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Les
enjeux de l’élargissement de l’Union européenne(U.E.) Compte
rendu de la conférence donnée par Roger BRUNET, le 7 avril 2004,à
l’initiative du Groupe de développement de la géographie de l’IUFM
d’Aix-en-Provence. |
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Introduction
Étudier
l’espace européen demande quelques précautions. Il convient d’avoir à
l’esprit trois limites : - Les
programmes et leur esprit accordent une large part à une macrogéographie
(avec des questions portant sur de grands espaces) s’orientant vers des
considérations d’ordre économique et politique plus que géographique, avec
les risque de discours généraux, superficiels et oublieux des réalités
géographiques. - L’état de
l’information sur l’U.E. pose problème. En effet, cet ensemble est composé de
25 États (au 1er mai 2004) qui ont chacun leur propre système de
production statistique. EUROSTAT a du mal à coordonner et à diffuser les
données sur l’U.E. Les statistiques sont peu nombreuses et pas toujours
fiables ou comparables. - Il faut
éviter le piège de la cartographie simplifiée, sans règles, aux contours
arbitraires. La réflexion doit s'appuyer à la fois sur de «vraies» cartes
précises et détaillées, et sur des représentations modélisées susceptible de
permettre leur interprétation et les vérifications réciproques. |
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I /
Implications et apports de l’entrée de 10 nouveaux États : les données
chiffrées
75
millions d’habitants en plus soit une
augmentation de 19% ; l’U.E. comptera 455 millions d’habitants. + 23% de
superficie + 4,5% de
PNB, soit environ 410 milliards de $ par an (le PNB total des 10 nouveaux est
inférieur à celui des seuls Pays-Bas) La densité
presque inchangée : environ 100 hab./km2 Le premier
problème est donc l’inégalité de richesse, avec des différences considérables
de PNB. Parmi ces
10 nouveaux membres, un « poids lourd » : la Pologne, qui
représente à elle seule, 52% de la population des 10 nouveaux, 42% de la
superficie et 44% du P.N.B. |
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II
/ L’entrée de nouveaux pays soulève une série de problèmes
1 – La
diversité culturelle Neuf
nouvelles langues sont désormais utilisées en Europe, de groupes aussi
différents que le finno-ougrien (Hongrie et Estonie), le balte (Lettonie et
Lituanie), le slave (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie) ; plus le
maltais, voire le turc pour une partie de Chypre… Cela pose un problème
certain de fonctionnement des institutions et de coût. La
diversité religieuse est aussi accrue, mais dans une moindre mesure, avec
deux États très catholiques (Pologne, Malte), quatre à majorité catholique
mais moindres pratiques (Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Lituanie), 3 partagés
avec une part non négligeable de protestants et d’orthodoxes et des pratiques
faibles (Tchéquie, Estonie, Lituanie), 1 divisé entre orthodoxes et musulmans
(Chypre). Cela n’introduit rien de bien neuf, sinon quelques intégrismes
locaux et une revendication supplémentaire d’inscrire le christianisme dans
la constitution européenne (Pologne)…. L’entrée
des 10 élargit la diversité culturelle par les modes de comportements a) la
relation particulière avec l'Allemagne de bon nombre des nouveaux entrants
(Pologne et Tchéquie surtout) est un sujet de méfiance et d’éventuelles
tensions ; ils souhaitent affirmer leur souveraineté, se méfient de
l’hégémonie de l'Allemagne au centre de l’UE, se souviennent des modifications
de territoires et des «personnes déplacées» de 1945 ; il existe toujours
quelques frictions du côté des Sudètes par exemple ; b) la
tradition démocratique est récente ou fragile dans certains pays, en tous cas
inégale ; d’anciens dirigeants douteux sont réélus (Meciar en
Slovaquie), le président de la Lituanie se fait virer pour relations
mafieuses, le populisme fait recette ; c) les
tentations communautaristes sont fréquentes, en raison de longues dominations
historiques des puissances (Russie, et avant Prusse et Empire autrichien) sur
des peuples diversifiés avides d’identité : problèmes de minorités
actives comme les Russes des pays baltes, qui représentent par exemple en
Lettonie plus de 30% de la population ;
minorités bohémiennes ou tsiganes, en Hongrie et en Slovaquie par
exemple ; minorité hongroise en
Slovaquie et en Roumanie ; antisémitisme latent en Europe
centrale ; division de Chypre, dont la partie grecque refuse le projet
de constitution arbitré par l’ONU et soutenu par l’UE. 2 - La
question démographique Le taux de
croissance démographique était encore élevés pour ces 10 entrants il y a 25 à
30 ans, avec des taux de fécondité en 1980 entre 2,2 et 4 enfants par femme.
