Une étude de cas : La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

IUFM Aix-Marseille - Groupe de développement Géographie - Septembre 2001.

 

Notions

Programmes

Savoir Faire

 

n    Programme de seconde

 

n    Etude de cas pour quoi faire ?

 

 

1 - Avertissement :

L’étude de cas ci-dessous constitue la première partie d’un cours sur le thème introductif du programme de seconde. Cette première question est définie par le programme dans les termes suivants (B.O. Hors série N°6 du 31 août 2000) : Plus de 6 milliards d’hommes sur la terre 

- L’inégale répartition des hommes et des richesses

- Une division entre Etats, mais des enjeux transnationaux

- Frontières, aménagements et environnement.

L’étude de cas porte sur la frontière Mexique Etats-Unis et utilise les documents du manuel de seconde édition Magnard. Elle nécessite de consacrer entre 3 et 4 heures à l’étude de cas avant un temps de « contextualisation » prévu sur 3 heures. Au total la séquence est donc prévue sur 6 à 7 heures.

 L’étude de cas est construite de façon à « cibler » plus particulièrement les deux derniers points du thème introductif  (une division entre Etats mais des enjeux transnationaux, frontières, aménagements, environnement). Certaines notions ont été privilégiées : organisation de l’espace, discontinuité, frontière. La frontière Etats-Unis Mexique est par définition « singulière », c’est donc autour de ces notions (en particulier autour de celle de discontinuité) qu’est construite la réflexion de la deuxième partie du cours.

 

2 - L’étude de cas :

Ce qui suit correspond au cours, y compris les réponses attendues des élèves pour les  différents exercices.

 

UN MONDE, 6 MILLIARDS D’HOMMES, 200 ETATS...

 

I - Un exemple : La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

 

1 - La frontière vue de satellite. (Doc. Magnard seconde p.17)

Présentation document :

n    Une image satellite. Représentation en « fausses couleurs ». Ici, le rouge correspond à une végétation à forte activité chlorophyllienne, le noir à l’eau, les tons bleutés aux sols nus et aux constructions.

n    Landsat. Satellite américain d’observation de la terre (télédétection), Résolution 30m.

n    Date non précisée (A critiquer ! ! !).

n    Localisation : A la frontière entre Etats-Unis et Mexique, les villes de Mexicali et Calexico (voir carte p.21). Un « paysage » vu du ciel...

 

Schématiser l’image. Identifier les principaux ensembles et faire apparaître les « lignes de rupture » où le paysage change brutalement de part et d’autre de ces lignes.

 

 

 

 

 

Compléter le tableau :

 

Sous ensemble

A

B

C

D

Couleur dominante

Dominante bleu -vert

Rouge vif

Mélange rouge et tons bleutés

Bleu et blanc

Texture Aspect

 

Quadrillage des rues apparaissant clairement

Quadrillage régulier. Taille des carrés, environ 500 m de côté

Un découpage géométrique aux formes et aux tailles irrégulières. Globalement une taille plus réduite que dans B

Un ensemble très découpé et un ensemble uniforme

Interprétation. De quoi s’agit-il ?

Une ville

Espace agricole. Cultures « vertes »

Un espace agricole qui n’est que partiellement mis en culture à la date de prise de vue

Une montagne et son piémont dans un milieu marqué par une grande sécheresse.(semi désertique)

 

 

 

A quoi correspondent les « lignes de rupture » ?

Ces lignes sont des lignes de discontinuité. De chaque côté de la ligne, il n’y a pas la même chose...

                La ligne 1 correspond à la limite entre l’espace agricole (B ou C) et l’espace urbain. C’est la limite ville/campagne. Elle apparaisse clairement dans le paysage.

 

                La ligne 2 correspond à la limite entre le désert et l’espace agricole. Cela suppose donc que ce dernier soit arrosé. Grâce à l’irrigation on peut mettre en valeur une région qui est naturellement très sèche (maîtrise de l’eau). Le paysage oppose la montagne désertique et la plaine irriguée et cultivée.

