Professorat des Ecoles 1ère et 2ème année

 

 Le XIXe siècle

(1815-1914)

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« Les difficultés de la République à s’imposer en France : un combat politique de plusieurs générations ».

 

I/ Le thème d’étude et sa problématique :

a) Le sujet

 

Très beau sujet qui touche aussi à l’éducation civique ! En effet, dans le nouveau programme (p. 71 du B. O. N° 1, 14/02/2002), l’élève doit « comprendre ce que signifie appartenir à une nation démocratique ». Surtout, « l’installation de la République au XIXe s. conduit l’élève à réfléchir sur la différence entre monarchie et république et sur l’émergence du suffrage universel. […] Il apprend que, même si la réalité n’est jamais entièrement conforme à l’idéal, celui-ci doit continuer à être affirmé pour guider les comportements et structurer l’action, à partir d’exemples historiques comme l’esclavage ou l’inégalité entre les hommes et les femmes ».

A partir de 1900, l’immense majorité des Français sont républicains ou acceptent la République. Si l’on excepte la période du régime de Vichy (1940-1944), la France [depuis 1875] est restée une République. Mais de 1792 à 2003 : on compte cinq républiques pour une République ! Pourquoi le pluriel et  le singulier ?

La 1ère République naît le 22 septembre 1792 mais elle « n’entre au port » (F. Furet) qu’en 1879. De 1792 aux années 1900 - un siècle !!! - notre pays a connu de nombreux « séismes » politiques (coups d’état, révolutions, guerres civiles, crises) et des régimes politiques divers (monarchie, empire, république). Oui, la République a été un « combat politique de plusieurs générations » car elle n’a pas été acceptée de suite par l’ensemble de la Nation ! Mieux, c’est un combat qui reste d’actualité car la République est plus qu’une forme politique, c’est un idéal, une Idée qui conjugue démocratie, libertés, égalité sociale, solidarité. Un idéal parfois menacé, même aujourd’hui !  Victor Hugo écrivait en 1851 : « J’ai cru longtemps que la République n’était qu’une forme politique. La République est une idée, la république est un principe, la République est l’incarnation même du progrès ». La République, c’est aussi une « culture » politique et une idéologie qui reposent sur un certain nombre de valeurs (par ex. « Liberté, Egalité, Fraternité »). La République, c’est encore une symbolique : Marianne, le drapeau tricolore, la Marseillaise. La République s’incarne enfin dans des lieux de mémoire : Paris, le Panthéon ;  les noms des rues, des places, des écoles, etc. (Gambetta, Jules Ferry, etc.)…

b) La problématique

 

Pourquoi les idées républicaines ont-elles mis un siècle pour s’enraciner définitivement dans notre pays ? Pourquoi et comment la France est devenue, au XIXe siècle, une République démocratique et laïque ? Quels sont les principes du « modèle républicain » qui émerge entre 1880 et 1900 ? [Est-il encore d’actualité à l’aube du XXIe siècle ?]

II/ Ce qu’il faut savoir, comprendre et retenir :

 

                Sur le plan événementiel et sans entrer dans les détails de l’histoire événementielle, il est nécessaire d’avoir en mémoire la succession des régimes politiques entre 1789 et aujourd’hui.

                1° La Ière République est donc née en 1792.

 

Dans un contexte de guerre (invasion étrangère ; contre-révolution intérieure), sa naissance est associée à la volonté d’une Assemblée (La Convention) et au suffrage universel. La Constitution [démocratique] de 1793 [elle met en place un régime d’assemblée reposant sur le principe de la souveraineté populaire] ne fut jamais appliquée à cause de la guerre qui se prolonge et à cause des graves divisions politiques et religieuses qui fracturent la société française. Plus grave, cette République va être durablement marquée - dans la mémoire collective - par l’épisode de la Terreur (1793-94). Malgré le rêve égalitaire (jamais disparu)  qu’elle a fait naître, elle va être - pour longtemps - assimilée à la guillotine, au mouvement populaire (les Sans-Culottes, les Jacobins, les Babouvistes), au désordre et à l’instabilité politique (de 1795 à 1799). Le coup d’État de Bonaparte (18 brumaire an VIII, 1799) met fin à un régime déconsidéré. Cependant, un grand nombre de Français restent attachés à l’héritage révolutionnaire (au moins à celui de 1789 symbolisé par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen).