Aujourd’hui, leur fécondité s’est rapprochée de celle de l’Italie et de l’Espagne
du sud ; la Pologne a même un taux de fécondité inférieur à celui de
l’Europe du nord et ce sont la France et le Royaume-Uni qui ont les taux les
plus élevés de l’UE à 25 si l'on excepte Malte et Chypre. L’apport de
population nouvelle tend donc plutôt à un affaiblissement de la démographie
générale de l’UE, et accentue la différence entre les deux rives de la
Méditerranée. 3 – Les
problèmes d’environnement Les
entrants apportent avec eux des problèmes de pollution assez lourds, liés à
la présence de vieux bassins industriels comme ceux de République tchèque ou
de la Silésie au sud-ouest de la Pologne, et des méthodes d’exploitation
imposées par l’ancien système prosoviétique. Se posent aussi des problèmes de
sécurité avec des centrales nucléaires héritées de la période
soviétique : une en Hongrie, deux en Tchéquie, deux en Slovaquie, une en
Slovénie et surtout celle d’Ignalina en Lituanie, qui est de type
"Tchernobyl" (filière RBMK à eau bouillante et graphite). 4 –
Problèmes posés par les différences d’organisation administrative D'un État
à l'autre, les structures administratives sont très hétérogènes, et
instables. La Pologne a encore fait une réforme, passant à 16 régions
(voïévodies) et 350 districts ; en Hongrie, seulement deux échelons existent,
l’État et les collectivités locales, l’échelon intermédiaire étant plus ou
moins dépossédé. Mais après tout ce n’est pas pire que dans l’ancienne UE. La notion
de région, n’englobe ni les mêmes réalités, ni les mêmes principes de
fonctionnement d’un État à l’autre. On voit
mal comment pourrait se construire rapidement une «Europe des
régions». 5 – Le
développement économique en question Le RNB
(revenu national brut) moyen des nouveaux pays correspond au quart de celui
des 15 (5 500 dollars par habitant contre 23 000), et même pas à la moitié si
l’on tient compte des parités de pouvoir d'achat (12 000 contre 26 000). Les
nouveaux entrants doivent donc multiplier leur production par 4 (de 410 à
1 700 milliards de dollars) pour rattraper leur retard de développement,
ce qui signifierait produire l'équivalent de l'économie française ou
italienne ! Il y faudra quelque temps… Cependant,
la situation est différente selon les nouveaux adhérents. Les inégalités de
produits et de revenus sont sensibles. La Slovénie est parvenue au niveau du
Portugal ; Pologne, Tchéquie et Hongrie viennent ensuite ; la
Slovaquie est plus loin, les pays Baltes, qui furent incorporés à l’URSS et
fort exploités, encore plus loin. Si la Pologne et la Tchéquie ont une
véritable culture industrielle, qui était au niveau des pays de l’Europe de
l’ouest en 1940, d'autres ont des structures qui posent un problème pour se
développer. Les
différences structurelles sont également fortes. Certains pays ont des taux
de chômage élevés (20% en Pologne, 18% en Slovaquie). La place de
l’agriculture paysanne est lourde en Pologne, qui compte encore de 2 à 3
millions d’exploitants (contre environ 500 000 pour la France) soit plus que
l’ensemble de l’UE à 15. Cela entraînerait un sérieux choc pour la PAC si,
prudente, l’UE ne s’était donné jusqu’à 2013 pour harmoniser les niveaux de
subventions. |
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6 – De nouveaux concurrents
pour l’Europe occidentale Le niveau
de salaire est bas chez les nouveaux entrants : à titre de comparaison,
la moyenne des salaires industriels (cadres compris, charges incluses) est de • 40 000
euros/an au Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas • 30
000 en France et Italie • 17
à 18 000 en Espagne, Grèce et Portugal • 6 à 7
000 en Pologne et Hongrie • 4 600 en
Slovaquie • et par comparaison
1 600 en Bulgarie. Ces
différences entraînent des investissements étrangers et des transferts
massifs. Le phénomène ne concerne pas
que les sociétés européennes, mais aussi les japonaises ou américaines. Les
politiques des nouveaux États adhérents favorisent ces «IDE». Ainsi, la
Slovaquie offre des terrains et 15% des investissements, d’où l’implantation
d’une usine Peugeot (Trnava), mais aussi de Skoda-Volkswagen (Malacky près de
Bratislava), Hyundai-Kia (Zilina), Samsung (à partir de l’Espagne et du
Royaume-Uni) ou encore Arcelor (également à Malacky). Or, étant donné le taux
de chômage, elle est en mesure de fournir aisément les masses de travailleurs
requis par de nouvelles implantations lourdes. On se plaint déjà en France de
transferts (alias «délocalisations») vers ces pays, qui entraînent des
suppressions d’emploi et pas seulement l’exportation de «nouveaux» emplois de
croissance… Et l’on apprend ces jours-ci que Gillette transfère sa production
du Royaume-Uni vers Lodz en Pologne (1 100 ouvriers). |
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7 – Les
risques d’affaiblissement de l’Europe sociale L’Europe
sociale n’est certes pas brillante. Mais l’arrivée de ces dix payas ne va pas
améliorer la situation. Ils n’ont aucune tradition consistante de
social-démocratie, de redistribution, de discussions avec les syndicats, d’où
le développement d’un libéralisme effréné, copié sur le modèle américain.