 

                La ligne 3 est la seule limite rectiligne (les autres sont sinueuses). Elle partage aussi bien l’espace agricole que l’espace urbain. Dans le désert, elle disparaît. Elle apparaît sur l’image satellite parce qu’il n’y a pas de chaque côté de la ligne la même façon d’organiser l’espace (c’est très net pour les parcelles agricoles). Elle correspond à la frontière entre Etats-Unis et Mexique. Ici, la frontière n’est donc pas un trait abstrait sur une carte, elle se voit dans le paysage, elle est une rupture dans l’organisation de l’espace, dans la façon dont les hommes ont aménagé l’espace. Au nord, les Etats-Unis ont colonisé cette terre en appliquant le système du township. Ils disposent de moyens d’irrigation performants (eau détournée du Colorado vers la mer Salton) qui leur permettent de pratiquer une agriculture intensive. Au Sud, la colonisation s’est faite de façon désorganisée, les moyens techniques coûteux ne sont pas disponibles, les Etats-Unis ont utilisé l’essentiel de l’eau...

 

2 - A quoi correspond cette frontière ?

Doc. : Magnard seconde, cartes 1 et 2 p. 18, 3 p. 19, graphique 5 p.20.

 

La frontière est une discontinuité particulière, c’est une discontinuité politique, la ligne qui délimite le territoire d’un Etat.

Pour qu’il y ait Etat, il faut :

n    Un territoire (celui-ci est limité par des frontières)

n    Un « gouvernement » exerçant une autorité et administrant ce territoire

n    Une population dépendant de cet Etat

n    Le tout doit être reconnu (indépendant) par les autres Etats.

Mais comment fixe-t-on les frontières ? A quoi correspondent-elles ? A quoi correspond la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique ?

 

A partir de ces documents, relever des informations permettant de répondre aux questions suivantes :

 

Oui, parce que...

Non, parce que...

La frontière Mexique Etats-Unis correspond-elle une frontière naturelle ?

 

 

C’est le même milieu naturel de part et d’autre de la frontière (milieu désertique chaud). La véritable rupture climatique se situe plus au sud avec le climat tropical.

La frontière Mexique Etats-Unis correspond-elle à une rupture dans la répartition de la population ?

 

 

A l’échelle du document, il n’y a pas de différence. La frontière se situe dans une région peu peuplée, éloignée des principaux foyers de peuplement des Etats-Unis (Côte Est) et du Mexique (Mexico).

La frontière Mexique Etats-Unis correspond-elle à une rupture dans l’histoire du peuplement ?

 

 

La frontière se situe à l’intérieur d’une région peuplée à l’époque précolombienne puis soumise à la colonisation espagnole. Les colonisations française et anglaise sont restées éloignées avant le XIX°s.

La frontière Mexique Etats-Unis correspond-elle à une frontière économique et sociale ?

 

Opposition très forte entre un pays développé et un pays du Tiers Monde. La mortalité infantile est 4 fois plus élevée au Mexique qu’aux Etats-Unis. Le PIB/Hab est 4 fois plus élevé aux Etats-Unis qu’au Mexique.

 

 

 

 

Bilan :

n    Cette frontière n’est pas une frontière « naturelle », mais le milieu naturel, désertique,  hostile aux hommes, explique que ceux-ci ont mis longtemps à conquérir cette région.

 

n    Au sud, les peuples précolombiens et les Espagnols ont trouvé des conditions meilleures dans la région de Mexico ou sur la côte Caraïbe. Les Anglais se sont installés sur la côte atlantique dans une région très éloignée et ils ont d’abord eu à mettre en valeur les grandes plaines agricoles avant d’atteindre le Colorado. Pour ces deux colonisateurs, la région correspondait à une zone difficile à atteindre, aux confins de leur territoire.  Aujourd’hui encore, elle figure comme un espace de faible densité à l’écart des grands foyers de peuplement.

 

n    La frontière n’a d’ailleurs été fixé que tardivement. Les Etats-Unis ont conquis cette région par une série de guerres contre le Mexique entre 1836 et 1853.

 

n    La frontière est par contre devenue une ligne opposant très nettement un pays développé et un pays du tiers monde. Il y a un contraste économique et social fort opposant les Etats-Unis au Mexique.

 

3 - Cette frontière est-elle une barrière ?

