Groupe de
développement de géographie/IUFM.
Enseigner la
notion d’intégration.
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La
dimension géographique du mot « intégration » n’apparaît pas dans les
dictionnaires de langue française, et, plus surprenant, apparaît peu dans les
dictionnaires de géographie. C’est l’intégration sociale et économique qui font
l’objet des définitions les plus détaillées. Ramener le concept d’intégration
vers la géographie est l’un des objectifs de ce travail.
Le
mot « intégration » suppose l’appartenance (« faire partie
de ») et une relation géographique à un autre objet, à un autre espace.
« L’intégration géographique se mesure à la relation des lieux entre
eux… », écrit R. Brunet[1].
L’intégration est le produit d’interrelations entre des espaces complémentaires
et de connexions géographiques… qui
permettent d’articuler les espaces et les sociétés entre eux.
I)La notion d’intégration
au cœur du programme de géographie de première.
La notion d’intégration est induite
par l’intitulé même du programme de géographie de première[2] :
« La France en Europe et dans le monde ». L’introduction de
ce même programme en fait une notion centrale : « le changement
d’échelle (…) permet une meilleure compréhension des espaces emboîtés ».
L’espace français, européen et mondial sont ces espaces à
« emboîter ». On la retrouve ensuite dans les trois parties du
programme : Partie I : La
France en perspective. « Parmi les
différents ensembles politiques et économiques auxquels la France
appartient… ».
Partie II : Le territoire
français et son organisation. « A
chaque étape, il conviendra de singulariser la France dans l’ensemble
européen ».
Partie III : Etats et régions en
France et en Europe. On préconise dans cette partie l’étude de « régions transnationales ». Le
Royaume-Uni et l’Etat de l’Europe méditerranéenne doivent être étudiés « en insistant sur ce qui constitue
leur spécificité en Europe ».
1)
L’intégration politique.
L’intégration
géographique résulte-t-elle d’une volonté politique d’intégration ? Les
politiques volontaires d’intégration
sont mises en œuvre à différentes échelles spatiales : volonté
d’intégration à l’échelle européenne, volonté d’intégration à l’échelle
régionale …
L’intégration
européenne est le fruit des volontés politiques de ses pays membres. Les textes
institutionnels de l’Union européenne (Acte Unique, traîté de Schengen, traité
de Maastricht…) ont été acceptés par les pays membres et sont les cadres des
interrelations qui se jouent entre eux. L’élargissement de l’union Européenne à
de nouveaux Etats européens résultera de la volonté politique des quinze pays
membres[3].
A contrario, le manque de volonté politique peut constituer un frein à
l’intégration. Le refus de la Grande-Bretagne de la monnaie unique[4]
européenne rend l’intégration politique et économique de ce pays à l’Union
Européenne incomplète.
La
création des Eurorégions s’inscrit dans les politiques volontaires d’intégration
régionales conduites pas les Etats et les régions au sein de l’Union
européenne. L’étude d’une région transfrontalière, comme la région
« Sarr-Lor-Lux »[5],
créée il y a trente ans, monte que l’intégration est souvent d’abord de nature
institutionnelle. Dans le cas de l’espace « Sarr-Lor-Lux » qui
regroupe un Etat (le Luxemburg), deux Länder allemands (la Sarre et la
Rhénanie-Palatinat), une région française (la Lorraine) et une Communauté
autonome belge (la Wallonie), le projet de restructuration économique d’espaces
touchés par la crise sidérurgique devait passer par une intégration
interrégionale. Le pôle européen de développement Longwy-Rodange-Athus est un
exemple de coopération transfrontalière qui fonctionne grâce à un financement
de la part de l’Union Européenne et des différents Etats nationaux.
L’intégration s’est faite, dès le départ, « par le haut ». Les
acteurs locaux ont souhaité participer à ce projet grâce à une association des
« maires et bourgmestres du PED », dont l’objectif est de définir
ensemble une gestion et une politique d’aménagement du territoire.
L’intégration se poursuit ainsi « par le bas ».
2)
L’intégration par les
interrelations spatiales.
L’intégration
géographique « positive » se mesure aux interrelations qui se jouent
à l’intérieur d’un espace. Les flux de personnes, d’information, de
télécommunication (les flux « invisibles »), de marchandises sont des
acteurs de l’intégration. La création de l’espace Sarr-Lor-Lux, puis le projet
du P.E.D ont généré des flux frontaliers de travailleurs, particulièrement à
destination du Luxemburg et de la Sarre[6].
