Aménagement du territoire.

 IUFM Aix - Marseille - Groupe de développement Géographie - Octobre 2001.

 

La notion d’aménagement du territoire est au cœur du nouveau programme de géographie de seconde ; elle est déjà une notion importante du programme de première sur la France. Il y a donc là une notion intéressante et primordiale qui peut représenter une sorte de fil directeur du cours de géographie, au moins pour les deux premières années de lycée. Quelques réflexions...

 

1 - Tout territoire est aménagé !

 

Si l’on part du principe qu’un territoire est une portion d’espace terrestre approprié par une société humaine, on peut estimer que celle-ci a - même superficiellement - marqué ce territoire. Ce territoire est donc forcément aménagé. L’aménagement étant à la fois l’action délibérée conduisant à une modification du territoire et le résultat de cette action.

 

L’approche systémique, résumée par le schéma ci-dessous, peut fournir une grille d’analyse commode, en particulier pour aborder le programme de seconde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’environnement :

Tout territoire comporte un certain nombre d’héritages, de « mémoires ».

Certaines correspondent au milieu naturel :

n     Il se caractérise par ses composantes naturelles : localisation, relief, climat, hydrographie, végétation... Certaines composantes peuvent être très caractéristiques : pente, enneigement, exposition, étagement par exemple pour le milieu alpin.

n     Pour l’homme, ce milieu représente un certain nombre de contraintes : éléments naturels dont l’homme doit tenir compte pour son installation dans un milieu, ou qui peuvent modifier la façon dont l’homme vit dans ce milieu. Une contrainte est permanente à l’échelle de temps humaine. Par exemple l’enneigement hivernal constitue une contrainte dans le milieu alpin.

n     Toute contrainte peut être perçue comme :

n     Un atout, lorsqu’elle favorise une activité humaine. Par exemple, la neige est une contrainte positive pour les stations de ski.

n     Un handicap, lorsqu’elle nuit à une activité humaine. La neige est ainsi une contrainte négative pour l’élevage en montagne.

n     Un risque lorsque sa manifestation peut mettre l’homme en danger. Le risque est permanent mais sa manifestation est souvent de courte durée. La contrainte de l’enneigement peut déboucher sur le risque d’avalanche.

Mais ce territoire se caractérise aussi par son histoire. L’homme, surtout au XXI° siècle, n’agit pas sur un milieu « vierge ». Dans la plupart des régions du globe, celui-ci a depuis des siècles été largement anthropisé. Des formes de mise en valeur, des aménagements anciens, une organisation de l’espace héritée, caractérisent le territoire sur lequel viennent se greffer de nouveaux aménagements. Le terme « histoire » doit donc être pris dans un sens large regroupant tous les héritages laissés par les sociétés antérieures.

Selon les cas, ces héritages et ce milieu naturel peuvent être perçus par la société actuelle comme un patrimoine à conserver, comme une contrainte, ou même comme un handicap justifiant de nouveaux aménagements. Il y a donc aussi une perception culturelle et sociale de cet espace. L’environnement est donc à la fois un milieu donné, son histoire, et un regard que la société porte sur ces derniers et qui justifient l’utilisation qui est faite de cet environnement.

 

Les activités

n     Elles sont plus ou moins variées dans un même milieu.

n     Chaque activité utilise, exploite ou délaisse les différentes composantes naturelles en fonction de ses propres intérêts, et nécessite pour cela des aménagements.

n     Chaque activité constitue un élément de l’économie locale mais dépend aussi de facteurs extérieurs (économie nationale ou globale).

n     Selon la société (dans l’espace ou dans le temps), les moyens techniques et financiers dont on dispose pour mettre en œuvre ces activités peuvent être totalement différents.

 

Les acteurs :

n     La société perçoit l’environnement en fonction de ses intérêts du moment. Dans une société agropastorale, la neige est un handicap, dans une société des loisirs elle devient « or blanc ».

n     La société locale n’est pas la seule à s’intéresser à l’environnement, mais société locale et société globale ne portent pas forcément le même regard sur un même environnement. C’est bien parce que des citadins en mal de grand air et d’espace s’intéressent à la montagne qu’une société locale peut se spécialiser dans l’accueil touristique... au risque d’un sentiment de dessaisissement voire d’invasion.

n     La société comporte aussi des décideurs, qu’ils soient économiques ou politiques, locaux ou extérieurs. La station de ski est conçue par un consortium anonyme, c’est la région ou le département qui améliorent la route et la commune qui décide du plan d’occupation des sols.

 

L’aménagement :

n     Les acteurs sont donc amenés, génération après génération, à modifier le milieu naturel dans le but de développer leurs activités.

n     L’aménagement peut avoir plusieurs buts, qu’il s’agisse d’exploiter une ressource naturelle, de créer une activité, de protéger l’homme, ses activités, ou même l’environnement.

 

Tous ces éléments sont en interrelation dynamique et aboutissent à la constitution d’un « système  géographique ». La résultante visible en est le « paysage ».

De là l’idée que tout paysage peut être analysé en ces termes. Il y a là une « mine » pour les études de cas et le programme de seconde, il y a là aussi une clé pour aboutir aux enjeux de l’aménagement.

 

2 - Politiques d’aménagement du territoire : du catalogue aux enjeux.

 

Un classique...quelque peu rébarbatif ?