 

                2° De 1804 à 1848, La République clandestine.

 

                Pendant cette longue période, et pour les raisons indiquées précédemment, les idées républicaines ne sont partagées que par une infime minorité de Français (souvent des bourgeois aisés, humanitaires, libéraux). Les idées républicaines n’existent qu’à Paris et dans quelques grandes villes ; dans les campagnes, elles restent embryonnaires. Ainsi, lors de la Révolution parisienne de 1830 (les « Trois Glorieuses »), les républicains se sont faits « volés » la victoire par les monarchistes. Les républicains (divisés sur les moyens d’action : pacifiques ou violents) sont souvent contraints à la clandestinité. En 1835, la loi interdit l’usage même du mot « républicain » (on utilise alors le mot « radical »). D’aucuns participent à des sociétés secrètes qui préparent des insurrections mais elles échouent. Cette forme d’action violente est contestée par une partie des républicains qui préfèrent parvenir au suffrage universel par des moyens légaux. L’opposition à la monarchie censitaire de Louis-Philippe se développe à partir des années 1840. L’opposition, notamment républicaine, lutte pour le droit de vote et organise des réunions, des banquets, pour en demander l’élargissement. L’impopularité du régime et la grave crise économique provoquent l’insurrection parisienne des 22 et 23 février 1848. Les affrontements se déroulent sur fond de révolution sociale : le drapeau rouge a été hissé.

 

                3° De 1848 à 1851, heurs et malheurs de la IIe République.

 

                La République de 1848 arrive donc par surprise, par défaut, le 24 février 1848. Elle s’emploie à lutter contre un certain héritage de la Révolution, celui de 1793 (la Terreur), et elle crée une illusion romantique et lyrique d’unanimisme, symbolisés par les fameux arbres de la Liberté qui réunissent brièvement curés, travailleurs manuels et bourgeois. Elle adopte la devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Elle rétablit les libertés individuelles (presse, réunion). Elle instaure le suffrage universel (masculin) le 5 mars 1848 : le corps électoral passe de 246.000 à plus de 9 millions d’inscrits ! Elle prend de nouvelles mesures favorables à la démocratie sociale (instruction, Ateliers nationaux pour résorber le chômage). Mais les divisions des républicains aboutissent à la sanglante répression des journées de juin 1848 (guerre civile qui fait 1.500 morts, 25.000 arrestations dont 11.000 condamnations à la prison ou à la déportation. La plupart sont des ouvriers) : la République est déchirée. L’espérance d’une république fraternelle, démocratique et sociale est morte !

Les peurs sociales et les élections donnent naissance à une République  conservatrice, soucieuse d’ordre. La constitution est adoptée en novembre mais elle crée une opposition entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif sans envisager la résolution de leur possible affrontement. Les divisions des Français et les difficultés économiques amplifient les fractures politiques entre « bleus », « blancs » et « rouges ». De ces échecs, naît le second Empire à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851. Il entraîne des soulèvements en province (notamment en Provence, dans le Var). C’est la preuve de l’attachement d’une partie de la paysannerie et de la petite bourgeoisie rurale à l’idée républicaine.

 

                4° De 1851 à 1870, un régime antirépublicain.

 

                 Dans un premier temps, les républicains sont très durement réprimés par le régime de Napoléon III. Beaucoup sont emprisonnés (20.000) ou déportés (près de 10.000). D’autres préfèrent s’exiler comme Victor Hugo. Entre 1860 et 1870, le régime se libéralise. Les républicains relèvent la tête mais ils sont divisés face à Napoléon III (qui a rétabli le suffrage universel de 1848). Les nouvelles générations de républicains (comme Gambetta) participent aux élections pourtant étroitement contrôlées par le pouvoir. Malgré des progrès (et quelques succès) électoraux (Paris et quelques grandes villes), les républicains sont encore peu nombreux. Toutefois, les idées républicaines progressent comme en témoigne, ici et là, la popularité de Marianne qui symbolise la « belle et bonne » république.

