environnement, milieu, géosytéme

 

 

 

 

 

            L’objet de ce texte est de clarifier le contenu de la notion d’environnement au cœur du programme de seconde.  Les deux autres notions proposées ne sont là que pour éclairer, par comparaison, le contenu de cette notion. Réfléchir à ces trois notions conduit à poser la question des relations des sociétés humaines avec « la nature ». La notion de géosystème a un contenu précis et limité et gravite uniquement autour de cette question. Les notions de milieu et d’environnement sont à géométrie variable. Elles débordent, dans leur sens le plus large, la question des rapports société-nature. Elles peuvent avoir des sens synonymes. Pour aller du plus simple au plus complexe, nous commencerons par rappeler ce qu’est un géosystème.

 

1.      Géosystème 

 

Etudier un géosystème c’est étudier un espace. Il s’agit d’une unité spatiale, formée par un ensemble, plus ou moins en équilibre, d’éléments du climat,  des eaux, du sol, de la végétation et du relief  qui constitue le milieu physique (pour faire bref, la nature). Cependant, à la différence de l’approche de certains écologues qui ont tendance à considérer l’homme comme un élément perturbateur des écosystèmes, les géographes considèrent que  les sociétés humaines sont partie prenante et souvent même au cœur des géosystèmes. Un géosystème comporte donc toutes les actions passées et présentes des hommes sur ce milieu. L’ensemble des éléments (physiques et humains) forment donc un  système dont il s’agit d’analyser les interactions et les dynamiques.

 

 

1.      Environnement et milieu naturel dans le sens le plus étroit 

 

Etudier un environnement c’est étudier une relation. Pour Y. Veyret, l’environnement « traite des relations existant entre les sociétés et leur cadre physique, de la place des facteurs naturels dans l’aménagement à différentes échelles spatiales ».[1] Elle écrit plus loin que  ce terme « désigne les relations d’interdépendance qui existent entre l’homme, les sociétés et les composantes physiques, chimiques, biotiques du milieu en intégrant aussi ses aspects sociaux, économiques et culturels ».

Ici est utilisé le mot milieu dans son sens le plus étroit ( « milieu naturel ») : il est ce support qui  fournit des ressources aux sociétés, leur oppose des contraintes ou les soumet à des risques. Lorsque le géographe travaille sur un géosystème, l’objet de sa recherche est un espace où sont en interaction des faits naturels et humains. Lorsqu’il travaille sur une question d’environnement, son regard se porte sur les rapports des sociétés avec un espace où la « nature » joue encore un rôle. Mais de quelle nature parlons-nous ?

            Tous les géographes aujourd’hui insistent sur les faits qu’il n’existe pas de « milieu naturel »  ou de « données de l’environnement » en soi. « Il n’y a dans les milieux ni intrinsèque, ni absolu, ni  universel »[2]nous dit A. Berque. Un versant en pente forte n’est pas un milieu ou une donnée de l’environnement, il ne le devient que lorsqu’on l’envisage par rapport à un lieu, une activité humaine (l’agriculture…ou le ski), une société et les moyens dont elle dispose. Enfin, il n’existe plus de lieu, sauf à grande échelle peut-être, qui ne soit  un tant soi peu marqué par l’action humaine. L’adjectif naturel perd donc une grande partie de son sens. 

            Lorsque les instructions officielles du  programme de seconde définissent l’environnement comme « milieu physique aménagé », elles utilisent la notion d’environnement dans le sens étroit que nous venons de cerner.

 

 

3.            Environnement et milieu dans le sens le plus large : cadre de vie des sociétés humaines

 

Dans un sens plus large, l’environnement comme le milieu est ce qui entoure un lieu. Il est ce qui constitue le cadre de vie[3] des sociétés humaines. Ces deux termes incorporent donc, outre des éléments « naturels », les équipements variés que les sociétés ont introduits (habitats, usines, voies de communications, espaces cultivés etc.). Cet environnement, de ce fait, agit plus ou moins sur les sociétés. Il a une dimension matérielle, physique. Conçu en ce sens, les notions de milieu et d’environnement privilégient les relations verticales, celles d’une société avec l’espace construit où elle vit. C’est ainsi, par exemple,  que l’environnement est  défini par la Communauté Européenne comme  « ensemble des éléments qui dans la complexité de leurs relations constituent le cadre, le milieu et les conditions de vie pour l’homme ».

Lorsque les instructions officielles du  programme de seconde signalent que ce que les sociétés « ont construit participe aussi à l’environnement en tant que milieu aménagé », elles utilisent la notion d’environnement dans le sens plus large dont il vient d’être question.

 Cependant, dans un sens plus large encore, l’environnement  incorpore la dimension culturelle. Vivre dans un pays de culture animiste ou circuler dans un pays où les voitures roulent à gauche constitue des éléments culturels de l’environnement  définis comme « cadre de vie » d’un lieu. Cet environnement peut comporter des lieux à forte valeur symbolique pour la culture d’une société (et qui constitue son patrimoine). La présence à Berlin des héritages de l’histoire (qu’il en reste ou non une trace matérielle : le mur, le Reichstagg, les locaux de la Gestapo etc.) font partie de son environnement.

Ainsi, l’environnement est , dans ce sens, le cadre de vie matériel et culturel que les sociétés humaines ont construit  au cours de l’histoire et que le géographe peut étudier.

 Il est enfin, un ensemble perçu et représenté. Les perceptions et représentations de l’environnement d’un lieu donné sont fonction du groupe social, ou de  la culture de celui qui s’exprime. Ainsi,  le géographe peut penser que l’environnement des populations andines de Colombie est une montagne tropicale, alors que ces mêmes populations ne se perçoivent pas comme vivant dans un environnement montagnard (et à fortiori tropical). Il est connu que les populations amazoniennes ont beaucoup plus de mots pour qualifier les couleurs vertes de leur environnement que nous. Les montagnards ont beaucoup plus d’adjectifs à leur disposition  pour qualifier les différentes sortes de neige que n’en ont les Marseillais. A Berlin, les Wessis et les Ossis n’ont pas la même perception des héritages qui font partie de leur environnement. A Montréal, le mont Royal, espace paysager construit à grands travaux, au XIX° siècle,  dans le souci d’imiter les paysages de montagne est devenu dans l’imaginaire de beaucoup d’habitants de la ville un espace « naturel ».

 A leur tour, ces représentations de l’environnement  peuvent avoir une influence sur les aménagements mis en œuvre par les sociétés. A Montréal, par exemple, la pression des associations environnementales pousse les autorités locales à préserver le Mont Royal et à le rendre à «la vie sauvage».

 

Environnement et milieu dans le sens le plus large : espace

 

Lorsque l’environnement  devient tout ce qui nous (société)  entoure et agit sur nous et relève de notre cadre spatial (relation verticale) et aussi ce qui nous vient des espaces  extérieurs (relation horizontale), alors,  le mot environnement n’est plus très éloigné du mot espace. Il est alors l’espace vu du lieu dont on parle. Ce sens très large ne semble pas celui du programme de seconde.

 

 

Groupe de développement géographie - IUFM d'Aix-Marseille - 17 12 2001



[1] Y Veyret : Géo-environnement, Sedes, 1999, p.5

[2] A. Berque : Médiance, de milieux en paysages, Belin, 2000

[3] On sait qu’un cadre peut être rigide.  Attention à une possible dérive déterministe dans l’utilisation de ce mot.