D’ailleurs plusieurs pays, la Pologne en tête, font plus confiance aux
États-Unis qu’à certains voisins comme l’Allemagne, ainsi que l’ont montré
les événements d’Irak. Ajoutons
que Malte et Chypre sont des paradis fiscaux, même si Malte prétend s’en
dégager. Chypre sert depuis longtemps (depuis le début des années 1980 et la
péréstroïka) de lessiveuse à l’argent mafieux russe. Ce pourquoi Chypre
apparaît dans les statistiques comme le 2e ou 3e
investisseur en Russie, au même niveau que les États-Unis ou
l’Allemagne ! 8. Le
ralentissement de l’intégration territoriale Cette intégration a d’autre part
un coût élevé et pèsera sur les choix d’aménagement. L’effort va porter sur
le rattrapage des niveaux de vie et de services. Ces pays ont de lourds
déficits dans les systèmes scolaires et de santé par exemple. Et trop
d’installations et d’équipements y sont vétustes. On va retrouver alourdies
les charges qui furent celles de l’intégration de l’Allemagne de l’Est, qui
d’ailleurs n’est pas achevée. Or une intégration efficace des pays de l’UE
passe par une sérieuse amélioration de ses réseaux de transport et de leur
interconnexion, ainsi que dans la suppression physique de ruptures et
d’obstacles frontaliers : c’est ce que l’on peut appeler l’intégration
territoriale. Elle exige notamment une politique de «grands travaux» et
d’équipement des «maillons manquants», qui sont nombreux ; or déjà les plans
de l’UE à 15 dans ce domaine ont été retardés ; il est à craindre que
les choix d’aides et d’investissements ne retarde encore plus les efforts
d’intégration territoriale. |
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III /
Qu’apportent les nouveaux adhérents à l’UE ? 1 – Des ressources nouvelles ? Ils
apportent plus de plaines que de montagnes, mais des espaces relativement
cloisonnés, et assez vides et peu productifs au Nord-Est. Ils
n’apportent guère de ressources nouvelles ou originales. Les ressources du
sous-sol sont faibles ou épuisées et les spécialités agricoles limitées,
comme les vins de Tokaj en Hongrie. L’apport
touristique est en revanche plus intéressant avec des espaces recherchés
comme la Slovénie, ou Chypre, avec tous les attraits climatiques et
balnéaires, ou encore des villes chargées d’un riche passé comme Prague ou
Budapest, nouvelles grandes destinations touristiques en Europe. 2 –
Quelques ensembles urbains non négligeables et prometteurs Ces 10
États comptent de grands ensembles urbains avec des villes millionnaires comme
Riga, Varsovie, Prague, Budapest, situées
au cœur de bassins cloisonnés ; les agglomérations de Lodz,
Poznan, Cracovie, Katowice, Wroclaw sont également millionnaires. L’ensemble constitue un réseau
moins intégré que celui de la mégalopole européenne. Cependant, les
dynamiques actuelles font apparaître des mouvements d’intégration avec par
exemple un axe fort d’échanges et de migrations qui se met en place entre
Vienne, Bratislava et Budapest ou entre la frontière polonaise et tchèque
autour d’Ostrava ; quant à Helsinki, elle fonctionne déjà en binôme avec
Tallinn, comme Trieste soutient le développement de Ljubljana et Maribor. |
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3 — L’extension du treillage européen Ainsi, de
grands axes de communication sont en train de se développer : a) trois ou
