Séance « Comment gérer le risque à l’échelle de Séchilienne ? »

 

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 Programme de seconde

 

 

 Etude de cas

 

 

 

            Dans les travaux que présentent beaucoup de nos élèves en géographie, les acteurs qui ont aménagé l’espace sont souvent absents. La séance présentée ici à l’intérêt de permettre aux élèves d’identifier les acteurs à l’œuvre dans la gestion d’un risque. Plus encore, elle les invite à « se mettre dans la peau » d’acteurs qui ont des perceptions différentes du risque et des intérêts divergents. Cette séance a été proposée par C. Meyer qui nous autorise à la reproduire et nous l’en remercions. 

 

I/ Insertion de la séance dans la séquence :

 

Dans la séquence sur la question des risques qui a été construite, les trois premières heures sont consacrées à l’étude de deux cas de glissement de terrain : Séchilienne en France (2 séances) et Tegucigalpa (au Honduras).

La première séance présente le risque à Séchilienne. Les élèves prennent connaissance du scénario à partir d'une photographie du versant instable surplombant la vallée de la Romanche et des documents suivants.

 

§         Photographie du versant instable de Séchilienne et de la vallée menacée

§         Extraits de l’article « Séchilienne, un risque imminent ? », dans Aléas et enjeux n° 2, 2003

§         Carte représentant Séchilienne et l’agglomération grenobloise avec ses usines chimiques.

 

Une partie, voire la totalité, du versant menace de s'effondrer. Ceci entraînerait la destruction de la route nationale en contrebas, la formation d'un barrage dans le lit de la Romanche provoquant une inondation du hameau de l'Île­ Falcon, si celui-ci n'a pas déjà été détruit par le glissement de terrain. Cette séance permet de construire la notion de risque comme combinaison d'un aléa (le glissement de terrain) et d'une vulnérabilité (la route nationale, le hameau et ses habitants).

 

II/ Description de la séance n°2 :

 

La séance 2 se propose de répondre à la question suivante : Comment gérer le risque à l'échelle de Séchilienne ?

Le cours débute par la formulation de la question à laquelle on se propose de répondre pendant l'heure : Comment gérer le risque à Séchilienne ? Il est immédiatement préciser que gérer le risque signifie « faire en sorte que le risque garde son caractère potentiel et ne devienne pas catastrophe ».

Pour répondre à cette question, il convient de rappeler la définition de risque et le scénario possible dans la zone de Séchilienne. On met ainsi en évidence le fait que pour éviter que ce risque ne devienne une catastrophe, on peut agir soit sur l'aléa (glissement de terrain), soit sur la vulnérabilité (le hameau, ses habitants et la route nationale). Les élèves sont invités à imaginer des solutions. Leurs propositions sont inscrites au tableau. Une mise en activité permet de connaître quelles ont été les mesures effectivement prises, à partir des documents suivants :

 

§         Extrait de l'article de B. Monnet, « Prévenir le risque », Aléas et enjeux n°2, 2003.

 

 

 

 

 Durant la mise en commun, on confronte les propositions des élèves à ces mesures.

Suit une phase de cours dialogué durant laquelle on classe les différents types de mesures prises. On distingue ainsi la protection (construction de la butte, déplacement des populations du hameau), la prévision (pose de capteurs permettant de prévoir le glissement de terrain) et la prévention qui consiste à informer la population de la conduite à tenir en cas de réalisation de l'aléa.

 

Dans un second temps de la séance, on s'intéresse au jeu des acteurs dont résulte cet ensemble de mesures. Les élèves relèvent dans les documents de travail proposés tous les acteurs concernés par la gestion du risque. On en distingue trois catégories

- les habitants du hameau

- les experts

- l'Etat et ses représentants aux différents niveaux du territoire (le maire, le préfet)

 

L'avis des élèves quant aux relations entre les différents acteurs est alors sollicité : Collaborent-ils ? Les mesures sont-elles faciles à appliquer ? etc. Selon la majorité de la classe, ces acteurs s'entendent plutôt bien puisqu'ils poursuivent le même but.