 

Documents : Magnard seconde N°6 et 7 p.21 + 9(photo en bas de page) et 10 p.22

Doc

La frontière est une barrière

Il existe des liens transfrontaliers

6

 

 

Les maquiladoras sont des entreprises américaines installées au Mexique et réexportant leur production

7

 

 

 

Il existe des axes de migration des clandestins mexicains vers les Etats-Unis. La frontière est une barrière (pas totale) pour l’immigration

Il y a une importante population hispanique aux Etats-Unis dans les Etats proches de la frontière : la frontière n’est pas une barrière culturelle

Des villes jumelles se sont crées à cheval sur la frontière et constituent des espaces transfrontaliers très attractifs

9

 

 

La photographie montre la liste des mexicains morts pour avoir tenté de passer la frontière clandestinement

 

10

 

 

 

 

Emergence d’une région transfrontalière, la « Mexamérique ». Les liens sont culturels et économiques. Il y a plus de flux Nord/Sud que Est/Ouest

 

 

Bilan :  Colonne 1 : La frontière est une barrière pour les hommes. Les Etats-Unis cherchent à limiter l’immigration mexicaine. Ils cherchent à rendre la ligne frontalière la plus infranchissable possible.

                Colonne 2 : La frontière devient une région, la Mexamérique, dans laquelle les échanges culturels et économiques sont importants.

La frontière est à la fois une ligne et une région transfrontalière.

 

Conclusion .   Une frontière est :

n    Une limite inter-étatique (entre 2 Etats)

n    démarquée

n    matérialisée (pas toujours)

n    Une rupture et/ou une discontinuité

n    Economique

n    sociale

n    culturelle

n    Une interface : un lieu de contact entre des espaces aux caractéristiques fortement différenciées

 

n    Un lieu de séparation visant à exclure (l’ennemi, l’étranger, les produits étrangers...) ou un lieu d’échange visant à unir (suppose des flux transfrontaliers, culturels, migratoires, économiques...)

 

n    Une ligne (Sur la carte, dans le paysage) ou une zone dont le mode d’organisation est déterminé par l’existence de cette frontière (emplois, capitaux, activités...).

 

 

3 - Quels prolongements ?

Peut-on passer du « singulier » au « général » ? La frontière Mexique Etats-Unis ne saurait être généralisée ; elle est unique. Par contre, il est possible de mener une réflexion à une autre échelle autour de la notion de discontinuité. Ce qui suit correspond au plan de la deuxième partie du cours.

 

                II - Les discontinuités de peuplement  l’échelle planétaire.

n     A partir d’un planisphère montrant la répartition de la population mondiale, identifier et localiser les principales discontinuités de peuplement dans le monde. Ces discontinuités correspondent-elles à des frontières inter-étatiques ?

n     La réflexion conduit à identifier des régions fortement peuplées et des régions peu peuplées et à proposer la notion de foyer de peuplement.

n     Les discontinuités de peuplement ne correspondant qu’exceptionnellement à des frontières inter-étatiques, on débouche sur la recherche d’autres facteurs explicatifs.

 

                III - Les discontinuités économiques et sociales à l’échelle de la planète.

n     A partir d’un planisphère de l’indice de développement humain (IDH), repérage des principales discontinuités économiques et sociales

n     Discussion sur les différents indicateurs (PNB, PIB, IDH...)

n     La discontinuité majeure : l’opposition Nord/Sud. Localisation et discussion sur ses limites (les NPI d’Asie font-ils partie du Nord ? La Russie est-elle encore un pays développé ?)

n     Les discontinuités secondaires : des Nords et des Suds.

 

                IV - Les frontières sont-elles toutes les mêmes ?

n     La définition de la notion de frontière donnée pour la conclusion de l’étude de cas est « testée » sur d’autres frontières. La frontière est-elle une discontinuité économique, sociale, culturelle, une interface ? S’agit-il d’un lieu de séparation ou d’un lieu d’échange ? D’une ligne ou d’une zone ?

n     Un échantillon de frontières pouvant aller des frontières françaises à la frontière entre les deux Corées, en passant par les frontières d’Israël ou le détroit de Gibraltar permet de montrer aux élèves que toutes les frontières sont loin d’être similaires et d’ébaucher une typologie depuis les plus ouvertes jusqu’aux plus fermées.