quatre relations longitudinales • une
Via Baltica de la Finlande à Berlin par es États Baltes et le nord de la
Pologne • l’axe
des Silésies et du piémont septentrional des Carpates en Pologne • l’axe du
sud des Carpates, intégrant Vienne, Bratislava et Budapest et prolongé vers
Debrecen et l’Ukraine • une
esquisse Trieste-Slovénie-Zagreb b) un
puissant axe méridien, en fait parallèle à la dorsale européenne et
symétrique de Paris-Lyon-Marseille, passant par Hambourg, Berlin, Dresde,
Prague, Vienne et de là vers les Balkans et la Grèce ; c) en
revanche, la vieille voie du Danube est encore loin de l’intégration,
morcelée en des «régions» distinctes et ses trafics sont surtout
locaux : d’une part la Roumanie n’est pas encore dans l’UE, d’autre part
le Danube a le grand tort de passer en Serbie. |
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4 – Les
limites et les incertitudes La
nouvelle frontière de l’UE à l’est pose des problèmes, dont certains assez
difficiles. a) la
frontière avec la Russie s’est allongée avec l’intégration de l’Estonie et de
la Lettonie… b) et
compliquée du fait de l’intégration de la Lituanie et de la Pologne, qui a
créé l’enclave de Kaliningrad, source de nouveaux problèmes et obstacle aux
routes c) une
frontière est créée avec la Biélorussie (trois États de l’UE, Lettonie,
Lituanie et Pologne), pays qui n’est pas un modèle de démocratie et de
développement d) une
autre avec l’Ukraine, sans doute plus perméable mais, de ce fait, lieu de
passage de quantité de travailleurs et de petits marchands, et bien entendu
de contrebandes ; or l’Ukraine a une frontière commune avec trois pays
de l’UE (Pologne, Slovaquie, Hongrie). e) une
frontière commune avec la Serbie, sujet de souci sinon, pour le moment, de
véritables frictions, et qui ne concerne que la Hongrie. f) un
problème non réglé : celui de la coexistence des deux communautés qui
divisent l’île de Chypre, officiellement passée en entier dans l’UE, sans que
le statut de la partie turque ait été réglé. |
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IV/ Reconsidérer l’espace européen et mettre en place l’organisation
territoriale de l’UE à 25 1.
Réexaminer les cartes de base Il faut
maintenant apprendre à raisonner dans et sur un nouvel espace, défini par de
nouveaux contours, ce qui suppose de se procurer ou de confectionner de
nouvelles cartes. Des journaux et des sites Internet en ont publié, des
statistiques existent. Sans cartes un peu précises et détaillées, pas de
réflexion sérieuse. Par exemple, les cartes de base de la population, du
relief, des valeurs ajoutées montrent bien • la
puissance et la densité de l’Europe du Nord-Ouest • la
réalité de la dorsale européenne (Mégalopole) • le fort
peuplement au contact des montagnes d’Europe centrale et de la grande plaine
d’Europe du Nord (riches Börde agricoles et bassins industriels) •
l’originalité, presque la redécouverte d’une Europe centrale de longue
tradition culturelle et historique, que l’on avait perdue de vue dans une
vague «Europe orientale» longtemps soviétisée, et qui a pris de lourds
retards •
l’existence de fortes inégalités internes et de périphéries nouvelles en
situation difficile (Pologne du Nord-Est et Lituanie, Slovaquie orientale,
etc.). |
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2.
