 2000, en gras dans le programme).

 

Mais pourquoi changer l’ordre ? En fait, si l’on se place du point de vue des contenus thématiques, l’ordre importe peu. Il n’y a pas de raison pédagogique pertinente à traiter « Nourrir les hommes » avant ou après « l’eau entre abondance et rareté » ou n’importe lequel des autres thèmes. Si certains programmes, comme celui de première actuellement en vigueur, nécessitent de la part du professeur la construction d’une véritable progression thématique pouvant aller jusqu'à une « recomposition » du programme, il n’en est pas de même ici. Tout au plus certains choisiront-ils d’extraire les risques technologiques du chapitre intitulé « les sociétés face aux risques » pour les rapprocher des « dynamiques urbaines et environnement urbain » ; d’autres rapprocheront peut-être « nourrir les hommes » et « l’eau entre abondance et rareté ». Sauf à se laisser guider par l’ordre du B.O. on n’imagine que des justifications s’apparentant plus à une philosophie personnelle qu’à la rigueur scientifique comme par exemple « je garderai les risques pour la fin pour montrer aux élèves qu’en fin de compte, l’homme n’échappe pas aux forces de la nature... »

 

 

Choisir l’ordre pour construire les notions.

 

Il paraît beaucoup plus intéressant de définir l’ordre des thèmes en fonction d’une progression construite autour des notions du programme.

Celui-ci impose en effet de construire avec les élèves un ensemble de notions. Selon les termes du programme :

Une notion centrale  : organisation de l’espace

Deux notions transversales : environnement, aménagement

11 notions de base : acteurs spatiaux, contraintes, développement, discontinuités, flux, paysages, pôles, ressources, réseaux, risques, territoires.

 

Chacun des  thèmes proposés peut permettre d’aborder à peu près toutes ces notions, mais les aborder toutes à chaque fois est en fait renoncer à les construire. Il faut donc faire des choix. Quelles notions aborder sur « nourrir les hommes », quelles notions pour « les montagnes entre traditions et nouveaux usages » ou « les littoraux, espaces attractifs » ? Dans quel ordre construire ces notions. Peut-on par exemple construire la notion d’acteurs spatiaux sans avoir auparavant parlé d’aménagement ?  Surtout, comment, au bout du compte, avoir abordé toutes ces notions ? Le risque est en effet assez évident  de ne traiter sur l’ensemble de l’année qu’une partie des notions, toujours les mêmes. Si deux logiques se cachent derrière cette liste de notions, c’est de toute évidence la logique de l’humanisation qui paraît la plus facile à atteindre. Cela revient à privilégier « environnement », «aménagement » et les notions qui leurs sont associées (voir la mise en réseau des notions du programme de seconde) au détriment de tout ce qui tourne autour de « organisation de l’espace ».

 

Donner du sens d’abord :

Pour aborder chacun des thèmes du programme, le professeur devrait répondre (et donc faire des choix) à trois questions successives :

n     Quelles notions vais-je construire en m’appuyant sur ce thème ?

n     Quelle problématique pour atteindre ces notions ?  Ce qui revient à poser la question du sens à donner à chacun des thèmes. Qu’est-ce que je veux qu’en fin de compte mes élèves retiennent, quel « message » ? Quel axe vais-je privilégier ?

n     Quelle est l’étude de cas la plus pertinente et quelle démarche géographique paraît la plus appropriée pour aboutir à ce résultat ?

 

Cela revient à inverser la démarche du cours. Le cours doit partir d’une étude de cas pour aller au général . Construire la programmation c’est d’abord réfléchir aux problématiques et aux notions à construire pour faire ensuite le choix cohérent des études de cas.

 

Faire « le tour du monde » :

Une dernière contrainte est à prendre en compte. Les études de cas doivent être variées, constituer une sorte de « tour du monde » et éviter de donner une image trop caricaturale (voir étude de cas pour quoi faire ?). Un outil de réflexion pourrait donc être la juxtaposition de l’organigramme « mise en réseau des notions » et d’un planisphère.

 

 

Les propositions qui suivent ne sauraient en aucun cas constituer un modèle. Il s’agit simplement de fournir une base de réflexion susceptible de permettre à chacun d’effectuer les choix qui lui conviennent. Encore une fois, la réflexion porte d’abord sur la programmation des notions ; les thèmes eux, sont largement interchangeables.