Les politiques d’aménagement du territoire constituent un « classique » des programmes de géographie, notamment de celui de première.  Il s’agit de montrer que les entités qui administrent le territoire ont aussi vocation à mettre en place des politiques d’aménagement. Selon l’Etat considéré, la liste des intervenants possibles, et surtout celle de leurs pouvoirs respectifs n’est pas la même. En France, de la commune à l’Union Européenne, en passant par l’Etat et les services de la DATAR, c’est en fait tout l’équilibre des pouvoirs issus des lois de décentralisation qui doit être présenté. Tous les manuels de première abordent la liste des principales opérations d’aménagement menées sur le territoire national depuis les années 50. On pense entre autres aux grands aménagements touristiques en Languedoc Roussillon, aux villes nouvelles de la banlieue parisienne, aux grandes zones industrialo-portuaires, aux parcs nationaux, etc... Globalement, une politique de grands aménagements visant à corriger les inégalités inter-régionales, a cédé la place à un aménagement plus diffus et plus décentralisé.

Mais si le cours de géographie en reste à cette présentation « catalogue » des acteurs et de leurs réalisations, il y a fort à parier que l’inventaire réalisé restera « neutre » et  quelque peu rébarbatif pour les élèves.

 

 

 

Des enjeux pour intéresser et former

L’intérêt d’étudier l’aménagement du territoire ne peut être perçu par nos élèves que s’il est posé en termes  véritablement problématiques. Pour cela, il doit être analysé en termes d’enjeux, et ces enjeux doivent correspondre à des questions «vives », susceptibles d’amener le débat contradictoire. En fin de compte, le choix d’un aménagement doit apparaître comme un choix politique (au bon sens du terme) : une politique d’aménagement !

Si l’on repart du schéma ci-dessus, ces enjeux peuvent être saisis par confrontation avec chacun des sommets du quadrilatère :

n     Les enjeux de l’aménagement face à l’environnement

n     Les enjeux face aux activités économiques

n     Les enjeux face aux sociétés et aux décideurs.

L’étude de cas - quelle qu’en soit l’échelle - devient alors un formidable outil pour cerner ce type de questions. Il n’est par ailleurs pas obligatoire de regrouper ces trois axes dans un seul chapitre sur l’aménagement du territoire ; on peut en effet imaginer une stratégie (une progression ?) distribuant ces enjeux sur différentes parties du cours pour arriver à une synthèse finale. Les exemples suivants ne sont que des pistes proposées...

 

Pour paraphraser la formule R. Brunet, tout territoire est à ménager... L’enjeu écologique est la dimension la plus facile à aborder. Tunnel du Somport : faut-il choisir entre l’ours des Pyrénées et une logique de transport à l’échelle européenne ? Les stations de ski dans les Alpes : l’essor du tourisme alpin est-il compatible avec la protection du milieu ?

L’enjeu « patrimonial » est lui aussi fréquemment abordé. Faut-il conserver ou réaménager ? On pense bien entendu à la politique d’aménagement des centres villes, mais on peut aller jusqu'à évoquer la conservation des paysages, principal atout touristique, mis en danger par « la progression du béton ».

Les enjeux économiques sont parfois plus difficiles à mettre en évidence, mais on peut trouver des situations où des activités économiques différentes ont des intérêts divergents quant à l’utilisation d’un même lieu. Faut-il rouvrir le tunnel du Mont Blanc aux poids lourds (les intérêts de la corporation touristique face à ceux de l’économie globale) ? Quel doit être le niveau du lac de Serre Ponçon en été (EDF, les agriculteurs de la vallée de la Durance et les professionnels du tourisme en conflit pour une même ressource) ?

Les enjeux politiques et sociaux sont encore plus difficiles à saisir. La ville fournit cependant un exemple abordable sans trop de difficultés. L’aménagement du centre urbain (ville au choix) , pour qui, pour quoi ?

 

Aménagement du territoire et organisation de l’espace :

Mais au delà de cette approche, on peut aussi se demander ce que la géographie apporte à ces débats sur l’aménagement du territoire. Pour s’en tenir à l’année de première, il est intéressant de relier cette problématique à la notion d’organisation de l’espace. Celle-ci correspond largement à une vision abstraite de l’espace par les géographes, qui ne sont d’ailleurs pas toujours d’accord entre eux sur certaines de ces représentations. Par exemple, quelle est l’utilité d’enseigner à nos élèves une organisation de l’espace européen axée sur la mégalopole et un schéma centre - périphéries ? Il ne s’agit pas ici de prendre parti dans une querelle scientifique, mais de montrer aux élèves que des décideurs, commission européenne, Etat Français ou conseils régionaux, sont influencés par ces représentations géographiques, et que les stratégies qu’ils mettent en place et les décisions qu’ils prennent peuvent être motivées par ces schémas. Pour en rester à l’exemple précédent, enseigner la mégalopole européenne d’accord, à condition  d’aborder (au choix) les stratégies transfrontalières du Nord-Pas de Calais ou de l’Alsace, la création d’un Arc Atlantique, ou les tentatives de reconversion de l’aire marseillaise prenant en compte l’arc méditerranéen... De la même façon, mais en sens inverse, il peut être intéressant de montrer aux élèves comment des décideurs  (politiques ou économiques) utilisent des représentations ou le discours géographique sur l’organisation de l’espace pour justifier et légitimer leurs prises de position. Les publicités des conseils régionaux, quelles soient destinées au grand public ou à des investisseurs, regorgent ainsi de schémas d’organisation de l’espace... aboutissant à faire de chaque région un « carrefour européen ». L’organisation de l’espace devient un enjeu, parfois économique, parfois aussi électoral... Sensibiliser les élèves à ces enjeux n’est peut être pas inutile...

 

 

 

 

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