Observer les grandes dissymétries Il n’est
pas mauvais de se souvenir de quelques grands principes d’opposition en
Europe : la figure jointe en résume quelques-uns, tels que • des
dissymétries nord-sud : richesse des ménages, protection sociale,
démocratie contre pauvreté et inégalités ; températures, et de ce fait
mouvements touristiques et différences agricoles ; reliefs, de l’Europe
des plaines à celle des montagnes méridionales et, de ce fait, différences
(inverses) d’abri et de facilités de circulation ; • des
dissymétries est-ouest : dans les niveaux de développement et les
résultats économiques ; dans les vents, les précipitations et la
«continentalité», qui pèse sur les conditions de vie ; dans les
ouvertures maritimes ; • une
dissymétrie centre (Nord-Ouest de l’Europe)-périphéries • une
double dissymétrie par rapport à la mégalopole européenne • une
dissymétrie des rivages : mer d’apparence fermée au nord, en fait très
ouverte en tous sens (Baltique), avec des forts échanges entre
riverains ; au sud mer de forme fermée mais très traversée grâce aux
passages de Gibraltar et de Suez, mais en fait semblant indiquer une rupture,
ou une barrière, fortement accusée, avec de relativement faibles échanges
nord-sud, et une certaine défiance. |
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3. Situer
les quatre principes d’organisation fondamentaux Ce qui
précède montre des tendances : ce qui suit correspond à des figures
concrètes de leur réalisation. Je me contenterai de rappeler ici ce que j’ai
déjà essayé de montrer ailleurs (cf. « Les lignes de force de l’Europe», Mappemonde,
66, 2002, p. 14-19 et manuels de Première et de Terminales chez Bréal), et
qui me semble fondamental : •
l’émergence et le poids des métropoles, et leur capacité à organiser des
aires d’attraction distinctes (métropolisation) • l’anneau
des villes riches et centres de décision du Nord-Ouest (le Ring) • la
Dorsale ou mégalopole • le
treillage de base des grands axes transeuropéens |
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4. Repérer
les lieux à problèmes Certains
lieux posent des problèmes
particuliers dans cette UE à 25 : -
Les passages obligés et points de charnières, tels que les
détroits, objets stratégiques convoités et difficiles à gérer, lieux de
situations internationales originales : Gibraltar et pas de Calais, mais
aussi Sund au bout de la Baltique, détroits d’Otrante et de Sicile (et leurs
émigrants clandestins), Bosphore-Dardanelles ; plus les passages
continentaux à problème d’aménagement ou de maîtrise : traversées des
Pyrénées et des Alpes, Ostrava, traversées des Carpates entre Slovaquie et
Pologne et entre Slovaquie et Ukraine, postes frontières à l’est de la
Pologne, accès (pour les Russes) et contournement (pour les pays européens)
de l’enclave de Kaliningrad, traversée du golfe de Finlande, etc. -
L’existence de zones franches et paradis fiscaux dont
l’Europe est friande (Chypre, Malte, Saint-Marin, Campione d’Italia, Monaco,
Andorre, Liechtenstein, îles Anglo-Normandes, Man, etc., et aussi le
Luxembourg, bien plus que l’apparence de la Corse, zone franche mais pas
vraiment internationale… -
Les ententes transfrontalières qui commencent à fonctionner
à des degrés très différents : Euro régions comme celle qui s’esquisse
entre Budapest et Vienne ou comme ALMA (Aix–Liège-Maastricht, Saarlorlux ou
le Pays de Bâle, qui commence par un «tramway» international. -
Les lieux de reconversion difficile (Borinage, Sarre,
Leipzig-Dresde, Silésie) ou de dépollution nécessaire (des lisiers de
Bretagne à Ignalina…). -
Les «angles morts» et aires de dépression persistantes,
comme une grande partie de l’Italie du Sud, certaines campagnes polonaises,
l’extrême Nord arctique, voire certains territoires d’outre-mer relevant de
plusieurs pays européens. À quoi
s’ajoute évidemment la question des limites : Turquie ou non, Maroc ou
non, et jusqu’où vers l’est ? Sachant que les prétendues explications
«géographiques» (c’est-à-dire bien sûr «naturelles») des uns et des autres,
émises par des personnalités politiques ou des médias, sont absolument dépourvus
de la moindre valeur. |
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5. Évaluer les dangers internes
et externes Un danger
vient de l’affaiblissement des solidarités internes des Etats : la
montée des égoïsmes des riches devant les demandes de redistribution des
pauvres, forcément «coupables» de leur pauvreté. Ainsi, la Padanie, ou les
Flandres qui – au delà de leur revendication d’autonomie - souhaitent éviter
des transferts de richesses, pourtant modérés, et remettent en cause les
solidarités territoriales. Or plus les régions seront autonomes, mieux les
riches progresseront et plus il y aura d’inégalités ; c’est un danger de
certaines formes de «décentralisation» strictement administrative. Et des
solidarités de riches apparaissent ; comme l’entente de ces quatre
régions (Catalogne, Rhône-Alpes, Lombardie, Bade-Wurtemberg), qui se nomment
sans modestie «les quatre moteurs de l’Europe». Pour le
moment, les différences entre régions se sont plutôt atténuées dans l’Europe
des 15, grâce aux progrès des pays les moins développés et aux redistributions ;
mais en même temps les différences
sociales s’accusent entre les
personnes et entre les quartiers des villes ; elles risquent d’opposer
aussi les régions dans l’avenir. -
Le problème le plus inquiétant est sans doute dans la
stagnation et l’enlisement des coopérations avec le sud de la Méditerranée,
creusant les inégalités entre les deux rives, attisant les
discordances ; d’où l’intérêt d’une telle question introduite dans les
nouveaux programmes de Terminale — tout à la fin : espérons que les
professeurs iront au bout. |
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