 


Un outil de réflexion pour une programmation de seconde :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Une première piste : s’appuyer sur un fil directeur défini par une notion.

L’itinéraire présenté propose de s’appuyer sur le titre du programme « les hommes occupent et aménagent la Terre » et de faire de la notion d’aménagement le fil directeur de l’année, mais il serait possible de bâtir un itinéraire autour de la notion d’environnement,  d’organisation de l’espace, voire même de paysage.

 

Deux premiers chapitres pour définir une démarche ...

 

Thème 1 : Plus de six milliards d’hommes sur la terre.

Intitulé proposé : Un monde, 200 Etats, 6 milliards d’hommes...

Problématique : Un monde, des mondes , des discontinuités ?

Notions : frontière, discontinuité, paysage, organisation de l’espace, territoire

 

Axe privilégié : L’objectif principal de ce cours est d’insister sur l’emboîtement des échelles du local au mondial. Les observations faites à partir d’un lieu précis sont-elles « généralisables » à d’autres échelles ? Peut-on comprendre ce qui se passe en un lieu sans faire référence à d’autres échelles ? Le but est de mettre en place avec les élèves une démarche qui sera reprise dans les autres parties du cours.

 

Démarche :

n     Temps 1 : Une étude de cas à l’échelle locale. Exemple : La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Notions de frontière de discontinuité et d’interface.

n     Temps 2 : Transfert à d’autres échelles. Les faits repérés à l’échelle locale peuvent-ils être transférés à l’échelle continentale ou planétaire ?

     Exemple : Frontière Mexique/Etats-Unis - Amérique du Nord - Monde.

- La répartition de la population correspond-elle aux frontières des Etats ?

                               - Les frontières ont-elles un sens économique ?

                               - Les frontières sont-elles toutes les mêmes ?

 

Thème 2 : « Les littoraux, espaces attractifs » ou « les montagnes entre traditions et nouveaux usages » (thème au choix).

Intitulé proposé : Les sociétés aménagent leur environnement : l’exemple de... (la montagne ou des littoraux)

Problématique : Le paysage, reflet d’un aménagement ?

Notions : Aménagement du territoire, système.

 

Axe privilégié : Mise en place d’une logique systémique centrée sur la notion d’aménagement du territoire. Chaque société, en fonction de ses valeurs, de ses relations avec d’autres sociétés et de ses moyens techniques aménage l’environnement dans lequel elle s’installe pour développer ses activités. Le tout aboutit à la création d’un système matérialisé par le paysage.

 

Démarche :

n     Temps 1 : Description d’un paysage. Exemple : Une photographie d’une station de ski des alpes françaises ou une station balnéaire. A partir d’une schématisation de la photographie identifier les éléments naturels et anthropiques qui composent le paysage.

n     Temps 2 : Du concret à l’abstrait, explication du paysage et des étapes de son aménagement.

 

n     Temps 3 : Construction d’un système. (voir explication du schéma sur la fiche aménagement du territoire)

 

 

 

 

 

 

 

 

n     Temps 4 : Application à d’autres lieux (autre montagne, autre littoral) et construction d’une typologie

 

 

...Quatre autres pour l’appliquer.

 

Ces deux premiers chapitres ont permis de définir une approche de la géographie axée d’une part sur l’emboîtement des échelles, d’autre part sur la systémique. Les chapitres suivants s’appuient sur cette double approche.

Il y aura dans chaque chapitre :

n     Des exemples jouant sur l’emboîtement des échelles.

n     Un « angle d’attaque » correspondant à un des sommets du système défini dans le chapitre 2

n     Des notions construites à partir de cet angle d’attaque

 

Thème 3 : Les sociétés face aux risques.

Angle d’attaque : L’aménagement

Notions : Aménagement - Contrainte -  Risque - Acteurs spatiaux

Problématiques  possibles :

n     L’homme peut-il « librement » aménager le territoire ?

n     Les « catastrophes naturelles » sont-elles naturelles ?

n     Les activités à risque peuvent-elles être implantées n’importe où ?

Il s’agirait de montrer comment une action d’aménagement prend en compte (ou ignore) les contraintes de l’environnement en fonction des intérêts des différents acteurs.

 

Thème 4 : L’eau entre abondance et rareté.