 

                5° De 1870 à 1900, l’enracinement des idées républicaines.

 

a) de 1870 à 1879 : l’enfantement de la république dans la douleur et à « l’ombre des lys ».

 

La désastreuse guerre contre la Prusse provoque la chute de Napoléon III et la naissance de la République (4 septembre 1870 à Paris) sur les ruines de l’Empire. Dans un premier temps, les républicains  doivent affronter plusieurs problèmes : la poursuite de la guerre (elle est perdue en janvier 1871 malgré les efforts de Gambetta ; la paix sera signée en mai 1871) ; l’élection d’une Assemblée en février 1871 (les républicains ne sont que 200 contre 400 députés monarchistes et 30 bonapartistes ! Les Français ont voté pour la paix) ; la Commune de Paris (mars 1871-mai 1871).

Ce dernier épisode est dramatique pour le camp républicain. Les Parisiens se soulèvent contre la capitulation et contre le danger d’une restauration monarchique. Ils réclament une République démocratique et sociale sur la base de la démocratie directe. Par ses mesures et son projet audacieux, la Commune terrifie les monarchistes et les républicains modérés. Elle est isolée et incomprise par le reste de la France. La répression est terrible ; depuis Versailles,  Thiers, chef du pouvoir exécutif, organise la reconquête de Paris : 20.000 à 30.000 « communards » sont fusillés, des milliers sont emprisonnés et déportés (la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871). La plupart étaient des ouvriers ou des employés. Le divorce entre le monde ouvrier et la république sera long à se résorber.

                Les monarchistes, nombreux dans la nouvelle Assemblée élue en février 1871, espèrent la restauration de la monarchie. Mais les profondes divisions entre les deux familles monarchistes (légitimistes contre orléanistes) empêchent cette restauration. Malgré leurs efforts, l’influence des républicains progresse dans le pays dans la plupart des élections partielles.

De janvier à juillet 1875, trois lois constitutionnelles établissent la IIIe République. C’est le résultat d’un compromis entre républicains et monarchistes modérés (orléanistes). Le suffrage universel est conservé. Le Président [dont le mandat de 7 ans est confirmé] reçoit des pouvoirs importants. Le Parlement est composé de deux chambres : le Sénat et la Chambre des députés. Les élections de 1876 envoient une majorité républicaine à la Chambre des députés tandis que le Sénat reste à majorité royaliste. Après la crise du 13 mai 1877 (dissolution de la chambre des députés par le Président Mac-Mahon, monarchiste), les républicains remportent les élections législatives (octobre 1877). En 1879, le renouvellement du Sénat entraîne l’arrivée d’une majorité républicaine. Le 30 janvier 1879, Mac Mahon démissionne. Le parlement réuni en congrès (Sénat + Chambre des députés) élit un vieux républicain Jules Grévy. Désormais, la totalité des pouvoirs est aux mains des républicains.

                              

b) de 1879 à 1899 : la consolidation de la République.

 

Après une décennie de luttes politiques, la France entre dans une phase de consolidation marquée par les grandes lois républicaines ; le « modèle républicain » prend forme. On retiendra les deux noms de Jules Ferry et de Léon Gambetta, tous deux partisans d’une république modérée que d’aucuns nomment « opportuniste ».

 

                1° Les valeurs républicaines

 

a)       les symboles.

 

*La IIIe République impose le drapeau tricolore comme le drapeau républicain par excellence (inscrit seulement dans la Constitution en 1948). Il a été adopté en 1830 par Louis-Philippe, maintenu par Lamartine en 1848 (contre le drapeau rouge).

*La devise trinitaire (Liberté, Égalité, Fraternité) (devise inscrite dans la constitution de 1848 et dans celle de 1958).

*La Marseillaise redevient l’hymne national de la France (1879).

* Paris redevient la capitale politique de la France (1879).

* Le 14 juillet devient la fête nationale (1880).

*La Mairie et l’Ecole publique.

*Un territoire national, libéré en 1873 mais amputé (Alsace-Lorraine).

* Des bustes de Marianne sont installés dans les mairies et des statues de la République et des Grands Hommes ornent les places et/ou les fontaines publiques. Cette « statuomanie » se développe vigoureusement après 1877.