Dans le cadre du projet européen de développement (PED), les liaisons de
transport ont été renforcées entre la France et le Luxembourg. Les aménagements
de l’espace sont bien au cœur des stratégies d’intégration. Mais ce sont les
hommes qui vivent sur cet espace, qui pratiquent et partagent un espace commun,
qui sont des acteurs essentiels de l’intégration. Les limites de la région
transfrontalière du PED ne coïncident pas forcément avec cet espace que les
hommes s’approprient par leur pratiques quotidiennes. Certains espaces sont
plus intégrés que d’autres. Le différentiel socio-économique qui subsiste entre
le Luxembourg, la Sarre, la Lorraine … produit ces inégalités. Enfin, un bilan
récent de l’expérience du P.E.D[7]
montre que l’intégration par les flux de travail, de personnes, de capitaux a
préexisté dans une large mesure au projet politique.
3)
La part des représentations
mentales dans le processus d’intégration
Il y a intégration (européenne) si l’identification
avec un espace ne s’arrête pas aux frontières nationales. Pour reprendre
l’exemple des Eurorégions, l’identification à un territoire peut se jouer à
plusieurs échelles : nationale, régionale et européenne. C’est pourquoi
l’intégration géographique est porteuse d’identité. Les représentations des
élèves peuvent être révélatrices, lorsqu’on leur demande s’ils pensent que la
région dans laquelle ils vivent [8]est
intégrée à l’Europe ou encore s’ils se sentent Européens. Au delà des volontés
politiques et des politiques d’aménagement, l’intégration géographique d’un
territoire ne se situe-t-elle pas au niveau d’une identification puissante des
hommes à leur territoire ?
C’est
pourquoi, l’intégration produit du territoire, des territoires.
On a pu discerner plusieurs niveaux de lecture de l’intégration : l’intégration
institutionnelle qui est un projet d’intégration territoriale, les
représentations mentales qui sont finalement de bons révélateurs de
l’intégration ou de l’absence d’intégration, et l’intégration
« positive », celle qui se lit à l’intérieur du territoire. Les
politiques volontaires d’intégration sont identifiable à partir de documents
promotionnels publiés par les conseils régionaux ou encore par les communes[9].
Les
marqueurs géographiques « positifs » de l’intégration sont ceux que
les élèves vont pouvoir identifier à l’intérieur du territoire, puis apprendre
à identifier sur des documents dans le cadre d’une étude
de documents en géographie ou à représenter sur un croquis de géographie[10].
L’intégration se mesure aux interrelations spatiales que constituent les flux
géographiques. Ces flux sont quantifiables : les flux économiques de
capitaux, de marchandises, les flux de personnes, les flux
« invisibles » (flux d’information, télécommunications). Certains de
ces flux pourront être matérialisés par des axes (axes de transport) et
s’articuleront autour de pôles (villes, plate-formes multimodales).
Faire de l’intégration un concept géographique est
une démarche présente dans l’enseignement de la géographie en classe de
première. Ce dernier privilégie les emboîtements d’échelles spatiales: les
Etats et les régions sont étudiées à travers leurs liens ou le manque de liens
avec l’espace européen. Parce qu’elle met en évidence les interrelations
spatiales, les rapports des hommes à leurs territoires, et parce qu’elle est
également un révélateur des disparités spatiales, la notion d’intégration a une
dimension géographique et a toute sa place dans l’enseignement de la
géographie.
[1] R. Brunet, R. Ferras, H. Théry Les mots de la géographie, Reclus et la Documentation française, 1992.
[2] Programme de géographie de la classe de première, tel qu’il a été défini dans le B.O du 29 juin 1995. Ce programme est encore en vigueur à la rentrée 2001.
[3] Lire l’article du Monde daté du 9/04/2001, « Europe : l’horizon 2004 se précise pour l’élargissement à l’Est », Henri de Bresson et Martin Plichta..-
[4] Lire l’article du Monde daté du 8-9/07/2001, « L’incertaine perspective d’un référendum sur l’Euro », Patrice Claude.
[5] Voir l’article de Christian Schulz, Les « Eurorégions » : l’exemple Sarr-Lor-Lux », Problèmes économiques, 19/04/2000.
[6] Voir 2.
[7] A. Ait Oumeziane, « Le Pôle Européen de Développement des trois Frontières », Annales de géographie N°611, 2000.
[8] Il est demandé d’étudier « la région où vivent les élèves » (BO du 29 juin 1995). Le projet du nouveau programme de première préconise d’étudier « de préférence la région administrative où se situe le lycée ».
[9] Ce type de documents figure en nombre dans les manuels de première (mais voir en particulier le manuel publié chez Magnard aux pages 187, 193, 241, 273, 283…).
[10] Les méthodes mises en place ici le sont dans le cadre de l’apprentissage du croquis de géographie, épreuve de géographie du baccalauréat (BO du 20 mars 1997).