 

Afin que les élèves appréhendent la complexité du jeu des acteurs, deux photographies sont projetées. On peut y voir les panneaux qui sont apparus dans les rues de l'Île-Falcon après que le maire ait informé les habitants de l'expropriation. Quelques extraits du Dauphiné libéré sont lus. Ils reflètent le mécontentement des habitants touchés par la mesure d'expropriation, leur attachement au territoire, leur perception du risque. Un des habitants explique : « Je suis né au pied de la montagne. J'ai toujours vu débouler des rochers ». Un autre s'en prend aux « énarques qui ne savent pas ce que c'est que de construire une maison de leurs mains ... Ils peuvent garder leur argent. Dans un HLM, j'irai pas. Quand on a jamais vécu en ville, on ne peut pas y vivre ».

 

Ces documents remettent en cause la première opinion des élèves. Ces derniers réalisent que les différents acteurs n'ont pas la même perception du risque, ce qui complique d'autant la gestion de ce risque.

 

Afin qu'ils s'emparent de cette nouvelle donnée du problème, un travail à la maison est demandé. Une moitié de la classe doit écrire au nom du maire aux habitants du hameau pour les informer du risque encouru et de la décision d'expropriation. La seconde moitié de la classe doit se mettre à la place d'un habitant du hameau qui réagit à l'annonce de l'expropriation. Les consignes suivantes ont été données aux 2 groupes :

 

Groupe 1 : Au nom du maire, écrire aux habitants de l’Île-Falcon pour leur demander de quitter les lieux. Dans cette lettre, vous devez :

§         exposer le risque encouru par les habitants de ce hameau (il est inutile d'évoquer le risque pour l'agglomération grenobloise)

§         faire mention de la loi Barnier (loi du 2 février 1995 sur l’environnement qui institue les Plans de prévention des risques naturels).

 

Pour cela, aidez-vous de l'ensemble des documents étudiés pendant les deux heures de cours.

 

Groupe 2 : Vous êtes un habitant de l'Île-Falcon. Vous avez été prévenu de votre expropriation en raison du risque de glissement de terrain qui menace le hameau. Imaginez votre réaction face à un journaliste qui viendrait vous interviewer. Votre réponse doit montrer quelle est votre perception du risque. Pour cela, aidez-vous des documents ci-dessous.

 

III. Bilan : comment les élèves ont été amenés, à travers cet exercice,  à s'emparer d'un problème géographique :

 

Les élèves se sont emparés du problème posé dans le cadre de l'étude de cas en endossant successivement le rôle des différents acteurs intervenant dans la gestion du risque. Ils ont été sollicités en début de séance pour imaginer des mesures destinées à gérer le risque de glissement de terrain. Ils ont donc été placés en position d'experts. Il s'agissait pour eux de bien identifier les enjeux menacés par l'aléa. Cet exercice oral a été l'occasion de revoir les notions de vulnérabilité et d'aléa.

 

Le travail demandé en fin de séance impliquait de se mettre à la place du représentant de l'Etat dans la commune pour le premier groupe, et des habitants du hameau pour le second. Il a permis de saisir une donnée essentielle de la gestion du risque : le jeu des acteurs, qui n'ont pas tous la même perception du risque. Lors de la séance suivante, dix minutes ont été consacrées à la lecture et aux commentaires de quelques travaux. Ces travaux auraient aussi pu faire l'objet de saynètes.

 

Avec plus de temps, il aurait été intéressant de consacrer un moment du cours à la dualité du rôle du maire. Représentant de l'Etat chargé de faire exécuter l'ordonnance d'expropriation, le maire est à la fois un homme politique soucieux de l'opinion de ses électeurs. Il faut en effet savoir qu'en 1999 la municipalité de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne a présenté une requête au Conseil d'Etat pour demander l'annulation de la décision d'expropriation, et que, par la suite, le maire a contesté l'estimation des biens de la commune auprès du juge des expropriations.