*Le certificat d’études peut être considéré comme un symbole scolaire fort de la République.

 

b) Le patriotisme républicain.

 

D’abord nourri par l’idée de la Revanche, ce patriotisme deviendra rapidement défensif. En 1872, instauration du service militaire obligatoire. Les provinces perdues, l’Alsace et la Lorraine, sont recouvertes sur les cartes de France en signe de deuil. Le Tour de la France de deux enfants (1877) peut être considéré comme le manuel de base (voire le « bréviaire ») du petit républicain (plusieurs millions d’exemplaires jusqu’à l’aube des années 1960 !). Création de sociétés de tir et de gymnastique destinées à former de futurs combattants. Création en 1882 de la Ligue des Patriotes.

 

c)       Les grandes lois libérales.

 

*Liberté d’expression : loi sur le colportage de 1880, loi sur les réunions et la presse en 1881.

*Démocratie municipale : les maires sont désormais élus par les conseillers municipaux (avril 1884).

*Liberté syndicale : accordée par la loi Waldeck-Rousseau (1884).

*Laïcisation de la société : loi sur le divorce en 1884 ; lois scolaires de Jules Ferry(1881-1882).

 

d) L’école républicaine.

               

La laïcisation et la démocratisation de l’enseignement primaire sont une priorité politique pour les républicains. L’école doit former des patriotes et des citoyens responsables, inculquer une conscience nationale à des millions de Français majoritairement ruraux. On assiste ainsi à une vaste entreprise de nationalisation des masses. À l’école primaire, L’accent est mis sur : lire, écrire, compter et raisonner. Ministre de l’Instruction publique de 1879 à 1883, Jules Ferry est le principal artisan de ces réformes. Le volet principal des réforme porte sur l’école primaire qui devient gratuite (juin 1881), obligatoire et laïque (mars 1882) pour tous les enfants de 6 à 13 ans, jusqu’au certificat d’études, véritable « première communion » républicaine ! Il est organisé au niveau national en 1880 (il est mort officiellement en 1989). Les opposants catholiques dénoncent « l’école sans Dieu » des républicains. L’école républicaine a été (et reste) un outil d’émancipation et de promotion sociale (« méritocratie » républicaine).

 

                2° Le modèle républicain (voir schémas)

 

Définition : « selon ses partisans, la république correspond à l’organisation démocratique idéale da la nation, sur la base des grands principes de la Révolution française (droits de l’Homme, souveraineté du peuple, citoyenneté, égalité des chances dans la société, solidarité) et de valeurs de laïcité et de fraternité ».

                3° Les vecteurs des idées républicaines      

 

*La pratique du suffrage universel (élections municipales et élections législatives).

*La propagande électorale.

*Le clientélisme politique.

*Le développement de la presse nationale, régionale et locale.

*L’alphabétisation croissante de la population.

*L’école laïque avec sa pédagogie patriotique et moralisatrice véhiculée par les « hussards noirs ».

*La littérature populaire républicaine.

*L’armée (brassage social, patriotisme).

*Les cercles et cafés républicains (chambrées en Provence).

*Les organisations de combat : Franc-maçonnerie, Ligue de l’enseignement (1866), Ligue des patriotes (1882), Libre-Pensée (1800), Ligue des Droits de l’Homme (1899).

 

 

En conclusion, on retiendra ceci :

 

La République s’installe pour la 1ère  fois en 1792 mais elle est éphémère (guerres, Terreur, luttes politiques). Elle lègue un héritage démocratique, une forme républicaine de l’Etat. La IIde République fait naître de grands espoirs mais c’est un échec. La IIIème République naît en 1870 à la suite de la terrible défaite de Sedan. Mais, il faut 9 ans aux  républicains pour conquérir les institutions. L’élection de Jules Grévy à la présidence le 30 janvier 1879 marque l’achèvement de cette difficile conquête. La républicanisation des esprits s’étend.  En 1914, les Français sont pour l’essentiel républicains. La République est aussi une culture politique qui repose sur un héritage intellectuel et historique (Les Lumières, 1789), un idéal politique et social, une sociabilité (autrement dit un comportement) faite de rites, de symboles et d’allégories.