Angle d’attaque : L’environnement

Notions : Ressource - Acteurs sociaux - territoire

Problématiques possibles :

n     Comment l’homme gère-t-il une ressource naturelle indispensable ?

n     Différentes activités peuvent-elles se partager la même eau ?

n     L’eau, enjeu politique ?

Il s’agirait de montrer comment la gestion (aménagement, exploitation, protection...) d’un environnement et de ses ressources peut devenir un enjeu (compétition entre activités, enjeu de développement, enjeu politique...)

 

Thème 5 : Nourrir les hommes.

Angle d’attaque : Une activité, l’agriculture.

Notions : Développement - paysage

Problématiques possibles :

n     L’agriculture peut-elle nourrir 6 milliards d’hommes ?

n     Les ressources alimentaires sont-elle suffisantes pour faire face à l’accroissement de la population mondiale ? Y a-t-il surpopulation ?

n     Peut-on produire et préserver l’environnement ?

Il s’agirait de montrer comment une activité (l’agriculture) censée répondre aux besoins de la population produit des paysages et modifie l’environnement.

 

Thème 6 : Dynamiques urbaines et environnement urbain.

Angle d’attaque : Les acteurs, la société

Notions : Organisation de l’espace, réseau, pôles

Problématiques possibles :

n     Les sociétés urbaines, vers l’uniformisation planétaire ?

n     La ville est-elle le centre du monde ?.

Il s’agirait de montrer en quoi l’organisation de l’espace des mégapoles reflète la composition et les problèmes des sociétés auxquelles elles appartiennent.



Une deuxième piste : utiliser la mise en réseau des notions

 

Les fiches présentant la mise en réseau des notions et quelques réflexions à propos des notions mettent en valeur l’existence de 2 logiques qui sont ici utilisées pour structurer l’année.

 

Première partie : l’homme organise l’espace

Il s’agit de construire dans cette première partie de l’année les notions directement reliées à celle d’organisation de l’espace (partie gauche du schéma de mise en relation des notions). Bien évidemment on peut choisir d’autres thèmes pour construire les mêmes notions.

 

Thème 1 : Plus de six milliards d’hommes sur la terre.

Intitulé proposé : Un monde, 200 Etats, 6 milliards d’hommes...

Problématique : Le maillage des Etats, base de l’organisation de l’espace ?

Notions : frontière, discontinuité,  organisation de l’espace, territoire

 

Thème 2 : Dynamiques urbaines et environnement urbain.

Notions : Organisation de l’espace, réseau, pôles, flux

Problématique :  La ville est-elle le centre du monde ?

 

Thème 3 : Montagnes ou littoraux

Notions : Organisation de l’espace, pôles, aménagement (sert de transition pour la 2ième partie)

Problématique :

n     quelle est la place des montagnes/des littoraux dans l’organisation de l’espace ? ou

n     Montagnes/littoraux, une nouvelle organisation de l’espace ?

 

 

Deuxième partie : l’homme humanise son environnement.

Il s’agit dans cette 2ième partie de l’année de construire les notions liées à « environnement » et « aménagement » (partie droite du schéma)

 

Thème 4 : L’eau entre abondance et rareté.

Notions : Environnement - Ressource - Acteurs sociaux - Aménagement - développement

Problématique :

n     Quels aménagements pour disposer d’une ressource ? Pour qui ? Pour quoi ?

n     ou Peut-on exploiter une ressource toout en construisant un développement durable ?

 

Thème 5 : Nourrir les hommes.

Notions : Aménagement - Développement - paysage

Problématiques :

n     Quelles agricultures pour nourrir 6 milliards d’hommes ?

 

Thème 6 : Les sociétés face aux risques.

Notions : Aménagement - Contrainte -  Risque - Développement

Problématique :

n     Pays développés et pays en voie de développement prennent-ils en compte les  risques de la même façon ?

 

Conclusion : Le paysage, à la rencontre de ces deux logiques ?

En choisissant bien un paysage, la conclusion consisterait à montrer que celui-ci est le résultat d’une humanisation (environnement, aménagement) qui a produit une organisation de l’espace.

 

Quelle que soit la version imaginée, proposer une programmation sur le programme de géographie de seconde correspond donc à la nécessité de donner un sens au programme, celui de bâtir avec les élèves une véritable grille de lecture géographique.